Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Psychologie

  • : Alma Oppressa
  •  Alma Oppressa
  • : Blog sur l'opéra
  • Contact

Articles à venir

Recherche

Archives

Il catalogo è questo

12 octobre 2009 1 12 /10 /octobre /2009 21:00
Olivier Py
Les Enfants de Saturne

Création

mise-en-scène: Olivier Py
décor, costumes & maquillages : Pierre-André Weitz
lumière : Olivier Py avec Bertrand Killy

Nâzim Boudjenah Paul
 Amira Casar Ans
 Matthieu Dessertine Simon
 Mathieu Elfassi Un serveur
 Michel Fau
 Philippe Girard Virgile
 Frédéric Giroutru Nour
 Laurent Pigeonnat Silence
 Olivier Py Monsieur Loyal
 Bruno Sermonne Saturne
 Pierre Vial (sociétaire de la Comédie-Française) Le fossoyeur





Quelques mots sur ce beau spectacle qui mériterait une analyse bien plus fouillée avec le texte sous les yeux. J'avais renoncé à rendre compte du Soulier de satin donné la saison dernière à l'Odéon avec la troupe d'acteurs favoris de Py que l'on retrouve ici, mais qui m'avait pourtant fait forte impression... et s'enquiller 11 heures de Claudel (avec une 1h30 de pause je vous rassure) sans s'ennuyer, voire en y prenant plaisir, était une performance de la part du génial metteur-en-scène et directeur du Théâtre de l'Odeon qui m'avait laissé tout aussi muet d'admiration que la splendeur du texte. Ce que je connaissais de lui à l'opéra m'avait passionné (à l'exception de son Idomeneo aixois, mais ne loupez pas les Contes d'Hoffmann diffusés ce soir à la télé). Voilà donc ce qui m'a motivé pour découvrir Olivier Py un peu plus loin, avec une pièce écrite par lui-même.

Photo: Alain Fontenay

Et je n'ai pas été déçu. Parlons tout de suite du texte qui transpire les goûts littéraires de son auteur: durant les 2h40 de spectacles, on pense toujours à Claudel pour le lyrisme de la prose démiurgique emplie d'effroi devant le mystère du monde (oui ben, essayez donc de parler de Claudel en termes posés et modestes vous!) et surtout la scène finale où les deux adolescents espèrent sur la mer; mais aussi aux tragiques grecs (je serai tenté de dire Eschyle que Py a plusieurs fois avoué préférer aux autres mais pour le coup je ne sais pas assez les distinguer pour m'avancer) pour l'excès permanent de la parole et la lutte, l'agonie au sens premier, constante entre les personnages. Tout de suite on peut dire que ces deux références écrasent un peu le texte, et que souvent l'attention décroche d'un texte trop riche et trop travaillé; pourtant je ne sais pas vous, mais moi, même à "seulement" trois heures de Claudel, je décroche souvent aussi. L'essentiel ne me semble pas résider dans l'entente aboutie et parfaite du texte et de ses implications, mais dans l'implication du spectateur dans un univers esthétique dont le texte n'est que la partie civilisée, quand la scène joue un rôle plus primitif, plus violent.

L'histoire est celle de Saturne, un patron de journal viellissant qui voit sa fiereté, La République, s'éffondrer; c'est alors l'occasion pour toutes les histoires enfouies de resurgir et provoquer une apocalypse familliale digne des Atrides mais aussi une apocalypse totale, le nom du journal pouvant tout à fait être lu par métaphore. Ré (onomastique-tique), le fils batard de Saturne et sado-maso à ses heures jure la perte de tous les enfants de ce dernier: Ans la fille un peu pute et surtout très paumée enceinte de son frère tout aussi paumé mais poète, Paul; sans oublier Virgile le politicien qui feint de haïr son fils Simon pour lui dissimuler son désir sexuel et destructeur à son égard (Phèdre, sors de ce corps!) et se paye donc le desespoir de Nour, fils d'immigré dont le père vient de mourir. Bref tout va bien à Youpiland! Mais encore une fois cet excès est parfaitement assumé voir tourné en dérision avec la longue scène initiale où Py passe l'aspirateur de façon nonchalante. Et cette dramaturgie du paroxysme perpetuel ne s'affiche pas tout de suite: le début de la pièce est très classique, voire réaliste, et c'est peu à peu, à travers la transe des acteurs, à travers l'immersion du spectateur (les gradins sont posés sur une tournette qui déplace le spectateur devant les décors qui l'entourent) et à travers la plongée lyrique du texte que l'on pénètre cette esthétique. Ou plutôt qu'elle vous pénètre, la mise-en-scène jouant perpetuellement sur le malaise du spectateur: la proximité de la scène (des scènes plutôt) due à la faible jauge des gradins (100 places je dirais), les nombreuses scènes de nudité parfois frontales, les cris très perceptibles qui résonnent dans les Ateliers Berthier, la venue des acteurs dans les gradins, les coups des personnages contre les décors, tout cela chahute le spectateur qui serait tenté de se reposer sur les nombreuses phrases bien trouvées qui émaillent le texte.



Tous les acteurs furent excellents ce soir-là, allant au bout d'eux-mêmes malgrè un texte très exigeant qui pourrait vite sonner bavard, mais les extrêmités dans lesquelles ils vont ne sacrifient jamais la limpidité de la langue au cri. Mention spéciale pour Michel Fau qui confirme mon admiration du Soulier de satin, c'est clairement celui dont la palette de nuances est la plus développée avec son sourire ironique en coin; j'ai beaucoup aimé Bruno Sermone aussi, parfait pour Saturne avec sa voix caverneuse et ses traits que l'on croiraient dessinés par Goya et qui ne sont pas pour rien dans la richesse de sa présence lors de ses scènes muettes dans le dernier quart de la pièce; et enfin Matthieu Dessertine qui prouve que la valeur n'attend point le nombre des années (huhu), je ne saurai dire s'il est plus facile de s'exposer ainsi à vif quand on a 20 ans, mais ce tourment profondément ressenti et extériorisé par un jeune homme qui a le regard qui vole, cela m'a vraiment ému. Tous les autres acteurs furent excellents, mais faut bien choisir ceux qui vous ont le plus touché.

Voilà, avant de donner dans le stéréotypement votre, je vous conseille donc d'aller voir cette pièce, d'autant que ce n'est pas cher du tout et loin d'être plein. Plus d'informations, une vidéo et de photos sur le site de l'Odéon.

Et pour le fun, j'étais assi à coté de l'actrice qui jouait la bouchère dans le Claudel la saison dernière (Sissi Duparc), laquelle était venue avec une copine, Audrey Tautou. Et voilà un peu de Goya bien trash,des fois que vous croiriez que je fais dans le complaisamment people :-p

Partager cet article

Repost 0
Published by Licida - dans Représentations
commenter cet article

commentaires

Licida 13/10/2009 17:57



Merci pour le lien!


 


Inviter Joel et Py pour une même emission, c'est à la limite de la provocation :o)


 


En tout cas il a raison de préciser "le théâtre aura aussi droit de cité puisqu'Olivier Py"...



Caroline 13/10/2009 10:28


J'avais entendu Py en parler à Tout arrive le même jour qu'on y parlait de Mireille:

http://sites.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/toutarrive/fiche.php?diffusion_id=76988

Il me semble aussi que ça a été enregistré pour une diffusion radio.