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Il catalogo è questo

2 janvier 2010 6 02 /01 /janvier /2010 19:25

Edita Gruberova, soprano

Orchestre Philharmonique d'Oviedo
Friedrich Haider, direction

Théâtre des Champs-Elysées
17 décembre 2009

Mozart : Le Directeur de théâtre, ouverture
"Martern aller Arten", air de Konstanze (Entführung aus dem Serail)
Wolf-Ferrari : I Quattro Rusteghi, Vorspiel et Intermezzo
Il segreto di Susanna, ouverture
Donizetti : "Il dolce suono", "Spargi d'amaro pianto" (Lucia di Lammermoor)

Entracte

Chapi : Preludio de la Revoltosa
"Oh, s'io potessi", "Col sorriso", "Oh sole, ti vela" airs d'Imogene (Il Pirata)
Donizetti : Roberto Devereux, ouverture
"E sara, in questi orribili", "Vivi, ingrato", "Quel Sangue" airs d'Elisabetta (Roberto Devereux)

Bis
Strauss: "Spiel ich" air d'Adele (Die Fledermaus)
Donizetti: "Ah tardai troppo... O luce di quest'anima" air de Linda (Linda da Chamounix)
Strauss: "Spiel ich" air d'Adele (Die Fledermaus)

http://www.theatrechampselysees.fr/upload/illustrations/1egruberova__Herve_le_Cunff__.jpgPhoto: Hervé le Cunff

Edita Gruberova à Paris, cela n’était pas arrivé depuis… un bon moment; et même en France, sa dernière prestation semble remonter à 1999 à Nice pour une Fille du régiment. La chanteuse est pourtant une star du monde lyrique germanophone, preuve en est le festival de Salzburg qui ne craint pas de la programmer dans Norma cet été ou l’opéra de Munich qui lui a offert des débuts dans Lucrece Borgia à 63 ans ! Celle qui fut une des meilleures techniciennes des années 70 et 80, celle qu’Harnoncourt a si souvent voulue pour ses Mozart, celle qui a créé sa propre maison de disque… est maintenant inconnue en France au point de ne pas remplir le TCE pour un récital au programme pourtant aussi célèbre que rarement donné le même soir. C’est sans doute d’abord la preuve que, de plus en plus, même pour le public d’opéra que l’on dit forcément « averti » pour un art si « élitiste », eh bien le marketing a son importance sur le remplissage des salles. Aucune campagne de pub n’avait été prévu pour se concert, le TCE prédisant même un remplissage exceptionnel avait surtarifé ses places. On était pourtant loin ce soir du remplissage d’un concert de Bartoli.


Mais si la salle n’était pas pleine, elle n’était pas indifféremment peuplée non plus ; car tous ses fans français avaient fait le déplacement. Et un fan français de Grubi est généralement très bruyant, hystérique et homosexuel (de la gym queen à l’aristo méprisant). Le spectacle était donc ce soir aussi bien dans la salle que sur la scène. Dès son entrée les « brava » fusent, chaque fin d’air est l’occasion  d’applaudissements émis très haut les bras tendus vers l’idole dans l’espoir qu’elle repère son adorateur ; la folie de Lucia est évidemment interrompue après son duo avec la flûte par un public incapable de retenir son admiration ; les derniers applaudissements sont si importants que la dame offrira 3 bis ; une plaque indiquant une avenue à son nom lui est offerte, elle pose fièrement avec devant les iphone qui la mitraillent ; quand elle annonce un bis « Gaetano Donizetti… » « En français ! » l’interrompt une vielle conne qui s’attendait sans doute à ce que l’on annonce du Gaëtan Donisette, laquelle se prend un virulent « Ta gueule ! » en guise de réponse du balcon. Bref ambiance électrique, mais l’électricité ne passait pas uniformément ce soir dans le public, la standing ovation finale était loin d’être unanime comme elle l’est à chaque fois pour Bartoli ou Dessay, beaucoup venus ici sans trop connaître la dame s’étonnent du délire qu’elle suscite et applaudissent timidement. L’ovation est très trouée à l’orchestre !


