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Il catalogo è questo

26 octobre 2010 2 26 /10 /octobre /2010 22:13

 

http://www.qobuz.com/images/jaquettes/0709/0709869017210_600.jpg

 

Bon, pour une fois que je me suis retrouvé dans un magasin de disque, j’ai acheté quelques trucs, dont le dernier récital Naïve Arie per tenore, enregistré par I Barocchisti de Diego Fasolis avec le ténor Topi Lehtipuu. La curiosité d’entendre certaines pages inédites, la réussite du chanteur dans l’une des meilleures pages de La Fida Ninfa (et de Vivaldi) – l’air Deh ti piega – ainsi que le talent de l’ensemble et du chef m’ont suffisamment motivé à délier ma bourse.


 

1.  Tito Manlio, RV 738, 1719

La fatal sentenza


2.  Arsilda, RV 700, 1716

La tiranna avversa sorte


3.  La costanza trionfante de gl'amori e de gl'odii, RV 706

Non sempre folgora


4.  Arsilda, RV 700, 1716

Va per selve e sol pien d’ira


5. 
L'incoronazione di Dario, RV 719

Col furor ch’in petto io serbo


6.  Il Tigrane

Care pupille


7.  L'incoronazione di Dario, RV 719

Cessa tiranno amor


8.  Arsilda, RV 700, 1716

La tiranna avversa sorte


9.  Artabano, Rè de'Parti, RV 701

Cada pur sul capo audace


10.  Arsilda, RV 700, 1716

Va superbo quel vassallo


11.  L'incoronazione di Dario, RV 719

Fido amante frammento strumentale


12.  Tito Manlio, RV 738, 1719

Il figlio, il reo


13.  Tito Manlio, RV 738, 1719

Già lasciò la nobil salma


14.  La verità in cimento, RV 739, 1720

Vinta a piè d’un dolce affetto


15.  Nume tu che di Tempe…


16.  Dorilla in Tempe, RV 709

Gemiti e lagrime


17.  Farnace, RV 711, 1727

Alle minacce di fiera belva


18.  Andiam Prence, seguiamli...


19.  Bajazet, RV 703 "Tamerlano", 1735

A’ suoi piedi Padre esangue


20.  Dorilla in Tempe, RV 709, 1726

Dell 'aura al sussurrar


21.  Concerto for Strings in C major
, RV 110


Je le dis d’emblée : dès la première écoute, ce disque m’a paru mauvais. Pour plusieurs raisons : tout d’abord, il s’agit encore d’une compilation de fonds de tiroir avec des pages finalement écartées de L’Incoronazione di Dario ou encore Bajazet, et souvent bien pauvres musicalement. C’est du Vivaldi très générique, et ainsi interprétés hors contexte, je ne peux m’empêcher de trouver Va per le selve ou encore A’ suoi piedi bien faibles, ainsi que les adaptations d’airs connus comme Alle minacce di fiera belva (nouvelle version de l’air de Corrado dans Griselda). Ce dernier exemple est parfait pour souligner l’autre problème de ce récital : l’interprétation de Lehtipuu. D’abord connu comme ténor mozartien (son Ferrando a beaucoup tourné) voire haute-contre (Les Paladins), Lehtipuu semble aujourd'hui asseoir sa carrière dans les musiques de Haendel ou encore Vivaldi : on a notamment pu l’entendre à Paris dans Ariodante et un récital avec Haïm. Cette dernière prestation mettait déjà à nu les carences de l’interprète en termes de charisme ou d’adéquation vocale : quelle idée de s’attaquer aux pages d’un baryténor comme Borosini en entrée de programme, ou encore à la vocalisation prévue pour Caffarelli dans Serse ! Même dans Wher’er you walk, que l’on imaginait mieux adapté, le Finlandais n’intéressait pas. On a retrouvé les mêmes défauts dans le Jephtha scénique de Villégier et I. Bolton. Le chanteur peine à rendre naturellement le poids dramatique des personnages forts et l’émotion ne sourd jamais. En outre, les parties de ténor de l’époque sont écrites dans un registre souvent très central, voire sollicite énormément le grave de la tessiture, faiblesse insigne de Lehtipuu malgré ses efforts audibles pour donner toutes les notes. Mais, justement, on sent l’effort d’un ténor de nature assez aiguë dans des tessitures trop larges et basses.


 


Les airs du présent récital ne dérogent pas à ces tendances et ont été composés pour d’illustres chanteurs, surtout Fabri, Barbieri et Paita, mais aussi Marchesini, Moretti, Michele Caselli et Carl’Antonio Mazza. À part les deux derniers, tous disposent d’une fiche sur quell’usignolo.fr. Ces airs souvent très exigeants exposent presque sans cesse les lacunes de Lehtipuu dans le medium et le grave, comme Cada pur sul capo audace (repris et bidouillé par Biondi pour Caderò, ma sopra il vinto d’Orazia dans Ercole sul Termodonte), d’ailleurs attribué au castrat Natali à l’origine mais inclus dans ce disque dans la mesure où une version pour ténor a été retrouvée en Suède. On pourra évoquer de la même façon la plupart des pages du CD, bien mal adaptées au ténor sur les plans vocal et dramatique. Les sons y paraissent sensiblement étranglés, sourds, l’aigu relativement peu sollicité ne convainc pas et c’est parfois franchement laid avec des voyelles qui changent de coloration sur certaines tenues. Toutes les notes sont là, certes, mais sa vocalisation aspirée manque de séduction ou d’impact. Finalement, ces problèmes de registres, ce chant écrasé et ces coloratures concourent à la même impression d’absence de ligne et de legato, constante. Par ailleurs, les difficultés vocales et la bonne volonté du chanteur le poussent à quelques effets malvenus, que ce soit pour jouer les méchants ou faire preuve de bravoure. Quel mauvais goût que cet aigu tenu et bien laid à la fin d’Alle minacce ! Je ne soulignerai pas l’absence de trille, récurrente parmi les interprètes baroques et chez quasiment tous les interprètes masculins.


