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18 octobre 2009 7 18 /10 /octobre /2009 05:34
Handel, Faramondo (1738)

Mary Ellen Nesi, Faramondo
Philippe Jaroussky, Adolfo
Netta Or, Clotilde 
Marina De Liso, Rosimonda
In-sung Sim, Gustavo
Xavier Sabata, Gernando
Marco di Sapia, Teobaldo

I Barocchisti
Diego Fasolis, direction




France Musique a décidé d'annuler la radio-diffusion de ce concert pretextant l'annulation de Max Emmanuel Cencic dans le rôle-titre; je ne saurai dire s'il s'agit d'une demande prudente de Mary Ellen Nesi qui le remplaçait au pied levé ou bien encore d'une preuve du grand professionalisme de France Musique, mais c'est d'autant plus dommage que ce concert fut proprement électrique, bénéficiant de la longue tournée qui a suivi la sortie du disque, toute l'équipe, Nesi exceptée, est en parfaite confiance, nous offrant une prestation bien plus vivante qu'au disque, avec en prime la Clotilde étonnante de Netta Or. C'était le dernier concert de la tournée.

Il est entendu chez les specialistes que cet opéra n'est pas le plus réussi de Handel: composé un peu à la va-vite sur un livret incompréhensible, il n'en reste pas moins que l'équipe créatrice fut brillante (la même que pour Serse immédiatement postérieur) et qu'Handel se devait de composer une musique à la hauteur de tels chanteurs: la Duparc (qui sera aussi sa Semele) en Clotilde, Montagnana (la basse handelienne la plus célèbre) en Gustavo, la Merighi (celle qui chanta Rosmira et bien d'autre rôles chez Handel) en Gernando, et surtout Caffarelli (que tout le monde connait maintenant grace à Sacrficium) en Faramondo. Il est alors étonnant qu'Handel n'ait retenu qu'un orchestre aussi pauvre pour une telle équipe: que des cordes, un timide hautbois muet la pluspart du temps et deux cors qui n'arrivent que pour le final. A défaut d'être très créatif avec un livret aussi mauvais et un orchestre si pauvre, Handel n'en sera pas moins très efficace. Le problème majeur de cet opéra réside dans le manque d'authenticité des personnages qui ne font que répéter le même affect pour la pluspart, et quand ils en changent, cela sent le passage obligé à plein nez, la situation dramatique n'exigeant rien qu'elle ne puisse rendre compréhensible. On peut donc légitimement penser que les créateurs du rôles aient consacré tous leurs efforts à briller dans ces airs déjà balisés et sans grand risque esthétique, ce en quoi Handel les a satisfait en leur composant certains airs superbes d'élan et de raffinement, de vraies turbines à affect. Et ce soir, ça turbine sévère!



Diego Fasolis a mené toute son équipe avec une maestria rarement vue dans ce répertoire: très directif, galvanisant parfois jusqu'à l'excès ses chanteurs (auxquels il est toujours diablement attentif) et musiciens, il a su imposer à toute la representation une urgence dramatique purement musicale puisqu'à peu près personne dans la salle n'a compris l'histoire. Son orchestre I Barocchisti a déjà fait la preuve de son excellence dans Vivaldi et dans la musique baroque sacrée, ils sont hélas bien trop rares dans le seria où ils sont pourtant maitres parmi les maitres: roboratif est le mot qui les décrit le mieux. Avec plus de relief, de présence qu'au disque, ils ont tenu toute la salle en haleine pendant 2h30: je reste stupéfait du "Combatutto da due venti" dans lequel ils ont réussi à rendre le tissu des vents palpable et ce rien qu'avec des cordes, mais aussi de la saillance des milles raffinements du "Sebben mi lusinga" ou encore de ce final, très bien écrit contrairement à l'habitude, dont la montée en puissance évoque déjà les grands ensembles des oratorios à venir. Vraiment prodigieux.

Mary Ellen Nesi étonne, surtout pour un remplacement soudain. A-t-elle eu conscience du caractère hors-norme du chanteur qu'elle remplaçait? L'impréparation l'a-t-elle incitée à prendre plus de risque? Si le lamento du II "Poi che pria" manque de couleurs et de soutien, et si le grand air du III s'éternise un peu dans le déchiffrage, les trois premiers de l'oeuvre sont sans doute ce que j'ai entendu de mieux de sa part. Le "Rival ti sono" est incisif et mordant, quant au "Sebben mi lusinga" elle y fait montre d'une technique impressionnante, d'un sens du rythme remarquable et d'aigus puissants, elle rend même sans sourciller le canto di sblazo (sans l'étendue ni l'émission nécessaire, mais encore une fois, je préfere de loin un essai à moitié réussi, à une esquive malhonnête). Elle a eu droit à un triomphe aux applaudissements, d'autant moins évident que la déception semblait grande lorsque la défection de Cencic a été annoncée (moi qui pensait que tout le monde ne venait que pour Jaroussky!).

