Idolâtrie

Articles à venir

(pour certains faudra s'armer de patience...)

 

* Dido au TCE

* Gruberova au TCE

* Koch/Davis au Comique

* Cunnigham au Théâtre de la Ville

* Paulus au TCE

* La Bohème à Bastille
 

 


*Portrait de Silvia Tro Santafé
*Portrait de Christophe Dumaux
*Les inédits de Bartoli
*Les inédits de Ciofi
*Les inédits d'Antonacci
 

*Destructive Aria
*L'impératrice du Pérou

Les renforts de rédacteurs sont les bienvenus!! 

La Fée Radio

Recherche

Représentations


Publié dans : Représentations
Mercredi 30 décembre 2009 3 30 /12 /2009 17:53
- Par Licida
 

Sandrine Piau, soprano & Ann Hallenberg, mezzo-soprano

Modo Antiquo
Federico Maria Sardelli, direction    

Théâtre des Champs-Elysées
30 novembre 2009    



Haendel : Ariodante, ouverture
Airs "O take me from this hateful light", "Calm thou my soul" et "Convey me to some peaceful shore" (Alexander Balus)
Air "Con l'ali di Constanza" (Ariodante)
Airs "Che sento oh dio", "Se pietà di me non senti" (Guilio Cesare in Egitto)
Air "Dopo notte" (Ariodante)
Duo "Se rinasce nel mio cor" (Ariodante)

Entracte

Vivaldi : La Griselda, sifonia dall 'opera
Duo "Certo timor c'ho in petto" (La Candace)
Air "L'innocenza sfortunata" (Tieteberga)
Haendel : Concerto grosso op. VI, 6
Air "Scherza infida" (Ariodante)
Air "Da tempeste il legno infranto" (Guilio Cesare in Egitto)
Duo "Bramo aver mille vite" (Ariodante)

Bis
Vivaldi: Duo "Zeffiretti che sussurateDuo"
Handel: Duo "Se rinasce nel mio cor" (Ariodante)

http://www.modoantiquo.com/site/media/image/large/604.jpg

Un remplacement en chasse un autre : après avoir annulé quelques semaines plus tôt Dido & Aeneas à cause d’un malaise, Ann Hallenberg vient remplacer Idelbrando d’Arcangelo souffrant. A priori pas de raison de se plaindre : on échange une bonne basse contre une des meilleurs mezzo colorature du moment, et a fortiori une de mes chanteuses préférées, mais hélas le programme a lui beaucoup perdu en attrait. Comme pour le récital Kozena quelques jours plus tôt, on perd un programme riche en raretés pour se retrouver avec du rabaché. La raison en est simple : étant donné le temps imparti entre l’annulation de la basse et le concert, Sardelli a décidé de ne jouer que des airs qu’il a déjà travaillé avec ses deux chanteuses, c'est-à-dire du Ariodante pour Hallenberg (donné à Beaune cet été) et des airs du disque Vivaldi chez Naïve. Seules nouveautés, les finals en duo d'Ariodante. A part les deux airs d’Alexander Balus, pas de découvertes ce soir donc. Mais cela valait toujours mieux qu'une annualtion totale, ne nous plaignons donc pas.

Modo Antiquo dirigé par Federico Maria Sardelli est toujours aussi avare de couleurs, pauvre en harmonique, la texture est épaisse mais uniforme, de plus les vents sont souvent approximatifs; le rythme est souvent le point fort de l’ensemble mais quelle lourdeur dans ce dernier mouvement de la sinfonia de la Griselda, c’est d’un balourd, les pauses du second air d’Alexander Balus sont bien trop longues et détruisent l’effet mimétique de battements du cœur ; quant à l’accompagnement du « Scherza infida », il souffre vraiment d’un manque d’imagination, tout est très répétitif à l’opposé de ce que fait la chanteuse.

