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24 janvier 2010 7 24 /01 /janvier /2010 01:08
Purcell
The Fairy Queen

(1692)


Direction musicale, William Christie

Mise en scène, Jonathan Kent
Décors et costumes, Paul Brown
Lumières, Mark Henderson
Collaborateur aux mouvements, Kim Brandstrup

 

Soprano, Juno, Lucy Crowe
Bass, Coridon, Winter, Hymen, Sleep, Andrew Foster-Williams
Mystery, 1st Fairy, Nymph, Spring, Claire Debono
Fairies, Miriam Allan, Anna Devin, Maud Gnidzaz
Tenor, Adam, Secrecy, Ed Lyon
Tenor, Summer, Sean Clayton
Bass, Callum Thorpe
Soprano, Night, the Plaint, Emmanuelle de Negri
Mopsa, Robert Burt
Phoebus, Andrew Davies
Autumn, David Webb
Eve, Helen Jane Howells

Theseus, William Gaunt
Egeus, Robert East
Hermia, Alice Haig
Lysander, Nicholas Shaw
Demetrius, Gwilym Lee
Helena, Jo Herbert
Starveling, Roger Sloman
Flute, Robert Burt
Bottom, Desmond Barrit
Quince, Paul Mc Cleary
Snug, Brian Pettifer
Snout, Jack Chissick
Titania, Sally Dexter
Puck, Jotham Annan
Oberon, Finbar Lynch


Danseurs

Laura Caldow, Omar Gordon, Samuel Guy, Anthony Kurt-Gabel, Jarkko Lehmus, Caroline Lynn, Maurizio Montis, Sarah Storer


Chœur et orchestre Les Arts Florissants


http://images.telerama.fr/medias/2010/01/media_51655/fairy-queen,M32410.jpg
Photo: Pierre Grosbois



Les critiques se plaisent souvent à parler de spectacles à écouter les yeux fermés pour signifier leur désaveu d’une mise-en-scène qui vient ternir l’excellence de l’exécution musicale ;  avec cette Fairy Queen à l’Opéra Comique, voilà un bel exemple de spectacle à regarder les oreilles fermées. J’exagère évidemment, car c’est presque exclusivement l’orchestre que je vise, mais à l’égard de leur réputation, leur prestation de ce soir mérite ma colère.

Saluons d’abord la démarche qui consiste à restituer ce semi-opéra avec sa moitié, à savoir Le Songe d’une nuit d’été de Shakespeare : The Fairy Queen n’apparait alors plus comme une simple suite d’airs brillants mais comme un manège musical qui accroit la fantaisie shakespearienne ; mieux, ainsi isolés, regroupés et dramatiquement placés, ces airs prennent toute leur saveur, certains prennent même sens. Mais il ne faut pas pousser cette logique trop loin, il s’agit avant tout de divertir et, comme dans la tragédie lyrique, on se gardera de vouloir trouver à chaque danse un lien profond avec l’action.

 



Et cette dimension  divertissante, Jonathan Kent l’a parfaitement comprise ; de ce point de vu le pari est pleinement réussi : soutenir l’attention pendant 3h30 de spectacle entièrement en anglais (même la pièce est jouée en anglais) n’était pourtant pas gagné d’avance. Le spectacle jamais n’ennuie, les tableaux musicaux se suivent sans jamais se ressembler, contrairement aux tableaux théâtraux : le fil d’Ariane est dans la pièce, tandis que la musique s’amuse à l’embobiner.  C’est truculent et énormément travaillé : décors et costumes aussi luxuriants que nombreux et habiles (epanadiplose du décor général qui se disloque au fil de l'action) ; direction d’acteur toujours animée avec de très bonnes idées (les chinois qui deviennent Adam et Eve ; le cabinet de curiosité dans les loges duquel viennent s’asseoir les fées ; l’orange qui sert de sein à Thisbée qui tombe pendant sa mort; l'Hymen qui devient un pasteur…) et qui entre toujours en résonnance avec le texte ; une bonne opposition entre le monde humain et ses lourds costumes traditionnels abandonnés pour des nuisettes et des chemises lâches pendant la confusion, très simple donc en regard du monde féérique au luxe toujours changeant ; pas fan en revanche des chorégraphies que j’ai trouvées anonymes et souvent insignifiantes. Kent a parfaitement compris que le texte de Shakespeare ne devait pas être surchargé scéniquement (sauf pour la bouffonnerie du Pyram et Thisbé), tandis que les moments musicaux autorisaient et même appelaient tous les fastes possibles.