Marco di Sapia est un Teobaldo sans brillant mais pugnace, c'est déjà amplement suffisant pour ce petit rôle. La voix d'In-Sung Im impressionne plus encore qu'au disque qui la prive de sa résonnance, c'est très percutant, très stylé, mais le timbre peut sembler monotone, avare de couleurs; la forte présence en scène vient, elle, donner tout son sens à ce rôle monolithique de roi tonnant.

La prestation de Philippe Jaroussky est plus problématique: un contre-ténor dans un rôle de soprano pourquoi pas, au moins n'a-t-on pas à lui reprocher de ne pas faire tous les graves des rôles de castrats. Le chanteur est en plus ce soir là en grande forme: timbre pulpeux, souffle parfaitement maîtrisé; ce genre de rôle galant lui va en plus plutôt bien, et le style est irréprochable (très beau "Se a piedi tuoi morro"). Mais pour être conquis, il faut simplement accepter ce timbre lisse qui, en l'absence de dimension dramatique dans la partition, fait que l'on a fait le tour du personnages au bout de trois mesures et que tout le reste ne sera que répétition. L'aisance vocale et la rareté du naturel pour ce type de voix pallient souvent ce timbre, mais il m'a manqué ce soir le fruité d'un soprano, celui que devait avoir la Droghierina, future Atalanta.

Avec Xavier Sabata, il se joue l'inverse. Sur le vif, les limites vocales du chanteur dans la haute-virtuosité sont évidentes: souffle court qui sacrifie les graves, vocalises en sourdine, ce chanteur s'épanouit bien plus dans le syllabisme dramatique du "Voglio che mora" ou dans la plainte de l'acte II "Non ingannar", que dans l'urgence musicale qu'exigent les airs à vocalise. Mais c'est bien l'emportement dramatique qui le sauve et fait l'intérêt de sa prestation, certes une femme sera toujours mieux armée vocalement pour ce rôle (c'en est presque absurde de devoir le rappeler!) mais la personnalité dramatique de Sabata est vraiment attachante. Et en plus il a le même tailleur que Cencic!



La Clotilda de Netta Or fut faramond... faramineuse. Je l'avais déjà énormément appréciée dans Mozart, Scarlatti et gluck, elle confirme mon sentiment: à suivre!! Le timbre a la même stridence délicieuse que celui de Gauvin, un petit coté rocailleux que j'adore, et la tessiture, l'aisance dans l'aigu sont impressionantes. J'enrage que son "Combattuto da due venti" n'ait pas été enregistré: elle y déplace les montagnes, c'est précis et nébuleux à la fois, les aigus sont olympiens et d'autant plus libérateurs que la tension du chant semble se résoudre en eux, d'une note à l'autre on passe de la lame de fond à la crête de la vague. Quant à son dernier air, "Aure placida" et son tapis de cordes, c'est un diamant: la dureté du carbone sous les doigts du joaillier devient transparence aérienne et néanmoins fortement incarnée.

Face à elle la Rosimonda de Marina de Liso est d'autant plus détonnante que son rôle tourne à vide sur un seul effet: l'invective. Et pourtant elle prouve qu'avec un emportement dramatique sans relâche, on peut rendre tous ces airs fascinants; on en craint à chaque instant le geste fatal (dont on ne sait plus trop bien qui il doit frapper...), mais ce ne sont que des aigus déchirants qui sortent de cette colère; et quels aigus d'ailleurs, il faudrait serieusement cesser de vouloir transformer de toute force d'aussi superbes mezzo coloratures en alto plats et détimbrés pour que les dix-neuviemistes ne perdent pas trop leurs repères!



Triomphe final dans une salle remplie à craquer. On a eu droit à un bis du choeur final. Je n'ai même pas envie de déplorer les coupes dans la partition tant le résultat final dépasse tout ce que l'on pouvait espérer de cette partition.

PS: et oui je sais, Fasolis ressemble à Voldemort. Allez écouter ses disques au lieu de vous moquer! Commencez par la Juditha Triumphans avec Invernizzi et par les Concertos bandenbourgeois.

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Published by Licida - dans Représentations
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commentaires

Licida 21/10/2009 22:06



Bienvenue Célie.


 


Mais je ne vois pas où vous voulez en venir dans votre commentaire. 



célie 21/10/2009 21:46


Biensûr que Cencic n'est pas irremplaçable...une bonne mezzo soprano fait très bien l'affaire.


Licida 21/10/2009 19:12



Welcome Marcel and thank you for your comment.


 


But please respect different opinions by not insulting those who did not liked Netta Or ;-)



Marcel 19/10/2009 22:09


I saw the concert too and I think Netta Or has a wonderful voice. I wish to hear her more often in Paris.
@Y: I don't know why you are talking such stupid things, but you have absolutely no knowledge of music.
Greetings Marcel


Felicity Palmer 19/10/2009 02:58


À genoux, pauvres filles !
Prosternez-vous devant moi. Je suis la reine à stride !