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13 janvier 2008 7 13 /01 /janvier /2008 21:15

Alcina de Handel
Palais Garnier, 13 décembre 2007

 

Direction musicale Jean-Christophe Spinosi
Mise en scène Robert Carsen
Décors et costumes Tobias Hoheisel
Lumières Jean Kalman
Mouvements chorégraphiques Philippe Giraudeau

Alcina Inga Kalna
Ruggiero Vesselina Kasarova
Morgana Olga Pasichnyk
Bradamante Sonia Prina
Oronte Xavier Mas
Melisso François Lis
Oberto Judith Gauthier

Ensemble Matheus
Choeurs de l’Opéra national de Paris

 

Une distribution de rêve conçue pour Minko qui a échu à Spinosi en raison de copinages... J'étais très très sceptique sur la capacité de Jean-Christophe Spinosi et son ensemble à jouer un opéra de Handel en entier après la catastrophe du récital Larmore. Malheureusement je ne me trompais pas. Attaquons dans le vif: cette direction est une des pire que je connaisse pour cet opéra auquel je tiens particulierement puisqu'il fut ma porte d'entrée dans l'opéra baroque. C'est bien simple: tout est joué en morse! A force de vouloir créer la rupture et la surprise permanentes, Spinosi nous livre un squelette de partition mal articulé de surcroit. A part le "Ah mio cor" (et pour cause!) tout est à coté de la plaque. De plus les solistes sont au mieux scolaires: les flutes du "Mio bel tesoro" jouaient bien trop fort par rapport au reste de l'orchestre, le violoncelle du "Credete al mio dolor" était d'une placidité incompréhensible pour un air si sensible et je passe sur la prestation de Spinosi au violon dans "Alma oppressa" qui n'est pourtant pas une partie difficile; mais le clou furent les cors pendant le "Sta nell'ircana" qui réussissaient à être faux alors qu'on les entendaient à peine et qui en guise de cadence nous ont gratifié d'un magnifique canard-qui-se-mouche de 2 temps tout à fait volontaire. Inutile de préciser que les chanteurs sont livrés à eux même, j'y reviens après. Au rang des pointes d'originalité completement stupides on distinguera les 5 secondes de pause entre chaque salve de violon pour la Sinfonia au début du III, le même "truc" que Spinosi nous avait déjà refilé pour l'ouverture de la Griselda de Vivaldi en cd. Je reste consterné par tant de bêtise et par un tel massacre, même les Handel de Curtis valent mieux que cette version matuvu, puérile et agaçante.

 

Concernant la mes de Robert Carsen que je découvrais, on y trouve rien de très neuf: certes le dispositif de murs censés représentés l'isolement et l'enfermement d'Alcina est ingénieux: le "Ah mio cor" où Alcina rase les murs est par exemple particulièrement saisissant; les ouvertures sur des espaces verdoyants qui disparaissent après le "Verdi prati" est aussi très efficace (même si cela n'a rien d'original et rappelle facheusement La Clemenza di Tito des Hermann comme le souligne Bajazet); la mort d'Alcina en forme de suicide passe bien dans cette transposition même si l'espace vide à la fin de l'opéra est encore une des grosses ficelles de Carsen qu'il nous met à toutes les sauces! Cependant la direction d'acteur vire souvent au remplissage voire au contre-sens total: vide pendant le "Si son quella" ou le "Sta nell'ircana", gadget pendant "Al alma fedel" (elle s'habille en femme), convenue pour le "Mio bel tesoro" (Ruggiero se tourne pour dire les "Ma non a te" et reste distant d'Alcina pendant tout l'air, on peine à croire qu'il cherche à la convaincre!), incohérente pour la gestion des choeurs (si l'idée de départ était bonne - signaler la présence tapie des aventures d'Alcina et par là le danger qu'elle représente - à trop nous la reservir de façon bien appuyée - mecs à poil - elle devient lassante et perd souvent son sens). 
Et malheureusement les contre-sens sont légions: si la partouze d'Alcina présentée par Melisso peut être interprétée comme une fiction présentée à dessein, on ne saurait sauver le traitement du personnage de Morgana. Parce qu'elle a le malheur d'être un soprano plus aigu que sa soeur, Morgana est transformée en soubrette et on voit bien qu'Handel annonce Mozart puisque cette Morgana est déjà Susanne/Zerline, ben voyons: du coup tous ses airs perdent en émotion, "Credete al mio dolore" en faisant le lit réduit sa tristesse à un drame domestique et symétriquement les airs d'Oronte d'une lucidité remarquable sont considérés comme des paroles de jaloux aigri. Conséquence: c'est tout le sens du livret (pour une fois bon) qui s'en trouve boulversé, car dans ce livret c'est finalement la lutte entre l'amour hédoniste et l'amour chevaleresque qui se joue (et là Alcina annonce Tannhäuser! non je déconne) dont les représentants s'opposent aisément: Alcina/Bradamante; Ricciardo/Oronte. Dans le premier cas c'est Ruggiero qui doit choisir, dans le second c'est Morgana; la souffrance vient de ce qu'Alcina se repend et perd ses pouvoirs en tombant amoureuse d'une part et d'autre part de ce que Ricciardo n'est qu'un leurre qui trompe sans le vouloir le désir de Morgana. Dans ces jeux de désirs, Morgana est donc loin d'être un personnages de moindre rang, elle est parfaitement intégrée à l'action (c'est d'ailleurs elle qui "ouvre le bal" avec "S'apre al riso"). Le drame de Morgana comme celui d'Alcina c'est de comprendre trop tard les errements du désir amoureux que tout l'opéra dépeint: Morgana semble sauvée in extremis dans "Credete al mio dolor", Alcina tente de se sauver dans "Non e amor ne gelosia". Mais au final les deux soeurs se disent perdues au moment où Ruggiero détruit l'île. En réduisant la portée du personnage de Morgana et en transformant tout le monde en bourgeois ou en domestiques, Carsen transforme l'action en un drame convenu et stéréotypé. Je lui pardonne par contre de ne rien faire d'Oberto tant le personnage peut apparaitre étranger à l'action, il a cependant le mérite de mettre Alcina devant la trace de sa cruauté passée et de la souffrance qu'elle a causée. Enfin la coupe du choeur final aux tonalités ironiques fait perdre de sa force à l'oeuvre, et ce n'est pas la séparation Bradamante/Ruggiero qui suffit à rattraper le coup. 

