Partager l'article ! Cecilia Bartoli au Théâtre des Champs-Elysées (20.11.09): Cecilia Bartoli au Théâtre des Champs-Elysées Sacrificium ...


Ces articles ont été agrémentés d'extraits musicaux pour votre plus grand plaisir!
*Max Emmanuel Cencic
*Roberta Invernizzi
*Sonia Prina
*Ann Hallenberg
*La Vergine dei dolori de Scarlatti
*La Griselda de Vivaldi au TCE
*Récital Kozena/Daniels
au TCE
*Arianna in Creta de Handel
*Anna Bonitatibus
Louons d’abord la générosité du programme : un récital de 3 heures enchainant des airs impossibles et épuisants, c’est un tour de force digne de son marathon Malibran à Pleyel. On peut adresser le même reproche qu’au disque à propos de l’alignement d’airs censés être pleinement marquant isolés, ces zéniths de virtuosité ou ces abymes d’expression y perdent en altitude et en profondeur. Néanmoins, voir chanter ces airs sur scène est bien plus impressionnant qu’au disque où l’on soupçonne toujours les trucages du micro et de la console de son : le concert nous prouve donc que des trucages il y en a finalement peu eu, et je le prouve, voilà le redoutable air de la Berenice d'Araja que je trouve encore plus excitant en live bien que moins impeccable stylistiquement.
Bartoli est donc clairement capable d’assumer ces airs en concert. Et puis il faut la voir se
lancer dans les vocalises de cet air en bloquant les cervicales pour lancer l’immense vocalise en respirant le moins possible, on comprend tout l’effort physique que ces airs exigent, même pour
une chanteuse rompue à ce répertoire (d’ailleurs elle ne s’était sans doute que très peu chauffée la voix pour tenir la distance, le premier air « Come nave in mezzo all'onde» était joué
plus lentement qu’au disque et manquait de fluidité, les vocalises étaient dures).
Photo: Kasia Wandicsz pour
Paris Match
De physique il en est bien évidemment aussi question ; le défilé des costumes
d’abord : entrée triomphale et applaudie en pantalon, frou-frou du foulard et chapeau feutre, puis effeuillage en allant vers les lamenti chantés humblement en chemise ; on la retrouve
ensuite en grande robe rouge, immense drapé en traine mais jambes et collants à moitié dévoilés, plumes rouges dans le dos qu’elle arrache rageusement à la fin du « Son qual nave ». Et
puis Bartoli c’est toujours un bagou en scène qui emporte immédiatement la sympathie, un franc-chanter si je puis dire: elle s’amuse des silences suspendus à la fin d’une longue vocalise et le
sourire faire toujours briller la vocalise avec l’éclat de la simplicité, bel oxymore.
Concernant les inédits, nous pûmes découvrir le très beau lamento de la Merope de Broschi, on reconnait tout de suite la style de Farinelli par l’abus du canto di sbalzo jusque dans cet air désespéré et que Bartoli réussit parfaitement à intégrer.
Le célèbre « Cervo in bosco » de Vinci que Farinelli aimait tant est magnifiquement rendu, avec un naturel et un allant roboratif (j'utilise beaucoup ce mot en ce moment...), on s'étonne qu'il ne figure pas sur le disque à la place du très mécanique « Che timea Giove regnante ».
Le second air de Vinci « Che vive amante » est agréable mais sans grand intérêt musical, il
permet juste une réspiration joyeuse parmi tous ces airs excessifs et à Bartoli de faire valoir son talent comique.
Beaucoup d’inédits dans les morceaux joués en interludes aussi : hélas trop courts, on a
souvent que des parties d’ouverture, peu éloquentes. Mais on a tout de même pu gouter à Merida e Selinunte et Germanico in Germania de Porpora, l'ouverture n°6 de
Veracini et le concerto en Fa pour flûte à bec de Sammartini, ce qui n'est pas rien!
J’ai d’ailleurs trouvé Il Giardino armonico très inégal ce soir : très brouillon au commencement, avec des problèmes d’équilibres entre pupitres, voire de netteté des solistes tout bêtement, étonnant pour un concert qui a déjà tourné et été travaillé pour le disque. Heureusement cela s’améliore au fur et à mesure de la soirée pour atteindre des sommets sur l’ouverture des cantates de Porpora, (Gedeone et Perdono, amata nice) vraiment sublimes et bien plus riches harmoniquement que le style napolitain ne l’exige. (Et je précise que pour l'ensemble du concert j'ai trouvé l'orchestre bien meilleur à Barcelone).
Ce qui fut par contre très réussi, c’est l’attention portée à ne jamais couvrir la chanteuse, ni
la bousculer ; par contraste, les reprises de l’orchestre quand la chanteuse se tait lors des lamentos font exploser en musique tout ce que le chant et la pudeur de l’artiste retenaient
contrit, dans une gorge serrée, juste assez pour pouvoir chanter, à la limite, limite humaine quand l’orchestre déploie une force plus cosmique. Inversement l'orchestre sait aussi venir à la
rescousse des limites vocales de la chanteuse et la porter dans les moments de grande virtuosité en se faisant le relai de l'incroyable energie qu'elle déploie. Des nouveautés ont aussi été
ajoutées par rapport au disque comme ces doubles flûtes dans le « Qual farfalla », ça alourdit un peu le vol du papillon mais donne plus de couleurs à ses ailes.
Bref un concert fabuleux… auquel le film tourné à Caserte diffusé sur Arte réçemment et qui devrait sortir en DVD en mars ne rend pas du tout justice : playback sur le disque, réalisation très classique, angles de prise de vue très douteux (dos à la salle !) ou dans des situations qui font très cheap par rapport à la musique foisonnante (et puis chanter « Ombra mai fu » sous les arbres alors qu’il fait encore à moitié nuit…).
Par contre bonne nouvelle, une nouvelle date a été ajoutée pour le Giulio Cesare avec
Christie à Pleyel (sans Jaroussky, mais toujours avec Dumaux, Stutzman… et Scholl…). Et prochaine prise de rôle pour Cecilia, Norma à Dortmund avec Hengelbrock.
Pour terminer on notera que le disque se vend exceptionnellement bien puisqu'il est devenu disque de platine en moins de 3 mois en France, preuve que travail éditorial et musicologique seront toujours plus efficaces contre le téléchargement illégal que tout un inutile arsenal législatif.
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