Ann Hallenberg donc, ce « Scherza infida » aura vraiment été le sommet de la soirée, malgrè l’accompagnement sommaire, elle réussit à varier l’expression avec une finesse extraordinaire à chaque répétition de ces deux mots, les piani sont veloutés, les variations d’une élégance bouleversante et comme toujours, le texte est parfaitement compréhensible. Les deux autres airs d’Ariodante l’ont trouvée moins épatante : la vocalise est aisée et impressionnante (malgrè un petit problème de souffle lors de la première du « Con l’ali di constanza » et une inhabituelle dureté dans l’aigu) le sourire ininterrompu, la tessiture très bien balayée, mais comme me le disait Clément, sans mélancolie implicite, ces airs tombent vite dans la joyeuse parade sans réelle implication dramatique. L’air de Vivaldi est exactement ce qui ne lui convient pas : très grave, uniformément syllabique, elle ne s’y révèle que dans le da capo où elle varie à l’aigu travestissant l’air.  Dans les duos elle est par contre fabuleuse, diminuant même la fréquence de son trille pour ne pas trop contraster avec les secousses vocales qui servent de trille à Piau.

http://i.ytimg.com/vi/FUtGg9LvlDE/hqdefault.jpg

Sandrine Piau m’a par contre semblé un peu fatiguée* : les aigus sonnent toujours aussi bien et la vocalisation est toujours aussi virtuose, tout comme l’implication dramatique, et cette pose dans les lamenti, droite, le bassin lègerement cassé, bras tendus, paumes vers l’extérieur, Pina Bausch dans Café Müller.  Mais le medium est resté sourd toute la soirée, le premier air d’Alexander Balus en a souffert, et le « Se pieta » m’a beaucoup moins ému que la saison précédente avec Jacobs où elle avait su dépasser ses lacunes dans le grave pour un tel rôle.  Le « Da tempeste » était un peu trop mécanique, avec des vocalises mitraillettes qui ont perdu leur rayonnement, tout comme dans l’air de Vivaldi. Intelligement elle n’a pas retenu pour le concert les airs des grands oratorios anglais dans lesquels je trouve qu’elle manque non de sentiments mais de spiritualité, il est cependant dommage qu’elle n’ait pas gardé le « Tu del ciel ministro eletto » ou même le « Lascia ch’io pianga » qu’elle a chanté lors de son dernier récital (sur l’opéra à Hambourg au début du 18ème)  dans lesquels elle était fabuleuse.

http://lesvictoires.com/classique/photos/piau_sandrine_grand.jpgPhoto: Antoine Legrand

La surprise vint du premier bis où les deux chanteuses interprétèrent le très beau "Zeffiretti che sussarate" en duo, alternant dans le rôle de l'écho; cet air passait très bien ainsi adapté et malgrè la grande différence entre ces deux voix.

Une soirée un peu décevante donc, quand on sait ce dont sont capables ces deux divas dans de meilleures conditions, mais amplement satisfaisante pour ces conditions çi.

* J'ai appris par la suite qu'elle était convalescente et n'avait eu d'autre choix que de chanter pour que le concert ne soit pas tout bonnement annulé.


Voir les commentaires - Ecrire un commentaire

Publié dans : Représentations
Mardi 29 décembre 2009 2 29 /12 /2009 19:39
- Par Licida

Handel, Berenice


Berenice : Klara Ek
Selene: Romina Basso
Demetrio : Franco Fagioli
Alessandro: Ingela Bohlin
Fabio : Cyril Auvity
Aristobule : Vito Priante
Arsace : Mary-Elen Nesi

Il Complesso barocco
Alan Curtis

Théâtre des Champs-Elysées
21 novembre 2009

http://antikforever.com/Egypte/Dyn/Images/Mace_ptolemee/Berenice%20IV%20%201.jpgBerenice, en l'occurence la IV, ne demandez pas si c'est celle du livret...

