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Psychologie

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Il catalogo è questo

23 novembre 2010 2 23 /11 /novembre /2010 22:00

Oui bon, je sais, ça fait longtemps, donc on reprend...

 

Der fliegende Holländer
Richard Wagner
(1843)
Opéra Bastille, 9 septembre 2010

Willy Decker Mise en scène
Wolfgang Gussmann Décors et costumes
Hans Toelstede Lumières
 

Matti Salminen Daland
Adrianne Pieczonka Senta
Klaus Florian Vogt Erik
Marie-Ange Todorovitch Mary
Bernard Richter Der Steuermann
James Morris Der Holländer

Patrick Marie Aubert Chef du Chœur
Peter Schneider
Direction Musicale
Orchestre et Choeur de l’Opéra national de Paris

http://spectacles.premiere.fr/var/premiere/storage/images/theatre/news-photos/photos-embarquez-pour-le-vaisseau-fantome-a-l-opera-bastille/adrianne-pieczonka-senta/35398009-1-fre-FR/Adrianne-Pieczonka-Senta_reference.jpgPhoto: Frédérique Toulet

Pour ne rien faire comme tout le monde, je n’ai pas commencé mon initiation wagnérienne par Le Vaisseau fantôme, réputé être la meilleure introduction au génie de son auteur. J’arrivais donc à ce spectacle en connaissant déjà des œuvres proches (Die Feen, Tannhäuser) ou plus lointaine (Tristan, Parsifal), lesquelles m’ont semblé plus abouties car moins hésitantes. Il y a dans ce Vaisseau fantôme une première tentative de fusion musicale du drame en un seul flux mais qui reste émaillé des souvenirs pas toujours parfaitement intégrés du grand opéra français et allemand, alors que l’héritage était pleinement assumé dans Die Feen. C’est surtout l’acte I qui souffre de ces hésitations : après un prélude galvanisant mais encore un peu long, qui n’atteint pas la parfaite et juste économie de l’ouverture de Tannhäuser, l’action met très longtemps à démarrer puisqu’il faut attendre l’entrée en scène de Senta pour impliquer le spectateur dans le drame. L’action devient alors bien plus fluide et précipitée vers la chute : on peut prétendre que le livret fait enfler le drame comme la musique reproduit le roulement des vagues qui viennent se briser sur le vaisseau, mais il faudrait pour cela que l’acte I soit plus angoissant, plus évidemment gros du drame qui se noue. Il faut dire ici que la mise-en-scène n’y aidait pas.

 

http://spectacles.premiere.fr/var/premiere/storage/images/theatre/news-photos/photos-embarquez-pour-le-vaisseau-fantome-a-l-opera-bastille/james-morris-der-hollaender/35398045-1-fre-FR/James-Morris-der-Hollaender_reference.jpg

Photo: Frédérique Toulet

 

J’aime beaucoup le travail de Willy Decker qui a le mérite de faire des mises-en-scène toujours très lisibles et justes d’esprit, mais ici c’est n’est pas tant l’idée initiale qui gêne que sa mise en œuvre.
Le principe est simple : évacuer tout le fantastique, tout ce folklore extraordinaire n’est qu’une construction imaginaire faite par une jeune fille qui, à force de trop respirer les embruns, a un peu de sel dans le cerveau. L’astuce pour ancrer la folie de Senta est un des thèmes récurrents de l’œuvre de Decker (voir sa Dame de Pique ou sa Ville Morte) : la peinture. Dans le livret Senta est fascinée par le portrait du hollandais avant même de l’avoir rencontré : utilisant cette ressource, Decker rend cette idolâtrie responsable de la folie de Senta et la fairt résonner sur scène. A l’entrée de Senta, les femmes tissent une immense toile blanche tandis que Senta tient fermement sa toile peinte avant d’entamer sa ballade. Le décor unique représente l’angle de la maison démesurément agrandie de Daland, le père de Senta : d’un coté une porte immense ouvrant sur les flots, de l’autre un renfoncement sur lequel est accroché un grand tableau d’un vaisseau sur ces mêmes flots. C’est ce tableau qui s’animera pendant la scène de l’acte II où les marins et leurs donzelles veulent réveiller le vaisseau fantôme ; c’est par cette porte qu’entre le hollandais et qu’il disparait à la fin, tandis que Senta se suicide et meurt en tendant les bras vers le portrait du hollandais, portrait qui sera récupéré par une de ses copines qui devient fascinée à son tour quand tombe le rideau final.
Mais Erik là dedans me direz-vous ? Eh ben, Erik, le fiancé, assiste impuissant au délire psychotique de Senta, délire qu’il a compris en rêve. Ainsi pendant la scène du réveil du vaisseau, Erik est-il battu par les marins et se recroqueville dans un coin assistant impuissant au délire de Senta.