Mais ce spectacle trouve ses limites pour deux raisons majeures: premièrement, rien n'est jamais inquiétant dans cette vision, l'admirateur de Füssli que je suis ne pouvait manquer de le remarquer et le potentiel de la pièce de Shakespeare insuffisamment exploité, ce monde baroque par son manque d'effroi tend trop vers la comédie musicale. Ensuite et surtout, son manque d’originalité: le metteur-en-scène ne nous propose jamais un univers, une fantaisie personnels qui viendraient illustrer celles de Shakespeare et Purcell, il nous propose au contraire plusieurs univers différents que l’on a souvent déjà vu ailleurs. Cette mise-en-scène est un peu la synthèse de ce qui se fait de mieux dans le baroque depuis 30 ans : le luxe des costumes fait penser à McVicar ou Villégier, certains décors (l’apparition de Phébus!) à Pizzi, l’irruption du moderne dans l’ancien (les artisans devenant hommes de ménage) à Pelly, la direction d’acteurs à Wernicke ou Martinoty (la scène de la nuit!)et certaines idées au Regietheater (la partouze des lapins et toute la scène champêtre, au comique bouffon parfaitement assumé). Rien de personnel dans ce spectacle, de touchant donc, beaucoup de talent et de travail mais pas de génie. Relativisons tout de même en précisant qu’un spectacle de cette qualité est suffisamment rare pour que l’on ne boude pas son plaisir avec cette réserve.

 http://static.guim.co.uk/sys-images/Arts/Arts_/Pictures/2009/6/22/1245662611566/Fairy-Queen-006.jpgPhoto: Tristram Kenton

 

Car ce qui gâche finalement le plus ce spectacle, ce n’est pas son manque d’originalité, c’est son accompagnement musical : d’habitude, c’est le choix interprétatif pur qui me gêne avec les Arts florissants, et j’ai récemment encore loué leur excellence plastique, mais ce soir j’ai été assez abasourdi par leur médiocrité. Trompettes canardantes, vents faux, basse continue inaudible, violons acides, clavecin aussi inspiré que dans les pires disques de Curtis (l’air du chinois accompagné avec un prosaïsme désespérant), problèmes de rythme, d’équilibre des pupitres, bref un vrai naufrage. Si l’on compare cette prestation avec ce que faisait William Christie à Glyndebourne, où fut créée la prod’ par l’Orchestre de l’Age des lumières, c’est le jour et la nuit : quelque chose me dit que les musiciens des Arts florissants n’ont pratiquement pas répété cette partition depuis le lointain enregistrement du disque et leur calendrier surchargé en cette saison anniversaire pourrait bien l’expliquer. Mais en aucun cas le pardonner, leur prestation de ce soir fut vraiment lamentable ; et si l’on ajoute les options retenues que je critique depuis longtemps (jouer Purcell sur la pointe des pieds, à l’anglaise, à l’opposé de toute la force, le dramatisme et les couleurs qu’y apportent Harnoncourt ou Niquet pour ne citer qu’eux) et que Christie abandonne quand il dirige d’autres ensembles (!!), on comprend que l’orchestre ait suffit ce soir à gâcher mon plaisir devant la mise-en-scène. Même remarque pour les chœurs dont l’assurance et la cohésion n’étaient pas les premières qualités.