Alors pourquoi ? Eh bien, mon père avec qui j’étais au concert ce soir là a trouvé la clef : « on dirait la castafiore ! » dit-il admiratif. Edita Gruberova est sans doute la dernière des Castafiore ; bien sur elle a son glorieux passé derrière elle que les fans applaudissent aussi, mais la chanteuse qu’elle est devenue aujourd’hui ne fait pas qu’évoquer une splendeur révolue, elle attire la sympathie par un style unique. Unique ça oui ! Et on ne nait pas castafiore, on le devient. Si on retrace sa carrière, on s’aperçoit d’une lente révélation de son naturel dramatique : de la jeune vocaliste scolaire sans personnalité, à la diva affirmée et maitrisée par de grands chefs et finalement l’actrice caricaturale dont les expédients dramatiques viennent combler des lacunes vocales croissantes avec l’âge. Car Gruberova en scène, c’est un peu la poissonnière du marché de St Ouen à la Comédie française : non qu’elle manque d’investissement dramatique, au contraire, elle se trompe juste totalement de voie. Ses reines sont d’un génie bouffon parodique insoupçonné et ses scènes de folie sont toutes proches du coma éthylique.


Personnellement il m’est impossible d’être ému par ses performances, mais je dois bien reconnaitre que le personnage est fascinant par son aplomb. Etre grotesque avec tant de panache n’est pas donné à tout le monde ! La voix part en lambeaux, l’aigu est strident et dur comme une plaque de tôle en fer blanc, les vocalises sont souvent savonnées, presque tous les aigus pris par en dessous, le texte parfois modifié, les problèmes de rythme sont récurrents, mais tout cela passe car elle s’y donne à corps perdu, les graves ne sont d’ailleurs pas coupés, ils sont émis en voix parlée ventriloquée horrible, mais elle les affronte témérairement, au point que l’on peut se dire « ça doit être écrit comme ça ! ». D’autant que qui ose aujourd’hui, qui plus est à 63 ans, programmer des récitals incluant 3 des plus grandes scènes de folie du bel canto et en commençant par des vocalises mozartiennes qui ne pardonnent rien ?! Par ailleurs, il faut bien reconnaître qu’elle a de beaux restes, elle est loin d’être à bout de souffle : les vocalises dans l’aigu ont encore cette extraordinaire liquidité, les aigus et suraigus sont bien là, volumineux, souvent laids mais toujours impressionnants.

http://www.bayerische.staatsoper.de/upload/media/200811/21/11/rsys_26654_492686ec4c2c8.jpg

C’est finalement cela qui est fascinant, même un goût de chiotte et une technique vocale à la ramasse peuvent être transcendés par l’aplomb scénique et attirer la sympathie. Et une chanteuse qui a été si excellente technicienne, ne peut ignorer sa décadence actuelle, elle en a certainement parfaitement conscience et s’attaque pourtant à des morceaux de bel canto qui mettent à nu les chanteuses les plus armées pour ces rôles. Si la plupart d’entre eux n’étaient pas des hystériques incapable de reconnaitre le moindre défaut à leur idole, j’aimerai beaucoup avoir le point de vue d’admirateurs de la dame, donc si certains lisent ce compte-rendu et ne m’ont pas encore voué aux gémonies donizettiennes, qu’il n’hésitent pas à s’exprimer !

N’importe quelle jeune chanteuse qui aujourd’hui chanterait ce répertoire en faisant des grimaces improbables, louchant presque sur les aigus, jouant comme une actrice de cinéma muet se ferait huer ; tout juste le pardonne-t-on à Simone Kermes qui a l’excuse d’un répertoire encore largement inconnu (quoiqu’il en soit, la filiation stylistique – pas vocale hein ! - entre les deux chanteuses est pour moi évidente).