 

http://spectacles.premiere.fr/var/premiere/storage/images/theatre/news-photos/photos-embarquez-pour-le-vaisseau-fantome-a-l-opera-bastille/le-vaisseau-fantome6/35397973-1-fre-FR/Le-Vaisseau-fantome_reference.jpg

Photo: Frédérique Toulet


Tout ceci est très pensé et loin d’être idiot : transformer le fantastique en fantasme permet d’épaissir psychologiquement le personnage de Senta (qui s’extrait de l’ennui et de l’ordinaire de sa situation en créant un monde imaginaire) et de le rendre plus tragique (elle est prédestinée à mourir, puisque dans ce monde imaginaire et excessif, la fidélité ne se prouve que dans la mort, mort qui est la seule façon de sortir définitivement du monde réel dans lequel son cadavre reste pourtant, sur la scène). De plus cette idée est loin d’être superficielle, elle file parfaitement le thème romantique du paysage mental qui voit la nature et le drame refléter les états d’âme du personnage.

Mais en psychologisant on rationnalise et l’opéra y perd en puissance, surtout à l’acte I : on ne comprend pas en l’absence du personnage de Senta qu’il s’agit là de son imaginaire, sa présence voilée pendant l’ouverture étant bien insuffisante. Il ne reste donc sur scène qu’un marché un peu glauque entre deux marins, dont l’un a l’air plus siphonné que l’autre. Même remarque pour le réveil du vaisseau où femmes et hommes sont contraints de se tourner les uns vers les autres quand ils invectivent le bateau censé se trouver derrière la porte qui ouvre sur les flots.

Bref cette mise-en-scène ne manque pas d’idée mais leur réalisation sacrifie la puissance à l’intellectualisme et ne permet pas de pallier les faiblesses dramatiques du livret, lesquelles n’apparaissent que mieux quand elles perdent la fascination liée au fantastique.

 

http://www.qobuz.com/blogs/andretubeuf/files/2010/10/Le-Vaisseau-fantome_diaporama-2.jpg

Photo: E.Mahoudeau

 

Coté musical, l’adéquation à la vision du metteur en scène est un peu trop parfaite : James Morris est encore très vaillant mais n’a plus le feu vocal qui rendrait son personnage inquiétant et fascinant ; il est même moins impressionnant que le Daland de Matti Salminen à la voix plus saine et à l’allemand plus clair et marquant, qui distingue heureusement son personnage en surjouant la bonhommie et la simplicité. Rien à redire sur l’impeccable Mary de Marie-Ange Todorovitch, ni sur le pilote de Bernard Richter au timbre clair toujours aussi séduisant. En écoutant l’Erik de Klaus-Florian Vogt on se dit aussi que le timbre est splendide, la projection aisée, l’allemand parfait, un vrai modèle de beau chant, mais hélas pas d’acteur : sans avoir l’air d’un simplet, il joue de façon assez monotone l’amoureux transit, on ne sent que mieux le fossé qui le sépare de la torturée Senta, mais on ne comprend pas l’émoi fatal de cette dernière pour son fiancée ; et cette vision éthéré contredit parfaitement sa communion onirique avec le malaise de Senta. Senta finalement, celle d’Adrienne Pieczonka à la voix radieuse et vaillante, et à l’implication scénique entière. Suivant la vision du metteur-en-scène, Senta n’est pas abandonnée, elle suit de façon parfaitement logique et implacable le cours de sa folie, elle ne s’abandonne à rien d’autre que cette folie qu’elle s’est constituée elle-même. Alliée à une maitrise vocale aussi tranchée que celle d’Adrienne Pieczonka, cela donne un personnage trop maitre de lui-même, trop planté, trop assertif, qui n’est en rien balloté par les flots de sa pensée : l’onirisme se transforme en folie clinique aussi froide que le décor.

