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25 novembre 2007 7 25 /11 /novembre /2007 16:27

Récital Handel de Magdalena Kozena
avec Andrea Marcon et le Venice Baroque Orchestra
TCE le 12 novembre 2007

Vivaldi
Sinfonia de Giustino RV. 717


Handel
“With darkness deep”, air de Theodora extrait de Theodora
“O! Had I Jubal’s lyre”, air d’Achsach extrait de Joshua


Vivaldi
Concerto pour cordes et basse continue en sol mineur RV 156
Concerto pour cordes et basse continue en ré mineur RV 127

Vivaldi en sol mineur RV 156 en ré mineur RV 127


Handel
“Scherza infida”, air d’Ariodante extrait d’Ariodante

Vivaldi :
Concerto pour cordes et basse continue en ut majeur RV 114

Handel :
“Cara speme”, air de Sesto extrait de Giulio Cesare
“Ah! mio cor!”, air d’Alcina extrait d’Alcina

Vivaldi :
Concerto pour deux violoncelles et orchestre en sol mineur

Handel :
“Dopo notte”, air d’Ariodante extrait d’Ariodante

Bis:
Handel, "Lascia ch'io pianga" (Rinaldo) et "Ombra mai fu" (Serse)

 

J'aime énormément Kozena, cette voix rèche, ce visage grimaçant qui sont capables de la douceur la plus délicieuse à coté de l'angoisse la plus acide; intrigué par le disque auquel ce concert fait suite, j'avais hâte de l'entendre, d'autant que les airs qui me plaisaient le moins dans le disque ont ici disparu. A ce propos, une petite remarque sur le programme des plus étonnants quand on connait la curiosité musicale de Kozena (voir son disque de mélodies tchèques ou bien La Belle immagini): que des tubes archi connus de Handel, tant pour les soprano (Joshua) que pour les contraltos (Hercules, Orlando); je trouve cela assez prétentieux de sa part d'aborder des rôles aux tessitures si éloignées, et l'echec des folies de Déjanire et Orlando dans le cd viennent justement lui rappeler que si elle chante merveilleusement Handel (notemment Cleopatra, Le Messie, les cantates romaines) et que sa voix de mezzo colorature lui permet de chanter beaucoup de choses, elle se perd dans ces rôles franchement trop graves où, par manque d'assise, elle se débat comme elle peut sans résultat probant. Heureusement ce soir donc, point de Dejanire ni d'Orlando, mais des bis dignes d'un récital de Renée Fleming!

 

 

 

 

Les mérites d'Andrea Marcon et de son orchestre, le Venice Baroque Orchestra ne sont plus à démontrer dans Vivaldi et le répertoire galant: leur version des Quatre saisons avec Carmignola est pour moi simplement la meilleure de la discographie, on aura aussi remarqué le live de l'Andromeda liberata (un peu moins le disque), et les nombreux concertos de Vivaldi qui ne connaissent pas de concurrence si ce n'est celle de l'Accademia Bizzantina de Dantone. De plus cet ensemble se révèle bien meilleur à l'approche d'un enregistrement (live de L'Olimpiade de Cimarosa, de Galuppi ou de L'Atenaïde de Vivaldi assez inégaux): ce soir comme dans le disque on frôlait donc la perfection pour les concertos de Vivaldi servant d'entremêts (à l'exception du Concerto pour deux violoncelles qui n'est vraiment pas du meilleur Vivaldi, faut dire...), avec seulement une quinzaine de musiciens il est remarquable de sonner aussi ferme et avec une telle consistance quand bien des ensembles baroques tombent dans des visions plus squelettiques et nerveuses (je pense à Europa Galante par exemple). Les découvrant ce soir dans Handel, j'espère ardemment qu'ils ont pour intention d'enregistrer des opéras entiers car le résultat est d'une lisibilité, d'une limpidité remarquable, rarement j'ai autant ressenti à l'écoute de cette musique cette impression de naturel, d'évidence. On est ici loin des choix tonitruants (mais tout aussi passionnants et réjouissants) d'un Jacobs, l'orchestre se fait vite oublier sans jamais disparaître, forme de présence rassurante et déléctable. Voilà un extrait de ce dont il sont capables chez Vivaldi (de nombreux autres extraits sont aussi écoutables sur youtube). 

