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Il catalogo è questo

14 mai 2010 5 14 /05 /mai /2010 23:49

Pietro Francesco Cavalli

La Calisto

(1651)


Christophe Rousset, direction
Macha Makeïeff, mise en scène
Dominique Bruguière, lumières
Lionel Hoche,chorégraphie

Les Talens Lyriques



Sophie Karthäuser, Calisto
Lawrence Zazzo, Endimione
Giovanni Battista Parodi, Giove
Véronique Gens, Giunone, Il Destino
Marie-Claude Chappuis, L'Eternità, Diana
Milena Storti, Linfea
Cyril Auvity, La Natura, Pane
Mario Cassi, Mercurio
Sabina Puértolas, Satirino
Graeme Broadbent, Sylvano


Acte I

Théâtre des Champs-Elysées

19 mai 2010


http://www.theatrechampselysees.fr/upload/illustrations/CalistoGP1.jpg

Je m’inquiète de plus de plus d’être devenu blasé. Si blasé signifie qui a davantage de mal à trouver un plaisir esthétique à cause d’une profusion antérieure. Avec la Calisto de ce soir, cela fait le troisième spectacle que je quitte à l’entracte après Beatrice et Benedict et le Mignon de l’Opéra Comique. Pour ces deux derniers je pouvais légitimement invoquer une mise en scène indigente, des voix et des acteurs oubliables ou même une œuvre sans intérêt musical, mais pour ce Cavalli là, rien de tout ça.

 

L’œuvre est très belle, livret et partition,  les musiciens sont bons, la mise en scène honnête, mais il me manque quelque chose. En voyant ce spectacle j'ai l’impression que l’équipe a mis tous ses efforts à contenir un livret décidément trop graveleux pour une musique si raffinée. Je me doutais que Rousset n’irait pas dans le même sens que Jacobs pour établir la partition, que son travail musicologique de broderie autour d’une partition lacunaire tiendrait plus de la dentelle que de la tapisserie. Je n’ai pas les compétences pour juger de la pertinence historique des deux approches, pourtant mon goût va à la tapisserie de Jacobs.

 

Après tout, les conditions financières de la création de cet opéra n’avaient permis à Cavalli d’embaucher que peu de musiciens, donc, à défaut, va pour la dentelle. Sauf que ce minimalisme musical a contaminé la scène : cette production est un spectacle pour enfant. Tout est joli sans être merveilleux, tout est osé sans être licencieux. Mais l’opéra vénitien a besoin d’excès pour fonctionner : c’est contraint que Cavalli devait renoncer à de grands orchestres, et si l’on veut conserver cette contrainte (qui en art est souvent ce qui permet au génie de se révéler), que l’on en fasse pas pour autant l’esprit de l’œuvre. Rappelons que l’opéra vénitien était suffisamment excessif pour que le Pape en interdise le genre entier à Rome et que cette Calisto a été créée devant un parterre payant qui venait jouir de l’amoralité du livret et non devant une assistance nobiliaire prompte à s’en offusquer. Je ne dis pas que la scène d’amour entre Jupiter travesti et Calisto doive virer au saphisme débridé dans un bar à goudou, les personnages du livret sont d’ailleurs trop mouvants pour se satisfaire de ces caricatures, mais enfin ce ne sont pas trois bisous, deux coups de fouets et un déhanché timide qui révèleront l’érotisme et la licence de la scène ! Et puis il faudrait arrêter avec ces éclairages qui, à force de vouloir reproduire la suggestion de la bougie, ne montrent rien ; leur raison d’être apparaît alors évidente : éclipser le manque de moyens financiers attribués aux décors et aux costumes.

 

Et chez les chanteurs aussi, dans ce premier acte, tout le monde est bien gentil mais finalement peu convaincant; Marie-Claude Chappuis (pourtant souffrante) et Cyril Auvity mis à part, ils sont les seuls à donner de la voix à leur personnage pour en faire un véritable caractère. Tous les autres chanteurs ne manquent ni de voix, ni de bonnes intentions mais il faut de vrais acteurs pour animer cette musique, sinon le récitatif sonne attendu, et le tout manque désespérément de surprise. Au début de la saison, Guillemette Laurens, Jean-Paul Fouchécourt et Isabelle Druet savaient autrement mieux s’y prendre pour toujours porter cette musique à son point d’accomplissement dramatique, et pourtant ce n’était qu’une version de concert.

