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Il catalogo è questo

29 décembre 2009 2 29 /12 /décembre /2009 19:39

Handel, Berenice


Berenice : Klara Ek
Selene: Romina Basso
Demetrio : Franco Fagioli
Alessandro: Ingela Bohlin
Fabio : Cyril Auvity
Aristobule : Vito Priante
Arsace : Mary-Elen Nesi

Il Complesso barocco
Alan Curtis

Théâtre des Champs-Elysées
21 novembre 2009

http://antikforever.com/Egypte/Dyn/Images/Mace_ptolemee/Berenice%20IV%20%201.jpgBerenice, en l'occurence la IV, ne demandez pas si c'est celle du livret...

Eh bien pour ce que l’on nous annonçait comme un ratage de Handel s’est avéré bien plus intéressant que prévu : le livret est plutôt bien construit sur le topos de la reine antique à l’amour castrateur et trahi (dans la même veine que Partenope) et offre une palette assez riche d’arias (plusieurs comparaisons, fureur vocalisante et syllabique, de doute, élégiaques…). L’irrégularité vient plutôt de la musique : si le rôle de Berenice est magnifiquement écrit et hérissé de difficultés techniques qui rappellent à quel point la voix de Strada del Po était souple en plus d’être expressive, le rôle d’Alessandro, pourtant écrit pour Il Giziello qui n’était pas le dernier des castrats et pour lequel Handel avait déjà plusieurs fois écrit (Atalanta, Arminio et Giustino), est totalement transparent, aucun personnage ne prend vie derrière cet enfilement d’arias tempérés qui ne dessinent aucun caractère, pas même celui d’un roi philosophe vers lequel tend le livret. Selene n’est pas non plus un rôle passionnant : des airs au kilomètre écrits pour la Negri avec quelques innovations formelles (son air de fureur qui commence a capella avant d’être rejoint par l’orchestre), seul le dernier air est mémorable, air de comparaison avec l’hirondelle empêtrée écrit à la perfection sur un motif de cordes pudique et  mimétique. Fabio souffre de la même irrégularité : son premier air décrit le butinage de l’abeille avec une légèreté et un charme immédiat, ceux qui suivent sont plus oubliables.  Demetrio, le faux amant de la reine épris de Selene, retient autrement l’attention et s’affiche comme le véritable primo uomo en face de Berenice et de l’inexistence dramatique d’Alessandro, avec un éventail d’airs propre à mettre en valeur l’étendue du talent du castrat Domenico Annibali. Arsace et Aristobule sont des seconds rôles sans intérêt. Au final on compte donc deux rôles passionnants plus deux airs du meilleur Handel, l’œuvre est donc loin de mériter un tel mépris de la part des musicologues.

Et c’est ce que l’équipe musicale réunie ce soir là s’est attachée à nous prouver : comme on pouvait s’y attendre sur le papier, les voix furent bien plus convaincantes que l’orchestre. Cela dit, Il Complesso barocco s’est avéré bien meilleur qu’à son habitude, pour avoir souffert plusieurs de leurs performances et après la mollesse voire le ratage de leurs derniers disques (Ezio, Alcina, Airs de Porpora), on est ravi de les retrouver aussi bons que lors du Motezuma (lien) en ce même lieu. Peu de temps après le concert, la retransmission radio de l’Agrippina de Madrid confirme leur forte amélioration, surtout chez les violons qui sont bien plus fins et dynamiques qu’à l’habitude : est-ce du à leur nouveau premier violon (comme me le suggèrait Bajazet) qui vient donner les impulsions qu’Alan Curtis ne lance que grossièrement ? Reste que beaucoup d’airs souffrent du légendaire manque de dramatisme de cet ensemble : le premier air de la basse par exemple est joué bien trop lentement, mettant en difficultés le chanteur  forcé d’allonger ses notes, là où il faudrait des syllabes lapidaires pour impressioner; idem pour l’air de doute avec hautbois concertant de Berenice qui rappelle le « Pensieri voi mi tormentate » d’Agrippina, et souffre d’une éxécution « trouée », on craint à chaque fin de phrase du hautbois que la musique ne reprenne pas, or ce qui pourrait être un bel effet angoissant se transforme en déchiquètement du tissu musical.

