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21 octobre 2009 3 21 /10 /octobre /2009 17:33
Handel, Susanna (1749)

Sophie Karthauser : Susanna
David DQ Lee : Joacim
William Burden : premier vieillard
Alan Ewing : second vieillard
Emmanuelle de Negri : Suivante& Daniel
Maarten Koningsberger : Chelsias
Ludovic Provost : Juge

Les Arts Florissants
William Christie


Salle Pleyel
20 octobre 2009

Gentileschi

Bon avant de commencer je vous préviens tout de suite que je vais me la jouer proust-proust et beaucoup user de la métaphore, z'étes prévenus! C'était donc le concert célèbrant les 30 ans des Arts flo, avec discours inaugural de Laurent Bayle devant Monsieur le Ministre de la Culture dont les réçents déboires médiatiques entraient étonnamment en résonnance avec cette sombre histoire biblique libidinale, huhu.

L'oeuvre en elle-même est intéressante mais semble inaboutie: le livret est pas mal construit mais comme souvent pour les oratorios de Handel, manichéen, Susanne est la gentille, les deux vieux les méchants, on serait bien tenté de dire que Joacim est gentil aussi, mais en fait il est plutôt brave, il est content de sa vie, il part, sa femme manque de se faire violer et à son retour, il ne trouve rien d'autre à dire que "ben zut alors!", aucune reflexion sur la vanité du bonheur, aucune vélléité de la sauver coute que coute, bref on se demande ce qu'il fout là. Coté musique c'est assez irrégulier, les airs de félicité et de confiance en Dieu m'ont semblé moins profonds que ceux de Theodora, les choeurs témoignent toujours de la puissance démiurgique de Handel par leur intégration au tissu orchestral, mais ce monde là, Handel l'a composé ailleurs et mieux; et les choeurs sont finalement moins présents ici que dans d'autres oratorios. La vraie réussite de cette partition réside dans le traitement des deux vieillards, à la limite entre le bouffe et le tragique, et c'est justement en évitant l'ecueil du manichéisme qu'Handel réussit à leur donner tant de vie (ce que l'éxécution de ce soir ternit un peu à mon sens); mais on compte aussi quelques passages superbes hors des parties "senior", l'air de Daniel sur la chasteté, le dernier air de Susanna et le trio Susanna-Papi1-Papi2 sont ceux qui m'ont le plus frappé. D'une façon générale l'orchestration est très soignée, avec des thèmes de cordes entêtant qui sont déclinés dans les airs avec une science qui fait de Handel l'égal de Bach - sur le terrain de la variation, sur les autres, Jean-Sebastien peut aller se rhabiller :o) Enfin l'atmosphère champêtre est sans doute ce qui différencie le mieux cet oratorio des autres: air du ruisseau, air du chêne, ode à la nature, vanité de la beauté des fleurs et finalement Susanne disculpée car ses deux accusateurs se contredisent sur l'arbre qui aurait abrité ses ébats adultères. Bref un oratorio de la nature qui voit en toute cohérence se dérouler les pires méfaits de la nature, ceux de la nature humaine quand Dieu règne sur l'autre.


Pour leurs 30 ans, les Arts Flo nous ont offert une performance d'un professionalisme remarquable: l'enregistrement du disque se faisant sur le vif ce soir-là, on a senti tout le travail accompli en répétition (ce qui n'a pas vraiment été le cas dimanche pour Niquet et Andromaque, article à venir). Et le résultat est là: c'est d'une perfection plastique exceptionnelle, je n'ai jamais entendu leurs archets si précis et à l'unisson, tout l'orchestre est d'une cohérence sans faille, parfaitement maitrisé par William Christie qui ne laisse rien passer ni chez les musiciens ni chez les chanteurs (en guise de bis nous auront d'ailleurs droit au duo et choeur final repris pour l'enregistrement car dans le premier Karthauser avait fait une variation un peu décalée, et dans le second certaines sopranos avaient attaqué trop tôt). Et c'est bien là le problème, c'est parfait mais c'est glacial, dommage pour un oratorio de la nature; un peu comme ces statues grecques antiques ou ces façades de cathédrales que l'on a longtemps cru d'une blancheur immaculée originelle et que les recherches scientifiques ont en réalité révélées colorées voire bariolées, Christie s'acharne à vouloir rendre plus classique que classique cet oratorios handelien, lui refusant toute aspérité, toute saillance, toute vie quoi. Si l'on aime ce genre d'éxécution du baroque qui fut celle de pionniers anglais de la rédécouverte de ce repertoire dans les années 80, on est aux anges car je ne pense pas que l'on puisse aller plus loin dans la méticulosité de l'éxécution, mais pour moi il manque quelque chose, une certaine authenticité. Le traitement est tout de même un peu différent pour les choeurs, certes l'unisson parfaite des tessitures est toujours recherchée (et atteinte, ces sopranos chantent vraiment comme une seule femme et avec une clareté impressionnante!), mais le théatre y est plus présent dans la vivacité des attaques ou dans la mise-en-espace (à l'avant scène pour la fin du I et du III, ils entrent pour interrompre la tentative de viol, et sont sur la périphérie de la scène pour la sentence - rappelant un peu ce qu'ils avaient fait dans L'Allegro à Garnier).