 

 


Et le plateau souffre de l’impréparation de la fosse. Pas les acteurs évidemment qui sont tous formidables (surtout Desmond Barritt - en Bottom et poète ivre - dont la présence comique est renversante), mais les chanteurs oui. Les nombreux chanteurs sortis du chœur s’en sorte plutôt bien avec leur petite partie, preuve encore que c’est le travail d’équipe qui a manqué.

Emmanuelle de Negri est magique en nuit, mais ne m’a pas convaincu dans la plainte, je n’y crois jamais à cause de cette façon de jouer caractéristique des Arts flo encore une fois, façon éthérée qui veut que la délicatesse ne s’accommode pas de la brutalité de l’incarnation – et Kenny ou Gauvin ont, me semble-t-il, brillamment prouvé le contraire pour cet air.

Le succès est par contre total avec Andrew Foster-Williams : sa voix calmement impérieuse fait merveille dans l’Hymen et le Sommeil, ses talents d’acteur dans Coridon, et le tout dans l’Hiver.

Claire Debono déçoit en revanche, on la sent mal à l’aise avec l’orchestre, et la voix devient très vite acide. Même remarque pour Lucy Crowe dont la voix semble avoir encore verdi, cela sonne plus étriqué  encore que ce qu’elle faisait avec Minko, reste cette tension de l'émission (qui la rapproche de Delunsch), mais elle n'en fît rien ce soir là.

 


Christie semble s’être entiché d’Ed Lyon, il sera son Pygmalion à Aix cet été et tiendra le rôle-titre dans la reprise de l’Atys de Villégier en 2011 ; je ne comprends pas du tout cet engouement, je trouve qu’il en fait toujours trop avec pas assez de moyens vocaux. Je l’ai découvert en Hyllus dans un live d’Amsterdam et déjà cette façon de trop ouvrir les sons m’insupportait, je n’entendais qu’un benêt chantant ; à le voir en vrai, je trouve que c’est le matériau vocal qui est insuffisant : voix de ténor aigu irrégulière, absence de graves et de couleurs, problèmes de soutien (nb : c’est peut-être aussi du au manque de répétitions, comme pour les autres chanteurs). Alors certes il est plutôt beau gosse (mais pas en blond!), et chez les ténors c’est une qualité rare, mais pour chanter Secrecy cela n'est d'aucun secours.

 

http://www.artsjournal.com/plainenglish/The_Fairy_Queen_1428341c.jpgPhoto: Alastair Muir

 

Au final un spectacle qui aurait du être superbe mais qui se trouve gâché par l’orchestre. Heureusement le DVD a été tourné à Glyndebourne, sans les Arts flo donc ; tous les extraits vidéos proposés dans cet article émanent de cette captation réalisée par François Roussillon, il y en a beaucoup d’autres sur youtube. D’ailleurs quelqu’un sait-il pourquoi Christie ne dirige jamais son propre ensemble à Glyndebourne ?


 

http://livingopals.wordpress.com/files/2009/12/1533837977_6405b2e41e_o.jpg

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Published by Licida - dans Représentations
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commentaires

Ed Lyon 26/05/2010 23:30



Thank you for your charming words.


 


Merci pour tes mots charmants.


 


 



Caroline 26/02/2010 11:45


"Heureusement le DVD a été tourné à Glyndebourne"
--> Diffusion sur France 2 dans la nuit de lundi à mardi prochains.


Caroline 10/02/2010 10:11


Diffusion sur FM, mardi 16 à 20h.


Rameau 08/02/2010 17:33


Pourquoi les orchestres sont presque toujours mauvais à l'Opéra-Comique (ah, les pensums gardineriens!) ?
Cela dit, on est tellement mal dans cette triste salle que je passe mon tour...


Licida 08/02/2010 14:22



Merci pour votre commentaire Claude et bienvenue!


 


Je signale pour ceux qui voudraient en savoir plus que la version Pountney évoquée est sortie en DVD et a même été rééditée en version éco par Télérama; on peut y entendre Yvonne Kenny et Thomas
Randle.