 

 

 

  

Par contre Magdalena Kozena m'a paru bien fade ce soir là: je ne sais si elle était fatiguée, ou en méforme vocale, mais ne serait-ce que pour les airs d'Ariodante que je vantais tant il y a deux ans en cette même salle, la différence de qualtié est plus remarquable et, de ce fait, décevante! L'air de Theodora annonçait pourtant un bon récital, sans plonger dans les abîmes d'affliction qu'elle peut pourtant atteindre, le seul air "rare" du récital retient merveilleusement l'attention, aussi grâçe à la splendeur des cordes, il faut bien l'avouer. Elle se fait ensuite plaisir avec l'air de Joshua travaillé par toutes les étudiantes en chant à coté du "V'adoro pupille", dans lequel elle fait montre de beaux aigus mais dont le rayonnement est forcément limité, cet air convenant mieux à des sopranos plus affirmées aux aigus cristallins comme Invernizzi ou Dawson (personnellement je l'avais découvert par Victoria de Los Angeles chanté en allemand! Eh bien c'était pas mal du tout!). Un bon début donc mais rien d'enthousiasmant non plus.

 

 

 

Arrive le "Scherza infida"... si la voix est toujours bien menée avec de louables et impressionnantes descentes dans le grave sur "a morte" et "infida"; l'interprétation m'a paru de bout en bout superficielle et intermittente. Superficielle car si les effets étaient bien là pour animer cet air et en révéler le dramatisme, ils n'étaient pas du tout habités, je dirais presque que je les ai trouvés mécaniques, sans âme. Intermittente ensuite car elle ne jouait pas les silences: alors qu'il y a deux ans au TCE elle regardait la salle et se projetait vers elle de façon hagarde et enragée, là, rien, un peu courbée comme à son habitude, mais terriblement distante comme recroquevillée dans l'orchestre, la fin d'une phrase n'appelait pas la prochaine qui arrivait du coup comme un cheveu sur la soupe. Du coup à l'entracte, nous fûmes nombreux à trouver cela très honnête tout en étant déçu de n'avoir pas ressenti grand chose.

 

 

 

Après l'entracte, on la retrouve plus en forme pour "Cara speme" où ses feulements et sa finesse furent très efficaces, mais là encore on avait du mal à sentir la peine de l'adolescent vengeur. "Ah mio cor" fut son meilleur moment: comme dans l'album elle choisit une interprétation exsangue, comme si la plaie terminait de se vider et que le coeur s'arrêtait de battre avec les derniers coups d'archets, interprétation nouvelle par rapport à la luxueuse et non moins émouvante version d'Arleen Auger ou à la rageuse et captivante version de Karina Gauvin. Tout ici est dans l'inflexion de certains mots, dans l'intonation toujours variée des "Ah!", dans les grincements sur "pianto" ou dans la façon dont meure le souffle, comme si la laideur légendaire d'Alcina resurgissait dans l'abattement. Cette interprétation hallucinée et mortuaire demande du coup peu de ressources vocales mais énormémént de finesse dramatique dont Kozena fut ici prodigue, à tel point que je me demande si elle ne s'est pas économisée avant cet air tant il semblait lui demander d'energie. Mais une telle version demande aussi une attention sans faille de l'auditeur, attention qu'il est difficile de conserver après un début de récital en demi-teinte et ce d'autant plus dans une salle de concert, loin du confort du disque, car dans cette vision de l'air l'artiste brûle plus la partition qu'elle ne brûle les planches (oui encore une de ces images dont j'ai le secret :o) ). Paradoxalement, alors que ce fût son meilleur moment selon moi, c'est aussi celui qui a pu le plus décevoir, voire agacer.
La seule reserve que j'emettrai serait la même que j'ai pu adresser à Christine Schäfer au Chatelêt il y a deux ans quand elle avait chanté le rôle en entier, car Schäfer adoptait un peu la même posture mais sans l'intelligence de la variation de Kozena, l'air tombait donc à plat. Reste cependant la question de l'évolution du personnage car si Alcina est exsangue dès "Ah mio cor", on comprend mal  premièrement le da capo fier et belliqueux, cela dit on peut aussi l'interprêter comme la métaphore d'un dernier sursaut avant la mort, d'un dernier spasme, telle l'explosion radieuse d'un astre (ou d'une ampoule si vous préférez les métaphores domestiques) ; et cependant Alcina est encore loin d'être morte, en second lieu on comprend donc mal qu'elle soit déjà si affaiblie alors qu'il lui reste au moins les ressources de la magie "Ombre pallide" et les larmes "Mi restano le lagrime", mais surtout la rage "Ma quando tornerai", peindre Alcina si abîmée et abattue dès "Ah mio cor" pose donc de véritables problèmes de cohérence dramatique pour ce personnage dont l'opéra traduit la déchéance et il serait passionnant de voir comment Kozena les surmonte si elle interprête un jour le rôle en entier. 