Rembrandt

J'ai été très déçu par les deux protagonistes, surtout en connaissance de la distribution d'origine. Tout d'abord Sophie Karthauser en Susanne: je n'ai jamais osé vraiment mepriser cette voix, quelque chose m'y a toujours intéressé sans jamais m'emporter. Bien aimée chez Haydn (Ritorno di Tobia), bien aimée chez Lully (Thésée), bien aimée chez Handel (Faramondo), sans doute m'attendais-je à ce qu'elle se révèle et décolle enfin, mais sa longue partie ce soir m'a beaucoup refroidi. Je n'ai entendu ce soir qu'une voix anorexique, sans chair, et donc incapable d'une souffrance autre que superficielle et d'une joie autre que de convenance; on a par ailleurs bien du mal à croire qu'une telle voix soit l'expression d'un corps aux voluptués suffisantes pour exciter à ce point les ardeurs de nos deux ainés. Et pourtant l'artiste est là: une telle lisibilité, économie et pertinence stylistique des intentions ne se rencontrent pas chez toutes les sopranos, mais le medium est tellement gris que cette voix ne s'éveille aux intentions de l'artiste que pour les aigus. Bref j'ai ce soir constamment entendu ses limites, aussi bien dans la déploration que dans la joie ou la colère. J'étais placé très près de la scène, je serai curieux d'entendre l'avis de personnes placées en fond de salle pour savoir si ces intentions y étaient aussi bien véhiculées par cette maigre voix. Et quitte à choisir un soprano lisse, j'aurai préféré que l'on reste avec Kate Royal initialement prévu, dont la stature est autrement plus consistante. Cela dit mon jugement ne se veut pas péremptoire, et je veux bien croire que le rôle n'était pas idéal pour sa voix.

Seconde deception, David DQ Lee. Commençons par dire qu'apprendre le rôle en 3 jours pour un résultat qui respire autant le naturel, chapeau. Mais les éloges s'arrêtent là. Je pourrai venter le naturel de l'émission qui ne semble pas du tout contrainte, si bien que l'on croirait entendre un soprano, et oui c'est vraiment remarquable qu'une voix d'homme s'approche à ce point des aigus d'une voix de femme, mais enfin les contre-ténors n'ont-ils rien d'autre à offrir qu'une remarquable imitation? S'ils font moins bien qu'un soprano, quel intérêt. La voix de David DQ Lee n'existe que dans l'aigu, c'est plus lisse que les fesses d'un bébé, ce n'est que de l'émotion plastifiée pour moi. Cela rappelle la voix de femme comme un bonbon à la fraise rappelle le goût de la vraie fraise à grand renfort de procédés chimiques. Quand on sait en plus l'inexistance dramatique du rôle, c'est l'ennui assuré! Quel dommage que Cencic ait annulé, non seulement lui avait des graves à offrir, mais aussi une originalité du timbre, une voix rare et une intériorité qui font totalement défaut à David DQ Lee.

Ricci

Emmanuelle de Negri est très proche de Karthauser pour le tempérament, mais la voix est bien plus opulente et vive. Les pleurs de la suivante suffisent à eclipser la tristesse de Susanna, ce qui est tout de même dommage. Pour le rôle de Daniel (dans lequel elle remplaçait donc David DQ Lee), on la sent moins en confiance dans le récitatif, mais l'air de la chasteté est splendide, la pureté d'émission n'ayant ici rien de javelisé, et la juvenilité du personnage est très bien rendue. NB: sur son myspace, on peut notamment l'y entendre dans un très beau "Tristes apprêts".