 

 

 

Chez les chanteurs par contre on frise l'idéal: Inga Kalna est une amante dont l'ardeur est toujours ensorcelante, elle a parfaitement compris l'évolution de son personnage et traduit les différentes facettes de son personnage par une variété de ton remarquable au point que chaque "Si son quella" semble signifier quelque chose d'autre, épaulée par un vrai chef elle se hisserait sans peine au rang des interprétations de Gauvin ou Auger, malheureusement on la sent totalement perdue dans un "Ombre pallide" tourniquotant, très seule dans "Si son quella" et "Ah mio cor", en décalage par l'esprit avec une fosse épileptique pour "Ma quando tornerai"...

 

 

Vesselina Kasarova est encore capable d'un boulversant "Mi lusinga" et de très efficaces "La bocca vaga" ou "Di te mi rido", mais pour le "Sta nell'ircana" c'est du grand n'importe quoi et le "Verdi prati" la trouve bizarrement vite en manque de subtilité. Quoiqu'il en soit cette voix épaisse ne correspond pas à mon idée du personnage à la fois ruste et élégant, splendide et fourbe. On est pourtant bien loin du naufrage annoncé ici et là et Kasarova peut encore faire merveille dans des rôles moins exposés vocalement.

 

 

Olga Pasichnyk a débuté la soirée avec un aigu un peu vert et une voix manquant de fruité pour la joie spontanée et mutine du "S'apre al riso", heureusement elle s'est magnifiquement améliorée ensuite même si son soprano léger reste un peu court pour signifier la rage dans le récitatif vindicatif du II. Pourtant avec une mes sabotant à ce point son personnage, son jeu tourne vite à vide, alors même qu'elle est capable de bien plus de variété et de puissance comme l'ont prouvé ses réçents Belleza, Farnaspe ou Cleofide.

 

 

Sonia Prina se sort toujours aussi superbement du "E gelosia" malgrè la crétinerie de la mes (bataille autour d'une table roulante) mais on la sent génée pour "Vorrei vendicarmi" dont les vocalises heurtées et essouflées contrastent avec son interprétation magistrale dirigée par Ivor Bolton à Munich. Encore une fois question de chef... Pour faire écho à un débat réccurent sur ce personnage j'ose avouer ici que j'aime beaucoup ses airs que je ne trouve pas du tout "écrits au kilomètre". "E gelosia" est un air dont les syncopes ont un effet extrement dramatique, comme si Bradamante cherchait ses mots pour se sortir d'une situation embarassante; "Vorrei vendicarmi" avec sa basse continue qui semble taper du pied de rage et ses cordes qui s'emportent pour inlassablement retomber comme le rocher de Sisyphe traduisent parfaitement les soubresauts du personnage trahi entre l'abandon de la tristesse et la violence de la rage comme si la fonction de la partie B était déjà intégrée dans la partie A par intermittence. Quant au dernier air il faut vraiment le charme du cantabile de Prina ou Mijanovic pour le sortir de son train-train, je le reconnais.

 

 

L'Oronte de Xavier Mas serait rayonnant dans une mes qui lui donne vraiment sa place, tant le chant est solaire bien qu'encore un peu trop sage. Judith Gautier fait forte impression en Oberto avec sa voix minérale et légèrement raide qui donne une force à la fois juvénile et maladroite au jeune adolescent. Par contre on oubliera vite le Melisso gueulard de François Lis qu'on a connu bien plus inspiré dans d'autres rôles. 

 

 

 

 

Le public a réservé un triomphe à Spinosi et fut bien froid envers Kalna dont c'étaient les débuts à Garnier, heureusement qu'il y avait un taré dans les quatrièmes loges de coté pour hurler "BRAVO!" ;-)

 

On lira aussi l'article de Bajazet sur cette même représentation, comme je vais m'apprêter à le faire.

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Published by Licida - dans Représentations
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commentaires

Licida 07/12/2010 13:35



Minkowski l'a finalement eue son Alcina par Kalna!


 


http://www.guardian.co.uk/music/2010/dec/06/alcina-review



Licida 03/04/2010 15:20



Ah ben moi aussi en fait, j'avais mal regardé... merci over-bug!



Carlupin 03/04/2010 13:16



Moi c'est pareiiiil !



Caroline 03/04/2010 09:26



J’ai :


 


Commentaire n°1 posté par licida le 15/01/2008 à 09h31


Commentaire n°2 posté par Caroline le 15/01/2008 à 08h59


Commentaire n°3 posté par Caroline le 15/01/2008 à 12h55


Commentaire n°4 posté par Bajazet le 14/01/2008 à 00h21


Commentaire n°5 posté par licida le 14/01/2008 à 00h39


Commentaire n°6 posté par Bajazet le 16/01/2008 à 00h39


… ensuite, ça va.


Je suis maudite !


 


 




Licida 02/04/2010 19:49



Bah... non...