Eh bien pour ce que l’on nous annonçait comme un ratage de Handel s’est avéré bien plus intéressant que prévu : le livret est plutôt bien construit sur le topos de la reine antique à l’amour castrateur et trahi (dans la même veine que Partenope) et offre une palette assez riche d’arias (plusieurs comparaisons, fureur vocalisante et syllabique, de doute, élégiaques…). L’irrégularité vient plutôt de la musique : si le rôle de Berenice est magnifiquement écrit et hérissé de difficultés techniques qui rappellent à quel point la voix de Strada del Po était souple en plus d’être expressive, le rôle d’Alessandro, pourtant écrit pour Il Giziello qui n’était pas le dernier des castrats et pour lequel Handel avait déjà plusieurs fois écrit (Atalanta, Arminio et Giustino), est totalement transparent, aucun personnage ne prend vie derrière cet enfilement d’arias tempérés qui ne dessinent aucun caractère, pas même celui d’un roi philosophe vers lequel tend le livret. Selene n’est pas non plus un rôle passionnant : des airs au kilomètre écrits pour la Negri avec quelques innovations formelles (son air de fureur qui commence a capella avant d’être rejoint par l’orchestre), seul le dernier air est mémorable, air de comparaison avec l’hirondelle empêtrée écrit à la perfection sur un motif de cordes pudique et  mimétique. Fabio souffre de la même irrégularité : son premier air décrit le butinage de l’abeille avec une légèreté et un charme immédiat, ceux qui suivent sont plus oubliables.  Demetrio, le faux amant de la reine épris de Selene, retient autrement l’attention et s’affiche comme le véritable primo uomo en face de Berenice et de l’inexistence dramatique d’Alessandro, avec un éventail d’airs propre à mettre en valeur l’étendue du talent du castrat Domenico Annibali. Arsace et Aristobule sont des seconds rôles sans intérêt. Au final on compte donc deux rôles passionnants plus deux airs du meilleur Handel, l’œuvre est donc loin de mériter un tel mépris de la part des musicologues.

Et c’est ce que l’équipe musicale réunie ce soir là s’est attachée à nous prouver : comme on pouvait s’y attendre sur le papier, les voix furent bien plus convaincantes que l’orchestre. Cela dit, Il Complesso barocco s’est avéré bien meilleur qu’à son habitude, pour avoir souffert plusieurs de leurs performances et après la mollesse voire le ratage de leurs derniers disques (Ezio, Alcina, Airs de Porpora), on est ravi de les retrouver aussi bons que lors du Motezuma (lien) en ce même lieu. Peu de temps après le concert, la retransmission radio de l’Agrippina de Madrid confirme leur forte amélioration, surtout chez les violons qui sont bien plus fins et dynamiques qu’à l’habitude : est-ce du à leur nouveau premier violon (comme me le suggèrait Bajazet) qui vient donner les impulsions qu’Alan Curtis ne lance que grossièrement ? Reste que beaucoup d’airs souffrent du légendaire manque de dramatisme de cet ensemble : le premier air de la basse par exemple est joué bien trop lentement, mettant en difficultés le chanteur  forcé d’allonger ses notes, là où il faudrait des syllabes lapidaires pour impressioner; idem pour l’air de doute avec hautbois concertant de Berenice qui rappelle le « Pensieri voi mi tormentate » d’Agrippina, et souffre d’une éxécution « trouée », on craint à chaque fin de phrase du hautbois que la musique ne reprenne pas, or ce qui pourrait être un bel effet angoissant se transforme en déchiquètement du tissu musical.

 

Il faut dire que les chanteurs ce soir avaient de l’énergie à revendre,  et que l’orchestre en a sans doute bénéficié.  Mary-Elen Nesi déçoit par rapport à son Faramondo un mois plus tôt : à croire que l’impréparation l’a trouvé moins prudente et lui a mieux réussi ; ici l’actrice est souvent fade et la chanteuse manque d’aura, voire de voix, ses vocalises sont inaudibles. Vito Priante ne pousse pas le volume de sa voix à l’excès pour une fois, dommage que le rôle ne soit pas porteur et ne paye pas cette retenue vocale. Je suis de plus en plus séduit par la voix de Cyril Auvity qui gagne en graves et en assise d’années en années, de plus il quitte peu à peu son flegme pour ne pas dire son ennui dans le seria, les récitatifs sont habités d’une flamme qui rappelle son engagement dans la tragédie lyrique ; malheureusement l 'italien est vraiment mauvais et l’émission souvent trop nasale produit un chant qui manque de relief et de perspective. Ingela Bohlin n’avait pas ce soir le rayonnement vocal de ses Iole ou Morgana, et encore moins l’aplomb dramatique : la faute au rôle ou à une méforme passagère dont ce dernier a pâti ?