La dernière des castafiore donc, une diva d’un autre âge où les excès dramatiques les plus irréalistes étaient le pendant théâtral de cette enflure vocale qu’est l’opéra. Une conception enflée de l’opéra qui a totalement disparu avec les Callas ou les Dessay qui s’attachent à l’inverse à rendre crédible leur personnage,  pour qui le théâtre est une composante essentielle de l’opéra. Dans l’ancienne conception, le théâtre n’était pas absent mais coupé de tout soucis réaliste, c’était plus une litanie qu’une représentation, et la métaphore opérée par le chant lyrique sur le verbe simplement parlé suffisait à justifier ce manque total de crédibilité. En regardant Grubi ce soir, on pense presque à ce que doit être l’opéra balinais tant vanté par Artaud. Bon j’arrête là mes élucubrations, pour reprendre ce qu’avait très bien résumé David Le Marrec je crois, à savoir qu’avec Grubi, le mauvais goût "fait système" et que toute critique portant sur le manque de réalisme, l’ignorance esthétique ou les lacunes vocales est vaine.


http://www.codalario.com/v_portal/inc/imagen.asp?f=fdues_1b_index_768.jpg&w=462&c=0

A ceux qui ne la connaitraient toujours pas, voilà quelques vidéos glanées sur Youtube pour illustrer ce propos.

Tout d’abord le grand air de Giunia dans Lucio Silla qui montre l’extraordinaire technicienne qu’elle a été, capable de chanter en concert la grande vocalise de cet air en ne respirant qu’une seule fois. (1983)



Autre exemple de sa suprématie vocale dans les années 80, cette folie d’Electre chez Mozart, et l’on s’interroge déjà sur son sens tragique pour sortir un tel rire gloussé digne d’un film d’horreur de série B, mais après tout ce passage est redoutable pour toutes les chanteuses. (1981)

 


Puis sans doute ce qu’elle a fait de mieux, un air de concert de Mozart, Speria vicino il lido, où guidée par Nikolaus Harnoncourt elle atteint des sommets. (1991)

 


La poissonnière pointe déjà le bout de son nez dans le final de l’acte I de Maria Stuarda où sa grossièreté tranche singulièrement avec la noblesse claironnante d’Agnès Baltsa : c’est totalement à coté de la plaque, n’empêche que la confrontation est animée comme rarement. (1989)

 


Et enfin le « système » qu’elle est devenue aujourd’hui. La scène finale de Roberto Devereux (2007) et celle de Lucrèce Borgia (2009) qui attestent l’incroyable prise de risque scénique et vocale qu’elle ose aujourd’hui (avec Christopher Loy en perruquier - le même qui avait fait viré Deborah Voigt à cause de son embonpoint, oui, c'est donc bien qu'il doit trouver un intérêt dans le jeu de Grubi).

 




Ou cette folie d’Imogene, beaucoup trop grave pour elle mais qu’elle affronte avec un panache impressionnant, suicidaire. (2008)

 


enfin, ell a donné l’air de la Chauve-souris « Spiel ich »  à deux reprises ce soir ; elle y fut très attachante pour peu que l’on renonce à une certaine finesse du style viennois. Dans les années 80, c’était  moins troupier et plus viennois, mais cela reste très réussi aujourd'hui, elle y fait preuve d'un génie comique qui pour le coup n'est pas contraire aux aspirations du livret. (2007 et 1980)

 




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Published by Licida - dans Représentations
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commentaires

Gabriel von Eisenstien 05/03/2011 20:42



Il faut dire aussi que quand on achète un billet pour un concert qui commence par "Martern aller Arten", on sait à quoi s'attendre !


 


 



Frederic 05/03/2011 20:32



C'est sûr que Grubi en avait une MST (maîtrise de science et technique)



Amurat 05/03/2011 19:46



"Gruberova a vieilli point final."


Non !!! Gruberova ne vieillit pas, le temps n'a pas de prise sur Gruberova, ses aigus purifient l'air, elle fait fleurir le lilas, la rose et le réséda, elle favorise les récoltes, elle fait
revenir les maris volages et l'argent du ménage, elle guérit les troubles de l'érection, elle est trop puissante, elle nous tuera tous.


 


Vive Grubi. Bravo Madame. À bas l'homophobie et les MST.


 


J'ai bon, là ?



- 05/03/2011 19:20



.



Gabriel von Eisentein 05/03/2011 14:04



Quelqu'un connaîtrait une étude valable sur la perruchophobie ?