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19 janvier 2010 2 19 /01 /janvier /2010 19:10

 Massenet, Werther


Jonas Kaufmann Werther
Ludovic Tézier Albert
Alain Vernhes Le Bailli
Andreas Jäggi Schmidt
Christian Tréguier Johann
Sophie Koch Charlotte
Anne-Catherine Gillet Sophie


Michel Plasson  Direction musicale
Benoît Jacquot  Mise en scène
Charles Edwards  Décors
Christian Gasc  Costumes
André Diot  Lumières (d'après les lumières originales de Charles Edwards)


Orchestre de l’Opéra national de Paris
Maîtrise des hauts-de-seine ⁄ chœur d’enfants de l’Opéra national de Paris

Opéra Bastille
14 janvier 2009

 

http://www.artistikrezo.com/images/stories/redaction/3263_2009-10-WERTH-133.jpg© Opéra national de Paris/ Elisa Haberer

 

On ne dira jamais assez à quel point la sobriété des interprètes est une bénédiction dans Massenet.  Je ne suis vraiment pas un adepte de ce compositeur dont je trouve le style trop lourd et indigeste, et il faut vraiment le folklorisme compassé de Thaïs pour me plaire, mais ce soir Werther m’a enfin plu, et ce grace à une équipe artistique dont le spectacle approche ce que je peux attendre de mieux chez ce compositeur. Car Werther c’est finalement du gothique non flamboyant, une atmosphère bien trop ténébreuse et étouffée pour être balayée par le vent du romantisme, d’ailleurs Goethe n’était pas un écrivain romantique mais bien classique; maintenant qu’il annonce le romantisme, c’est autre chose et c’est aisé à dire, mais mieux vaut ne pas confondre Goethe et Novalis ou Werther et Chatterton. Et pour en revenir à l’opéra, j’ai enfin réussi à dépasser mes critiques faciles sur ce genre d’œuvres où le héros met vingt minutes à mourir alors qu’il vient de se tirer une balle en plein cœur… c’est simplement qu’il ne faut pas voir Werther comme une pièce dramatique, mais plutôt comme un tableau,  une œuvre d’art qui n’a pas de temporalité, où tout est donné à voir dès le premier coup d’œil, dès la première mesure, mais qui révèle ses détails, approfondit son impact à l’attention soutenue du spectateur, de l’auditeur ; la mort de Werther ne « dure » pas plus longtemps que le prélude du dernier acte, ces deux moments ne font que tourner non pas en rond mais en spirale sur un thème stéréotypé, dont il s’agit de révéler la prégnance.

 

http://www.artinfo.com/media/image/100270/01_Hammershoi_Sunbeams.jpg

 