http://klassikaraadio.err.ee/images/files/RominaBasso180.jpg

Soirées après soirées, Romina Basso quitte la timidité de ses débuts pour affirmer une personnalité artistique fascinante. D’un rôle souvent bassement stéréotypé, elle sculpte un personnage époustouflant : le corps de la chanteuse d’abord est à l’image de sa suprématie vocale, aux inflexions des mains, des bras, des doigts, aux mouvement de la tête, répondent des messa di voce, des coloratures, des rubatos, des variations de la pression de l’air dans la gorge  qui s’enchainent de façon délirante et avec une maitrise redoutable.  Cet excès de maitrise permet au spectateur de deviner avec quasi certitude quel effet suivra, et pourtant il ne manque pas de surprise,  dès le deuxième air ou dès la deuxième minute de récitatif, tous les effets sont connus, mais c’est leur enchainement qui surprend et fascine. A la façon d’une grande danseuse étoile qui ne capte pas l’attention par la nouveauté de ses pas, mais uniquement par son excellence technique à les exécuter et son implication émotionnelle.  Pour relativiser mon emballement, on pourrait cependant ajouter que Romina Basso manque  de pudeur, c’est une voix qui sait parfaitement traduire le clair-obscur, le sfumato,  se voiler de mystère mais pas se retirer dans la contrition (voire le too much de sa mort de Didon sur Youtube), d’où sa difficulté à rendre le sacré voire son obscénité dans ce répertoire (Juditha Triumphans ici même).

Klara Ek retrouve en Berenice l’applomb de sa Vitellia de Gluck et prouve qu’elle est aussi à l’aise pour jouer les amantes éplorées que les reines soucieuses de leur empire amoureux.  J’ai déjà dit tout le bien que je pensais de sa voix et de son timbre légèrement pincé, elle se révèle de plus extraordinaire bel cantiste.

Fagioli_Franco_klein.jpg

Franco Fagioli n’est pas inconnu des baroqueux : on a déjà pu l’entendre à Paris dans Tolomeo et à Zurich en Cesare épris de Cécilia Bartoli, le timbre était alors assez laid et la technique déjà peu orthodoxe le classait parmi ces contre-ténors interessants mais à la limite du miaulement de chat de gouttière. Puis sa performance en Ezio de Gluck m’avait soufflé, j’étais donc impatient de connaitre son évolution, et je n’ai pas été déçu. C’est la voix de contre-ténor la plus puissante que je connaisse et ce aussi bien dans des graves somptueux que dans des aigus fulgurants ; et cette étendue ne se retrouve pas uniquement dans les passages lents comme chez ses plus valeureux collègues, la fureur de son air infernal est époustouflante d’audace et de maitrise. Pour arriver à ce résultat sensationnel, la technique est forcément très personnelle pour ne pas dire étrange, et cela se voit physiquement, je n’ai jamais vu un chanteur faire autant de grimaces, par moment cela rappelle le comique troupier d’un LeLuron imitant Mitterand : mouvements de lèvres incontrôlés, paupières mitraillettes, épaules de pantin désarticulé, et évidemment aucune prestance. Le contraste entre l’ouïe et la vue est plus que troublant. A part cela, Franco Fagioli est aujourd’hui pour moi le seul contre-ténor capable d’assumer la virtuosité des castrats avec Cencic : tous deux ont une tessiture très large, Fagioli l’emporte par la puissance, Cencic par la rondeur du timbre. Le voilà dans le grand air de la seconde version de l'Ezio de Gluck (sorti en cd), puis dans un air de Teseo de Handel débutant par une superbe messa di voce.








Voir les 3 commentaires - Ecrire un commentaire

Publié dans : Représentations
Lundi 28 décembre 2009 1 28 /12 /2009 15:18
- Par Licida
Cecilia Bartoli au Théâtre des Champs-Elysées
Sacrificium


Il Giardino Armonico
Giovanni Antonini


20 novembre 2009

Nicolò Porpora : Sinfonia extraite de Meride e Selinunte (1726)
Nicolò Porpora : "Come nave", air extrait de Siface (1725)
Riccardo Broschi : "Chi non sente al mio dolore", air extrait de Merope (1732)

Nicolò Porpora : "In braccio a mille furie", air extrait de Semiramide riconosciuta (1729)
Nicolò Porpora : Ouverture et "Parto, ti lascio o cara" de Germanico in Germania (1732)
Francesco Maria Veracini : Ouverture n° 6 en sol mineur (Allegro)
Leonardo Vinci : "Cervo in bosco", air extrait de Medo (1728)
Leonardo Leo : "Qual farfalla", air extrait de Zenobia in Palmira (1725)   
Francesco Araia : "Cadrò, ma qual si mira", air extrait de Berenice (1734)