 


Fasolis convainc, jouant d’une belle palette dynamique et d’un son incisif qui manque çà et là de rondeur – on pourra trouver exagérées les raucités des cors dans la reprise d’Alle minacce. L’ensemble demeure néanmoins mesuré avec une ligne finement menée. Mais que faire face à certaines pages décidément faiblardes ?


 


Il n’y a que quelques plages qui semblent dignes d’intérêt au-delà de l’aspect documentaire : il s’agit de deux des airs écrits pour Paita pour la version romaine de Tito Manlio en 1720 – le troisième, qui ouvre le récital, étant assez banal passé la ritournelle accrocheuse – et la réélaboration sinueuse, mélancolique et noble du Vinta a piè d’un dolce affetto extrait de La Verità in cimento (pour Barbieri). On peut donc se réjouir de voir enfin mis à l’honneur Giovanni Paita, chanteur primordial très admiré de Métastase à qui il a inspiré des personnages clés pour les ténors du siècle.


 


Ce genre de disque semble au final bien vain et donne raison aux commentateurs qui raillent la vogue baroqueuse, où l’on ressort un peu tout et n’importe quoi des cartons. La semaine précédente, j’ai écouté deux captations d’opéras d’Antonio Lotti, Alessandro Severo et Teofane ; malgré des interprétations allant du médiocre au catastrophique, ces pages m’ont toutes semblé infiniment plus dignes d’intérêt. Je pourrais en dire autant, du reste, d’opéras de Keiser, de la Dido de Graupner, de pièces profanes de Fux, etc. Quand on songe au peu de Hasse ou de Porpora enregistré, ou à la qualité subtile de maintes pages de Scarlatti, on se dit que Vivaldi mobilise décidément trop d’attention. On peut comprendre l’enthousiasme du musicologue Frédéric Délaméa, auteur d’une présentation comme toujours précise et instructive, mais a-t-on vraiment besoin d’entendre les reconstitutions d’un joli fragment instrumental d’une minute ou d’un récitatif accompagné tout à fait commun plus bref encore ? Cette question se posait déjà pour les récitals de Romina Basso, Sonia Prina, Lorenzo Regazzo ou encore Piau/Hallenberg/Agnew/Laurens, qui proposaient tous quantité de pages mineures, de réélaborations dues aux musicologues ou de réadapations d’airs pas franchement essentielles. On y trouvait également quelques perles, sur les plans de l’interprétation ou de la qualité musicale, notamment chez la basse Regazzo, ou encore Se lento ancora il fulmine de Basso.


 


L’inconditionnel de Vivaldi trouvera ici une certaine satisfaction, et pour environ trois airs, je pourrai remettre ce disque sur la platine. C’est tout de même bien peu.

 

Clément

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Published by Clément - dans Disques et lives
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commentaires

Frederic 06/11/2010 11:54



Mouais, qu'il y ai un nouveau Cd Bartoli-Vivaldi, cela semble probable, mais je ne suis pas certain que ce sera chez Naive dans le cadre de la Vivaldi Edition. Et comme le souligne Licida, la
plupart des airs de Vivaldi ont maintenant été enregistré au moins une fois, sauf quelques inédits perdus dans des bibliothèques dont la valeur n'est pas toujours égale. Cela dit dame Tchetchilia
n'a pas enregistré les motets vivaldien...



Licida 05/11/2010 23:03



Je suis tout de même très étonné que Decca laisse Bartoli s'associer à Naïve pour ces récitals à Versailles. En tout cas si disque il y a, je doute que Bartoli se contente des fonds de tiroirs
piémontais pour soprano, ce sera plutôt un second Vivaldi album, sauf que les airs qui seront alors déjà connus... un peu comme le récital Handel qu'elle tourne actuellement.



Caroline 05/11/2010 09:53



"il faut s'attendre à voir arriver l'an prochain un récital soprano"


 


Ben, ce sera Tchétchi


 



Licida 04/11/2010 23:18



Merci Clément!


 


Le choix des des airs du disque de Bostridge est en effet bien plus intéressant... mais l'interprète... Je n'ai jamais aimé le timbre de Bostridge, ni sa manière très précautionneuse de chanter,
mais passer à la même moulinette des airs aussi beaux, les rendant désespérants de platitude, je crois que préfère encore les airs moyens de Vivaldi par Lehtipuu.


 


Mais pour l'un comme pour l'autre, quelle mouche a piqué ces deux ténors légers pour croire qu'ils pouvaient chanter des rôles de baryténors? Et on ne peut pas dire qu'ils aient péché par
ignorance, il y a des musicologues derrière ces disques pour trouver de tels airs et ils sont parfaitement conscients des moyens des interprètes de l'époque!



Frederic 27/10/2010 11:25



Merci Clément. C'est bien l'impression que l'écoute sur muscime m'avait fait. Peu de mélodies accrocheuses, une voix plutôt belle, mais pas toujours en adéquation avec la tessiture demandée. Et
puis ce côté redondans de ces récitals. Après le ténor, la basse, l:a contralto, il faut s'attendre à voir arriver l'an prochain un récital soprano. Le choix de l'interprête sera là encore
déterminant. Mais comme tu les dis aussi, tout ce beau monde feraiut mieux de s'intérresser à Scarlatti, Vinci ou Hasse.