Et cette constatation, c’est clairement la mise-en-scène de Benoit Jacquot qui m’y a amené. Je n’avais guère gouté la Tosca filmée de ce dernier, assez caricaturale, or j’ai l’impression qu’il a réussi sur scène tout ce qu’il a raté à la caméra avec ce film. Le tout est extrêmement classique, pour ne pas dire traditionnel, et pourrait passer aux yeux du spectateur pressé pour un nouvel opus de Nicolas Joel, et pourtant derrière ce parti pris de classicisme se cache une machine redoutablement efficace : les décors carton-pâte s’animent sous des éclairages qui respectent parfaitement la lente marche vers l’obscurité hivernale et sentimentale du livret, au grand soleil de la cour du I où le mur ménage tout de même une ombre qui sert de refuge à la mélancolie de Werther, succède la luminosité granuleuse de l’automne devant une mer bleue salée, mais toujours des extérieurs puissamment éclairés. C’est à la Noël que le soleil a disparu, et n’apparait plus dans cette sombre pièce en bois foncé et laqué qu’à travers une fenêtre latérale dans laquelle Charlotte ira ressourcer ses rêves, le traitement de la lumière fait penser à Hammershoi  (à l'acte III la référence est même évidente), un peu comme ce qu’avait fait Tcherniakov au début d'Onéguine, mais en plus apre et sombre encore ; puis la nuit et la simple bougie qui voit Albert exiger de Charlotte qu’elle cède les pistolets à Werther, la scène est d’autant plus violente qu’elle est faiblement éclairée au milieu de ce grand plateau ténébreux ; enfin le rideau se lève sur un dernier acte où tombe la neige avec, au loin, un cadre dans lequel brille par intermittence une faible bougie, le cadre se rapproche de l’avant-scène pendant le prélude et l’on découvre peu à peu le corps de Werther affaissé au pied du lit, pourtant de la lumière passe encore par la lucarne du fond, répondant aux contrastes des cris joyeux d’enfants qui effrayeront tant Charlotte sur le corps mourant de son non amant ; puis Werther meure et la chandelle s’éteint. Tout cela est donc très classique, mais le traitement de la lumière et de la scénographie illustre assez bien l’aspect pictural de cette production.
A coté de cela la direction d’acteurs est très méticuleuse, elle ne signifie jamais rien de plus que ce qui est dans le livret, mais cela elle le rend très bien : Werther qui cherche l’ombre puis Charlotte tout en la suivant dans la salle, Sophie qui ne cesse de déployer les plis de sa robe en tournoyant, Charlotte statique de dos au début du III, qui serre Werther sans jamais l’enlacer et qui erre sur le plateau comme une toupie désaxée après l’avoir repoussé une dernière fois, avant de le retrouver dans sa chambre et tenter de le suivre dans l’effondrement… et puis il en faut de la précision pour animer le tableau final sans jamais lasser le spectateur ni trop remuer un mourant et une désespérée. Il n’y a finalement qu’aux deux ivrognes que l’on ne croit pas, mais de toute façon, le livret et la musique échouent déjà à en faire des pendants valables au lourd pathétisme de l’action.

Bref tout cela est très efficace et beau sans jamais chercher l’originalité ni la sur signification, en utilisant simplement les ressorts dramatiques du livret et en écoutant l’atmosphère de la musique… évidemment il s’en est trouvé pour huer.


http://www.artistikrezo.com/images/stories/redaction/3258_2009-10-WERTH-134.jpg© Opéra national de Paris/ Elisa Haberer


Cette sobriété des moyens expressifs on la retrouve aussi chez les chanteurs : on louera jamais assez Alain Vernhes et sa diction immédiatement compréhensible qui ne sacrifie jamais à la qualité de la note et à la sureté de la projection, or ce soir il devait se sentir moins seul qu’à son habitude, tout le monde fait en effet de louables efforts pour articuler et l’on comprend presque tout sans surtitre, sauf à la fin où Werther et Charlotte sont incompréhensibles, celle-ci ayant déjà pris de l’avance dans son invocation à Dieu. Mais à vrai dire je ne serai pas aussi sévère que d’habitude sur ce point : la prosodie de Massenet va tellement à l’encontre du rythme naturel de langue française qu’y être compréhensible est bien plus difficile que dans les autres opéras français, dans certains passages très lyriques me suffisent donc amplement les arrêtes des consonnes et la coloration des voyelles, en vouloir plus serait un peu comme reprocher à un tableau impressionniste de n’être pas assez dessiné, de manquer de trait, d’avoir des couleurs qui débordent. Andreas Jäggi et Christian Tréguier sont très vivants et tiennent brillamment leur partie, les enfants de même.

La Sophie d’Anne-Catherine Gillet est splendide, ce vibrato très serré semble constamment annoncer le trouble qu’elle ressent à la fin du II et que le livret ne lui laisse pas le temps d’exprimer, comme si sa joie n’était qu’apparence, qu’il y avait quelque chose de mélancolique en elle, en commun avec sa sœur, mais que l'absence de responsabilité familiale à la mort de sa mère n’aurait pas laisser s’épancher chez celle qui a droit de jouir de la jeunesse.