Très court juge de Ludovic Provost, si bien qu'il serait stupide de le juger sur une aussi embryonnaise prestation; notons juste que, comme tout le monde ce soir, la prononciation de l'anglais est splendide. Le Papa de Susanna était bien chanté par Maarten Koningsberger, bon baryton, sans que j'ai grand chose à en dire vu l'immobilisme dans lequel le tient le livret.

Santerre

Et j'en arrive donc à nos deux pervers pépères, les figures les plus incarnées de cette soirée. William Burden chante le premier, et le joue avec une conviction roborative, le problème est qu'il limite trop son personnage à mon avis, ce qui est d'autant plus dommage que le ténor semble ne pas manquer de ressources vocales (aussi bien dans l'étendue de la tessiture que pour l'éxécution des vocalises). Car en fait de vieillard libidineux, on le sent plus prompt à tendre la croupe qu'à assaillir Susanne. Vous me direz, pourquoi pas un vieillard bi-sexuel un peu folle dont les inclinations seraient totalement déréglées par l'excès de désir insatisfait, et après tout le livret souligne bien ce coté tordu à travers la perfidie du personnage (voir l'air ironique en face de Susanne). Beh oui mais y a pas que le livret, y a la musique aussi. Et je le répète, Handel est bien moins manichéen que ses librettistes: faire du vieillard un bouffon lubrique et dangereux n'est qu'une interprétation du livret, la musique tente à certains moment de le rendre émouvant. Or à force de trop tirer son personnage vers le bouffe glauque (très bon jeu de scène d'ailleurs, notamment le passage où il joue avec le portrait de Susanne),William Burden sabote toute l'empathie qui pourrait naitre dans le coeur du spectateur pour ce vieillard sénile lors de l'exposition de sa passion dévorante. Pour résumer, un personnage plus diversifié m'aurait davantage convaincu: je veux bien que ce papi grimaçant et dégueulasse en fasse partie, mais si l'on ne veut pas tomber dans la caricature et perdre toute authenticité, il ne faut pas s'y arrêter.

Et Alan Ewing lui ne s'y arrête pas! Passons sur la voix splendide et caverneuse qui fait plus entendre l'autorité d'un roi que la décrépitude d'un vieillard et sur l'intelligence du récitativiste qui n'hésite pas à jouer avec la langue anglaise, pour se concentrer sur le personnage aux facettes plus variées que son congénère, alors même que le livret semble l'enfermer dans un rôle plus sommaire. On avait le pervers faiblard, voilà le violeur, c'est lui qui pousse son compère à participer au crime. Et pourtant j'ai trouvé plus touchante l'expression de sa passion, on sent dans son chant ce que Handel a pu mettre de lui-même dans ce passage, toute la contradiction (parfois résolue auprès de certain-e-s...) entre le pouvoir politique et l'impotence à la séduction qui précède l'impotence sexuelle.



Salle comble. Applaudissements nourris. Très belle robe de Negri en servante. Teinture douteuse de Lee et sourir enjoué de Florence Malgoire (premier violon des Arts Flo), voilà pour les détails. Le disque viendra donc aisément se palcer en haut de la discographie de l'oeuvre. Au fait quelqu'un a déjà entendu le disque avec Lorraine Hunt nonobstant McGegan?

Final de l'acte III (version Christie)
Distribution identique à celle de Paris, à l'exception du rôle de Joacim tenu par Max-Emmanuel Cencic
 Concert donné à Amsterdam le 24 ocotbre 2009


Rubens

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Published by Licida - dans Représentations
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Licida 26/10/2009 15:31



Finalement Cencic a chanté Joacim lors du concert d'Amsterdam. C'est bien plus envoutant que Lee, mais on le sent encore fragile et donc peu audacieux.


 


Par contre Lee chante Daniel avec bien plus de confiance et de violence qu'il ne chantat Joacim, trop même, très hystéro au moment de confondre les vieillards. La voix reste uniquement aigue,
mais le chanteur sort de la platitude de sa prestation parisienne. J'espère vraiment qu'ils vont réenregistrer le disque et ne pas rester sur le concert parisien.


 


Bon et sinon je révise mon jugement sur l'oeuvre: ce n'est pas du tout inabouti! C'est le problème avec Handel, on lui connait déjà tellement de chef-d'oeuvre que l'on est toujours empressé
devant une rareté de la trouver moins intéressante; et quand le George s'amuse à inventer de nouvelles formes, la surprise brouille les critères de jugement.