 

 

 

Après un tel morceau, le "Dopo notte" est apparu plus sec et rocailleux qu'il y a deux ans: si une telle version peut toujours convaincre en ce qu'elle voile par sa rigueur l'exsultation d'Ariodante comme pour rappeler le souvenir de "l'orrida tempesta" de la partie B, elle tourne vite court tant la longueur de l'air et l'accompagnement orchestral conviennent plus à une joie délurée et un sourire ravi. Je passe sur les bis sans intérêt; franchement ils ne se sont pas foulés de côté là, en ne chantant aucune nouveauté par rapport au cd. Certes le public était venu pour entendre un best of de Handel, mais les bis servent justement d'espace à une liberté plus grande, si c'est pour nous reservir de la soupe tiède, merci bien.

 

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Published by Licida - dans Représentations
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commentaires

SuperGarfield 29/11/2008 11:04

Tiens, j'ai oublié de parler du concerto pour deux violoncelles.
Tu dis que ce n'est pas du meilleur Vivaldi, et je ne suis pas du tout d'accord. C'est à mon avis une très belle pièce, quand elle est bien jouée (écoute il Giardino Armonico avec Coin, chez Teldec !).
Ce soir-là, c'était pitoyable d'entendre une telle interprétation, narcissique, chichiteuse, maniérée,... Bref, du Vivaldi comme je le déteste, avec des tonnes de rubato, des coups de freins, des accélérations, sans compter la désinvolture des solistes, qui montraient bien qu'ils se marraient et qu'ils se faisaient plaisir.
A côté de ça, leurs sons étaient vraiment trop dissemblables, pas d'unité, et pas de sérieux réel. Et ils ont eu une ovation. Evidemment.
Venant de la part d'un orchestre et d'un chef qui revendiquent "ne pas cultiver l'effetto mais l'affetto", je trouve ça un peu gonflé.

SuperGarfield 28/11/2008 16:57

Allez, je déterre ce compte-rendu, qui n'a recueilli aucun commentaire relatif au concert. En plus j'ai rien à faire, alors...
Bon, concernant Kozena, j'avais beaucoup aimé sa belle voix de toujours, mais c'est vrai que j'étais sorti déçu de ce récital, ou plutôt peu enthousiasmé. Kozena m'avait paru très en retrait, dans un programme déjà franchement léger (six airs, plus deux bis, c'est pas beaucoup !). L'investissement ne semblait pas énorme, les airs étaient bien chantés, mais sans plus. Je ne l'ai pas sentie plus concernée que ça. Dommage...
Heureusement que j'ai pu avoir un autographe d'elle sur mon disque, acheté sur place (j'ai eu le dernier du stock ! Wouhou !).

En ce qui concerne l'orchestre, j'ai beaucoup aimé leur Vivaldi, plein, chaleureux, vivant,... Si les concertos pour cordes n'étaient pas tous très passionnants, ils étaient bien exécutés, ce qui est donc très bien (oui, la muse de la poésie ne m'a pas touchée, aujourd'hui).
En revanche, je n'avais pas du tout aimé leur Haendel, sec, creux, sans âme... Le disque a un peu résorbé cette impression mais on est loin de Minkowski !
Mais pour ne pas vexer Marcon, j'ai tout de même pris un autographe de lui. Je suis sympa, hein ?

Et sinon, j'ai lu qu'un disque Kozena/marcon/Vivaldi devrait sortir un jour ou l'autre. C'est la belle Magdalena qui le dit elle-même. Moi qui rêvait de l'entendre de nouveau dans Vivaldi, qu'elle aborde si peu !

Commando Astrid 01/12/2007 01:31

Les lutins ont plusieurs campus à bloquer. Ils ne peuvent pas être partout !

licida 30/11/2007 23:12

Mais ce qui m'étonne, c'est que les lutins sont pourtant légions! C'est le temps de rassembler les troupes, c'est ça?

Commando Astrid 30/11/2007 22:46

Nous avons réduit le lutin au silence.

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