Entracte   

Nicolò Porpora : "Usignolo sventurato", air extrait de Siface (1725)
Carl Heinrich Graun : "Misero pargoletto", air extrait de Demofoonte (1746)
Giuseppe Sammartini : Concerto en fa majeur pour flûte à bec, cordes et basse continue (Allegro assai)
Antonio Caldara : "Quel buon pastor", air extrait de La Morte d'Abel (1732)
Nicolò Porpora : Ouvertures des cantates Gedeone (1737) et Perdono, amata Nice (1746)
Leonardo Vinci : "Quanto invidio la sorte... Chi vive amante", récitatif et air extraits de Alessandro nelle Indie (1730)
Nicolò Porpora : "Nobil onda", air extrait d'Adelaide (1723)

Bis
Georg Friderich Handel: "Lascia la spina", air extrait d'Il Trionfo del Tempo e del Disinganno (1708)
Broschi: "Son qual nave" (da capo), air extrait de Artaserse (1734)
http://www.konzerthaus-dortmund.de/binary.ashx/select=E0E7/~image/197937

Petit ajout à l’article de Clément concernant le disque. Les extraits musicaux sont issu d'un enregistrement privé du concert de Barcelone en décembre accompagné par Il Giardino Armonico.


Louons d’abord la générosité du programme : un récital de 3 heures enchainant des airs impossibles et épuisants, c’est un tour de force digne de son marathon Malibran à Pleyel. On peut adresser le même reproche qu’au disque à propos de l’alignement d’airs censés être pleinement marquant isolés, ces zéniths de virtuosité ou ces abymes d’expression y perdent en altitude et en profondeur. Néanmoins, voir chanter ces airs sur scène est bien plus impressionnant qu’au disque où l’on soupçonne toujours les trucages du micro et de la console de son : le concert nous prouve donc que des trucages il y en a finalement peu eu, et je le prouve, voilà le redoutable air de la Berenice d'Araja que je trouve encore plus excitant en live bien que moins impeccable stylistiquement.


Bartoli est donc clairement capable d’assumer ces airs en concert. Et puis il faut la voir se lancer dans les vocalises de cet air en bloquant les cervicales pour lancer l’immense vocalise en respirant le moins possible, on comprend tout l’effort physique que ces airs exigent, même pour une chanteuse rompue à ce répertoire (d’ailleurs elle ne s’était sans doute que très peu chauffée la voix pour tenir la distance, le premier air « Come nave  in mezzo all'onde» était joué plus lentement qu’au disque et manquait de fluidité, les vocalises étaient dures).

bartolitcePhoto: Kasia Wandicsz pour Paris Match

De physique il en est bien évidemment aussi question ; le défilé des costumes d’abord : entrée triomphale et applaudie en pantalon, frou-frou du foulard et chapeau feutre, puis effeuillage en allant vers les lamenti chantés humblement en chemise ; on la retrouve ensuite en grande robe rouge, immense drapé en traine mais jambes et collants à moitié dévoilés, plumes rouges dans le dos qu’elle arrache rageusement à la fin du « Son qual nave ». Et puis Bartoli c’est toujours un bagou en scène qui emporte immédiatement la sympathie, un franc-chanter si je puis dire: elle s’amuse des silences suspendus à la fin d’une longue vocalise et le sourire faire toujours briller la vocalise avec l’éclat de la simplicité, bel oxymore.

Concernant les inédits, nous pûmes découvrir le très beau lamento de la Merope de Broschi, on reconnait tout de suite la style de Farinelli par l’abus du canto di sbalzo jusque dans cet air désespéré et que Bartoli réussit parfaitement à intégrer.

Le célèbre « Cervo in bosco » de Vinci que Farinelli aimait tant est magnifiquement rendu, avec un naturel et un allant roboratif (j'utilise beaucoup ce mot en ce moment...), on s'étonne qu'il ne figure pas sur le disque à la place du très mécanique « Che timea Giove regnante ».

Le second air de Vinci « Che vive amante » est agréable mais sans grand intérêt musical, il permet juste une réspiration joyeuse parmi tous ces airs excessifs et à Bartoli de faire valoir son talent comique.

Beaucoup d’inédits dans les morceaux joués en interludes aussi : hélas trop courts, on a souvent que des parties d’ouverture, peu éloquentes. Mais on a tout de même pu gouter à Merida e Selinunte et Germanico in Germania de Porpora, l'ouverture n°6 de Veracini et le concerto en Fa pour flûte à bec de Sammartini, ce qui n'est pas rien!