Donc après avoir écouté plusieurs fois les live de Paris et Amsterdam et le disque McGegan, je peux le dire: c'est vachement bien! Un oratorio plus dramatique que Theodora, mais dont les thèmes
pastoraux rappellent L'Allegro. Le traitement des vieillards est vraiment formidable d'invention mélodique. Les airs de Susanna sont vraiment splendides: la déploration du I "Bending to the
throne of glory") n'a rien à envier à un air de Theodora, l'air du ruisseau est délicieux et le grand air final finit de donner un relief inattendu à ce personnage biblique vertueux et pourtant
étonnament érotique (ce que Karthauser a du mal à rendre hélas). Les choeurs sans être les meilleurs sont vraiment très efficaces. Et le livret est vraiment bien foutu si l'on met de coté la
caricature des viellards et l'inutilité de Joacim: équilibré, bien agencé dramatiquement, et très vivant.


 


Je conseille la lecture des notes d'Andrew Porter dans l'édition du disque McGegan où il cite le musicologue Winton Dean qui parle d'un "opéra sur la vie d'un village anglais et de plus, un
opéra-comique". Porter s'empresse de relativiser avec raison ce propos, mais je trouve l'idée très séduisante pour mieux comprendre l'oeuvre et éviter de trop la juger avec les codes du grand
oratorio handelien.


 


Par contre en comparant avec le disque, on s'aperçoit que certains airs ont été coupés et d'autres replacés. Pour prendre l'exemple du final, on devrait avoir:


- air de Joacim
- air de Chelsias
- Choeur 1
- air de Susanna
- duo Susanna-Joacim
- Choeur 2


et dans la version Christie, on a:


- air de Susanna
- duo
- premieres mesures de l'air de Chelsias
- Choeur 1


L'oeuvre se termine donc sur un grand choeur majestueux quand Handel l'achevait sur un choeur pastoral. Cela n'aide pas à la compréhension de l'oeuvre évidemment que de la tirer ainsi vers le
modèle plus classique (on y revient!!) de l'oratorio handelien.


 


Et pour vous permettre de juger, voilà la fin de l'opéra (dernier air de Susanna, duo avec Joacim et choeur final) telle que donnée à Amsterdam (et attention à ne pas juger le choeur trop vite,
encore une fois leur déplacement interdit une captation juste). Et si vous ne vous passez pas en boucle ce "Guilt trembling spoke my doom", ben je comprends pas. Je m'etonne d'ailleurs qu'il
n'ait pas été plus souvent placé dans des récitals!



Licida 22/10/2009 20:35


Bon et j'ai éxagéré sur le personnage de Joacim: il a tout de même un air de bravoure quand il apprend l'emprisonnement de sa femme. L'orchestre y est très clair avec des traits de violons
splendides, mais Lee incapable de fulminer, c'est sans doute pour cela que je l'avais totalement oublié.


Licida 22/10/2009 20:28


Sinon SG, oui Christie et les Arts flo sont souvent très pénibles dans Handel (Alcina! Serse!) mais ici, ils sont vraiment supérieurs, dans une certaine perspective évidemment mais il y a des
passages très réussis: sans doute que pour ces oratorios moins dramatiques que Hercules ou les seria, leur attention méticuleuse à la grace musicale est plus payante.


Licida 22/10/2009 20:25


La voix de Burden passe vraiment très bien à la radio, et sans le visuel son personnage perd en caricatural; la voix de Ewing sonne par contre beaucoup moins dans les airs, mais les récitatifs
restent suprêmes. Dans la rage Karthauser ressemble énormément à Piau (trio du II).


Licida 22/10/2009 18:19



Je me suis procuré le cd et effectivement pour le moment ce n'est pas inoubliable. Hunt est vraiment bien, même si on aimerait que le chef accompagne mieux ses intentions, c'est presque elle qui
pousse les musiciens.


 


 J'ai commencé à écouter la retransmission radio aussi et beaucoup de choses divergent de mon impression en salle. Karthauser semble plus maigre, la prise de son avantage  les chanteurs
au détriment de la basse continue qui sonne toute petite, la voix de Lee sonne beaucoup plus étriquée que dans la salle, le vibrato de Koningsberger m'a sauté aux oreilles alors que je ne l'avais
pas remarqué en salle et la prise de son est incapable de capter les choeurs lorsqu'ils viennent à l'avant scène (le choeur final semble chaotique!). J'espère que cela sera retravaillé pour le
disque!