 

http://spectacles.premiere.fr/var/premiere/storage/images/theatre/news-photos/photos-embarquez-pour-le-vaisseau-fantome-a-l-opera-bastille/le-vaisseau-fantome3/35397919-1-fre-FR/Le-Vaisseau-fantome_reference.jpg

Photo: E.Mahoudeau


Rien de très original à dire sur l’Orchestre et le Chœur de l’Opéra de Paris, très bien dirigés par Peter Schneider, mais que l’on aurait aimé plus excessifs pour contre-balancer l’excès de rationnel du plateau. C’est finalement là le problème de ce spectacle : à trop vouloir disséquer le fantastique pour y trouver du psychologique, on se prive d’une puissance numineuse que la musique est censée réinventer.

 


http://spectacles.premiere.fr/var/premiere/storage/images/theatre/news-photos/photos-embarquez-pour-le-vaisseau-fantome-a-l-opera-bastille/le-vaisseau-fantome11/35397964-1-fre-FR/Le-Vaisseau-fantome_reference.jpgPhoto: E.Mahoudeau

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Published by Licida - dans Représentations
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commentaires

Amurat 26/11/2010 02:17



Merci derechef. Juste une remarque : la mise en scène de Decker est sans doute ""pensée", mais l'idée d'intériroiser le fantastique en fantasme de Senta est quand même devenu une convention
depuis une vingtaine d'années, j'ai l'impression. Kupfer avait tenu ce pari avec une force théâtrale sidérante (grâce aussi à la Senta de Lisbeth Balslev) dans la production de Bayreuth qui est
aujourd'hui éditée en DVD (avec déjà Salminen en Daland). On peut quasiment tout visionner sur Youtube.


 


Je n'ai pas vu le spectacle donc je devrais me taire, mais les photos me donnent l'impression d'une volonté ostentatoire d'esthétisation finalement banale aujourd'hui, avec les grands murs
blancs, les encadrements de porte, ces espaces stylisés et clean, qu'on trouve d'une autre manière chez Carsen, et je me demande dans quelle mesure ça ne désamorce pas le côré rugueux et violent
essentiel à cette musique et à cet opéra.


 


Bon, le Vaisseau fantôme, c'est un des 3 ou 4 Wagner que je préfère, et je l'échange sans hésiter contre Parsifal mais chut. Ni l'ouverture ni l'acte I ne m'ont jamais paru long
ou mal équilibrés (oui, enfin, ça dépend des interprètes quand même). D'une part parce que l'attente (essentielle) est capitale, et l'avènement du moment où quelque chose d'autre advient
dans l'univers si matériel du bateau de Daland ou de sa maison ; et puis aussi parce que je suis sensible à ce clivage entre l'acte I des hommes et l'univers féminin qui ne surgit qu'avec l'acte
II — c'est un aspect qui (avec d'autres) vient probablement du Freischütz d'ailleurs, avec dans les deux cas un personnage démoniaque, sauf que chez Wagner l'amoureux est dédoublé en 2
personnages (le Ténor et la Chose). Notez quand même que Weber avait eu le bon goût de faire l'économie de tout duo d'amour : quel homme, décidément !


 


Si je puis me permettre, et si vous avez l'occasion, le live de Bayreuth 1960 fouetté par Sawallisch, avec Anja Silja tout juste adulte et Franz Crass, est vraiment une expérience à faire. On ne
le trouve plus couramment dans le commerce mais il a connu 2 éditions CD. En plus il y a même Fritz Uhl Chéri qui chante Erik, alors…


 



Caroline 24/11/2010 09:43



La machine est donc relancée...