 

Il faut dire que les chanteurs ce soir avaient de l’énergie à revendre,  et que l’orchestre en a sans doute bénéficié.  Mary-Elen Nesi déçoit par rapport à son Faramondo un mois plus tôt : à croire que l’impréparation l’a trouvé moins prudente et lui a mieux réussi ; ici l’actrice est souvent fade et la chanteuse manque d’aura, voire de voix, ses vocalises sont inaudibles. Vito Priante ne pousse pas le volume de sa voix à l’excès pour une fois, dommage que le rôle ne soit pas porteur et ne paye pas cette retenue vocale. Je suis de plus en plus séduit par la voix de Cyril Auvity qui gagne en graves et en assise d’années en années, de plus il quitte peu à peu son flegme pour ne pas dire son ennui dans le seria, les récitatifs sont habités d’une flamme qui rappelle son engagement dans la tragédie lyrique ; malheureusement l 'italien est vraiment mauvais et l’émission souvent trop nasale produit un chant qui manque de relief et de perspective. Ingela Bohlin n’avait pas ce soir le rayonnement vocal de ses Iole ou Morgana, et encore moins l’aplomb dramatique : la faute au rôle ou à une méforme passagère dont ce dernier a pâti ?

http://klassikaraadio.err.ee/images/files/RominaBasso180.jpg

Soirées après soirées, Romina Basso quitte la timidité de ses débuts pour affirmer une personnalité artistique fascinante. D’un rôle souvent bassement stéréotypé, elle sculpte un personnage époustouflant : le corps de la chanteuse d’abord est à l’image de sa suprématie vocale, aux inflexions des mains, des bras, des doigts, aux mouvement de la tête, répondent des messa di voce, des coloratures, des rubatos, des variations de la pression de l’air dans la gorge  qui s’enchainent de façon délirante et avec une maitrise redoutable.  Cet excès de maitrise permet au spectateur de deviner avec quasi certitude quel effet suivra, et pourtant il ne manque pas de surprise,  dès le deuxième air ou dès la deuxième minute de récitatif, tous les effets sont connus, mais c’est leur enchainement qui surprend et fascine. A la façon d’une grande danseuse étoile qui ne capte pas l’attention par la nouveauté de ses pas, mais uniquement par son excellence technique à les exécuter et son implication émotionnelle.  Pour relativiser mon emballement, on pourrait cependant ajouter que Romina Basso manque  de pudeur, c’est une voix qui sait parfaitement traduire le clair-obscur, le sfumato,  se voiler de mystère mais pas se retirer dans la contrition (voire le too much de sa mort de Didon sur Youtube), d’où sa difficulté à rendre le sacré voire son obscénité dans ce répertoire (Juditha Triumphans ici même).

Klara Ek retrouve en Berenice l’applomb de sa Vitellia de Gluck et prouve qu’elle est aussi à l’aise pour jouer les amantes éplorées que les reines soucieuses de leur empire amoureux.  J’ai déjà dit tout le bien que je pensais de sa voix et de son timbre légèrement pincé, elle se révèle de plus extraordinaire bel cantiste.