En Albert, Ludovic Tézier fait toujours aussi peu d’effort pour jouer, mais ici c’est idéal pour traduire la confiance, la sagesse et l’assurance d’un personnage qui ne vacille jamais devant l’amour de Werther pour sa femme qu’il sait partagé; il n’y a que dans sa dernière scène que la colère laisse supposer qu’il sait pertinemment quelle conséquence aura l’octroi des pistolets ; toutes ces qualités s’illustrent parfaitement dans une voix toujours aussi ample et stable.

En Charlotte, Sophie Koch fait vite oublier ma déception devant ses Nuits d’été il y a trois mois : le timbre a quelque chose de moiré, comme un sombre velours qui de temps à autre se pare d’un aigu fulgurant, la projection est remarquable et l’investissement théâtral total, souvent à la limite de l’excès, limite qui est aussi celle entre le bouleversant et le caricatural ; et avec quel art, sans aucune baisse d’intensité de la déclamation, elle intègre le parlé dans ses derniers mots sur le cadavre du héros. On lui reprochera juste de trop transformer ses « w » en rampe de lancement des « erther », trop faire durer les consonnes nuit gravement à la santé mentale de votre entourage.

Enfin Jonas Kaufman est un Werther idéal qui unit à lui seul les versions pour baryton et ténor du rôle : il assombrit considérablement sa voix sans pour autant renoncer aux aigus du rôle qu’il amène avec une intensité et une tension concentrée, sans jamais dégouliner, là où tellement de ténor balancent ça comme une machine à laver à travers la fenêtre : difficilement, lourdement et dangereusement ! A tel point que ces aigus ne semblent plus surgir de nulle part, c’est peut-être une marrotte personnelle, mais je ne les ai jamais supportés ni compris dans « Pourquoi me reveillEEEEr », avec Kaufman cela n’a plus rien de la démonstration de force d’un ours peu matinal, et devient enfin l’éclat rageur mais tout de suite atténué par la conscience de sa vanité, c’est le spleen baudelairien, le à-quoi-bon de Cioran qui vient mettre un terme à l’emportement Sturm und Drang de l’aigu.


http://www.artistikrezo.com/images/stories/redaction/3261_2009-10-WERTH-170.jpg © Opéra national de Paris/ Elisa Haberer


Et cette réussite parfaite du plateau, on la doit aussi à Michel Plasson, chef que je n’ai jamais vraiment aimé sans trouver grand-chose à lui reprocher (ah si ! sa Carmen avec Gheorghiu !), mais qui fit ce soir toute la preuve de sa compréhension de ce répertoire : la pâte sonore de l’orchestre ondoie comme une mer houleuse et menaçante, ce n’est jamais tapageur, toujours contrasté, avec des pupitres parfaitement équilibrés qui se marient sans jamais se confondre ou se couvrir, révélant toute la richesse de cette orchestration qui m’avait toujours semblé pesante car trop nourrie.

J’attends de voir si le charme de l’œuvre ainsi interprétée opérera encore lors de la retransmission télé ; pour ceux qui ne pourront assister au spectacle, je ne saurai trop vous conseiller d’y jeter un œil, pour ceux qui peuvent se déplacer jusqu’à l’opéra Bastille, je crois que les premières catégories ne sont pas pleines...


http://www.artliste.com/interieur-piano-femme-vetue-noir-vilhelm-hammershoi-32-618-iphone.jpg

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Published by Licida - dans Représentations
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commentaires

Bajazet 21/09/2010 16:40



Ça fera un cadeau de Noël parfait, ce DVD, même si ça risque de plomber l'ambiance.


Pan !



Bajazet 21/09/2010 16:38



Pourquoi me déborder-hééééééééééé !


 


Ce  que j'aimerais m'habiller comme ça, avec un gilet jaune ! Mais bon, je vais commencer par traduire Ossian et changer de coiffure.


 



Caroline 21/09/2010 09:08



Ah!!! c'est tout décalé et ça déborde!



Caroline 21/09/2010 09:05



Sortie prévue en octobre.






Licida 15/02/2010 18:08


Merci Mauricette, et bienvenue.