 

http://www.theatrechampselysees.fr/upload/illustrations/CalistoGP2.jpg

 

Donc je suis parti à l’entracte (en partie aussi devant la perspective de devoir subir 2 entractes pour une version pourtant réduite à 2h20...). Alors j’en reviens à mon interrogation première : blasé ou simplement difficile ? Evidemment, il est facile de charger le sens du premier en le faisant résonner avec a priori, mondanité ou manque d’objectivité pour mieux s’en extraire (un critique célèbre s’est d’ailleurs pris à ce petit jeu récemment pour s’assurer les bonnes grâces de ses lecteurs et faire croire à la simplicité innocente et pure de son goût); si blasé signifie qui fait mine de ne pas aimer pour jouer les connaisseurs ou dont le jugement est déjà fixé avant même d’avoir vu le spectacle, alors non je ne le suis pas. 


Le verbe « blaser » signifie « Émousser le sens du goût par l’abus que l’on fait de tel ou tel mets ou de telle ou telle boisson » (source). A ce régime là, peut-on être passionné sans devenir inévitablement blasé ? Si je vais tant à l’opéra, c’est par passion, si j’écris ces critiques c’est aussi pour essayer de rationaliser au maximum mon sens du goût en le confrontant à l’écrit donc à la lecture, la mienne et celle d’autrui. Cette démarche est (devrait être) celle de tout critique, puisqu’il prétend justifier rationnellement son jugement par son expérience et sa connaissance ; j’en déduis donc que l’on ne peut être critique sans devenir blasé.

 

Et puis blasé est l’insulte facile pour reprocher à l’autre de ne pas avoir pris autant de plaisir que vous à un spectacle. Finalement ce mot n’est que le cache-sexe d’un ressentiment profond de la part de ceux qui n’acceptent pas que vous veniez jouer les trouble fêtes dans leur émerveillement. Internet et les salles d’opéras sont plein de connaisseurs dogmatiques qui ne supportent pas d’avis contraire au leur, mais ils ne vous traitent pas de blasé : blasé, c’est souvent l’insulte de celui qui ne s’y connaît pas et ne peut donc étayer son jugement avec autant d’art que le fera le blasé. Je ne cherche pas ici à me moquer des non-connaisseurs, simplement à  dénoncer la facilité rhétorique dans laquelle certains d’entre eux se réfugient pour mieux couper court au débat.

 

Ce qui reste par contre certains, c’est que baser mon jugement sur un tiers de spectacle n’est pas du tout juste envers l’équipe artistique ; et c’est clairement parce que je suis critique et blasé que je ne donne pas toute sa chance de me convaincre au spectacle, prévoyant, peut-être à tort, que ce qui va suivre sera de la même eau. En bon blasé qui va beaucoup trop au spectacle, mon temps libre devient trop rare et je me prends à faire de telles prévisions qui n’ont rien d’objectives.

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Published by Licida - dans Représentations
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commentaires

- 21/06/2010 19:26



-



CHORIER Christian 21/06/2010 17:50



Cher Monsieur, je souhaiterais entrer en contact avec LELLA CUBERLI !


En visitant mon site http://chorier.blog.fr vous comprendrez mieux ma sollicitation...


Mille mercis par avance.


Bien amicalement,


Christian TEL 06 88 16 47 09


chorier.opera@wanadoo.fr


 



Bajazet 26/05/2010 09:51



Mais qu'est-ce que vous avez tous, à travailler ?


 


 



Caroline 23/05/2010 09:08



"D'où peut-être la nécessité pour un critique comme pour un artiste, d'être en apparence oisif, mais en réalité totalement dédié à son art."


M'autorises-tu à te citer en différentes occasions?...



Licida 22/05/2010 23:01



A Caroline.


 


J'aime beaucoup ta passion à apprendre des ratés :-) Je pense aussi que l'état de totale réceptivité que tu décris n'est possible que dans un emploi du temps qui permet cet état: depuis que mes
horraires de travail sont plus chargés, le manque d'energie que nécessite un tel état se fait cruellement ressentir. D'où peut-être la nécessité pour un critique comme pour un artiste, d'être en
apparence oisif, mais en réalité totalement dédié à son art.