Fagioli_Franco_klein.jpg

Franco Fagioli n’est pas inconnu des baroqueux : on a déjà pu l’entendre à Paris dans Tolomeo et à Zurich en Cesare épris de Cécilia Bartoli, le timbre était alors assez laid et la technique déjà peu orthodoxe le classait parmi ces contre-ténors interessants mais à la limite du miaulement de chat de gouttière. Puis sa performance en Ezio de Gluck m’avait soufflé, j’étais donc impatient de connaitre son évolution, et je n’ai pas été déçu. C’est la voix de contre-ténor la plus puissante que je connaisse et ce aussi bien dans des graves somptueux que dans des aigus fulgurants ; et cette étendue ne se retrouve pas uniquement dans les passages lents comme chez ses plus valeureux collègues, la fureur de son air infernal est époustouflante d’audace et de maitrise. Pour arriver à ce résultat sensationnel, la technique est forcément très personnelle pour ne pas dire étrange, et cela se voit physiquement, je n’ai jamais vu un chanteur faire autant de grimaces, par moment cela rappelle le comique troupier d’un LeLuron imitant Mitterand : mouvements de lèvres incontrôlés, paupières mitraillettes, épaules de pantin désarticulé, et évidemment aucune prestance. Le contraste entre l’ouïe et la vue est plus que troublant. A part cela, Franco Fagioli est aujourd’hui pour moi le seul contre-ténor capable d’assumer la virtuosité des castrats avec Cencic : tous deux ont une tessiture très large, Fagioli l’emporte par la puissance, Cencic par la rondeur du timbre. Le voilà dans le grand air de la seconde version de l'Ezio de Gluck (sorti en cd), puis dans un air de Teseo de Handel débutant par une superbe messa di voce.







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Published by Licida - dans Représentations
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commentaires

Licida 10/07/2010 15:08



Un passage éclair pour vous dire que le disque est sorti:


 


http://musique.fnac.com/a2883513/Georg-Friedrich-Haendel-Berenice-reine-d-Egypte-CD-album?PID=94610 


 


Su Megera, Tisiphone, Alecto, je retourne au boulot!


 


Bisous



Aurélien 19/05/2010 19:17



J'ai trouvé un moyen d'écouter la version de Rudolph Palmer qui est effectivement globalement médiocre. Le jeu sur orchestre moderne n'est pas du tout convaincant, le chef est peu inspiré.
Jennifer Lane est presque la seule à tirer son épingle du jeu. Julianne Baird a une voix pincée mais cela passe encore. Pour le reste de la distribution, c'est très très moyen voire mauvais.
Qu'en disent ceux qui connaissent cette version? Il est vrai qu'en dehors de quelques airs, cet opéra n'est pas passionnant même si cela se laisse écouter.



Aurélien 19/05/2010 16:15



Merci pour l'information concernant la parution du disque. J'écouterai probablement sur musicme avant de savoir si je veux l'acheter. L'oeuvre n'est pas passionnante.



Licida 13/05/2010 14:47



Comme Curtis a fait tourné le concert assez longtemps avant de l'enregistrer, on peut espérer une bonne direction; et malgré la disparition d'Auvity, les seuls Ek, Fagioli et Basso réussiront,
j'en suis sur, à rendre leurs morceaux aussi passionnants qu'au concert.



Frederic 09/05/2010 00:07



La parution Cd est prévue pour juin : Handel, Berenice, regina d'Egitto, Virgin Classics (3 CDs, Juin 2010). Alan Curtis, Il Complesso Barocco. Berenice: Klara Ek,
soprano; Alessandro: Ingela Bohlin, soprano; Selene: Romina Basso, mezzo-soprano; Arsace: Mary-Ellen Nesi, mezzo-soprano; Demetrio: Franco Fagioli, countertenor; Fabio: Zorzi Giustiniani, tenor;
Arsitobolo: Vito Priante, basse. Cyril Auvity, Fabio au concert, a été remplacé par Giustiniani qui chantait déjà dans l'Ezio par Curtis, sans d'ailleurs être super convaincant. Pour le reste,
j'aurai préféré un vrai contralto en Arsace. Vu le côté très conventionnel de l'oeuvre, il faudra une direction curtissienne du niveau de celle du Motezuma de Vivaldi pour arriver à tenir la
route, sinon c'est enlisement assuré.