J’ai d’ailleurs trouvé Il Giardino armonico très inégal ce soir : très brouillon au commencement, avec des problèmes d’équilibres entre pupitres, voire de netteté des solistes tout bêtement, étonnant pour un concert qui a déjà tourné et été travaillé pour le disque. Heureusement cela s’améliore au fur et à mesure de la soirée pour atteindre des sommets sur l’ouverture des cantates de Porpora, (Gedeone et Perdono, amata nice) vraiment sublimes et bien plus riches harmoniquement que le style napolitain ne l’exige. (Et je précise que pour l'ensemble du concert j'ai trouvé l'orchestre bien meilleur à Barcelone).


Ce qui fut par contre très réussi, c’est l’attention portée à ne jamais couvrir la chanteuse, ni la bousculer ; par contraste, les reprises de l’orchestre quand la chanteuse se tait lors des lamentos font exploser en musique tout ce que le chant et la pudeur de l’artiste retenaient contrit, dans une gorge serrée, juste assez pour pouvoir chanter, à la limite, limite humaine quand l’orchestre déploie une force plus cosmique. Inversement l'orchestre sait aussi venir à la rescousse des limites vocales de la chanteuse et la porter dans les moments de grande virtuosité en se faisant le relai de l'incroyable energie qu'elle déploie. Des nouveautés ont aussi été ajoutées par rapport au disque comme ces doubles flûtes dans le « Qual farfalla », ça alourdit un peu le vol du papillon mais donne plus de couleurs à ses ailes.

Bref un concert fabuleux… auquel le film tourné à Caserte diffusé sur Arte réçemment et qui devrait sortir en DVD en mars ne rend pas du tout justice : playback sur le disque, réalisation très classique, angles de prise de vue très douteux (dos à la salle !) ou dans des situations qui font très cheap par rapport à la musique foisonnante (et puis chanter « Ombra mai fu » sous les arbres alors qu’il fait encore à moitié nuit…).

Par contre bonne nouvelle, une nouvelle date a été ajoutée pour le Giulio Cesare avec Christie à Pleyel (sans Jaroussky, mais toujours avec Dumaux, Stutzman… et Scholl…). Et prochaine prise de rôle pour Cecilia, Norma à Dortmund avec Hengelbrock.

Pour terminer on notera que le disque se vend exceptionnellement bien puisqu'il est devenu disque de platine en moins de 3 mois en France, preuve que travail éditorial et musicologique seront toujours plus efficaces contre le téléchargement illégal que tout un inutile arsenal législatif.

http://www.konzerthaus-dortmund.de/binary.ashx/select=E0E6/~image/198069


Voir les 2 commentaires - Ecrire un commentaire

Publié dans : Représentations
Dimanche 13 décembre 2009 7 13 /12 /2009 17:50
- Par Caroline

Un nouvel article de Caroline. Merci à elle!


Opéra royal de Versailles, le 15 novembre 2009.

 

 

Quelques réflexions sur

 

L’Amant jaloux ou Les fausses apparences

 

Comédie mêlée d’ariettes (1778)

Musique d’André Ernest Modeste GRETRY sur un livret de Thomas d’Hèle

 

 

Direction musicale, Jérémie Rhorer
Mise en scène, Pierre-Emmanuel Rousseau
Décors, Thibaut Welchlin
Costumes, Pierre-Emmanuel Rousseau et Claudine Crauland
Lumières, Gilles Gentner
Création maquillage et coiffure, Laure Talazac

Réalisation des toiles peintes, Antoine Fontaine

Léonore [jeune veuve vivant chez son père], Magali Léger
Isabelle [amie de Léonore que l’on veut marier de force], Claire Debono
Jacinte [domestique de Léonore], Maryline Fallot
Florival [militaire français portant secours à Isabelle], Frédéric Antoun
Don Alonze [l’amant jaloux de Léonore], Brad Cooper
Lopez [le père de Léonore], Vincent Billier

Le Cercle de l’Harmonie

 

  ajv-copie-1


Que nous chantez-vous là ?

 

 

L’Amant jaloux est une comédie. Légère, enlevée, elle fait sourire, pas jaune, n’oublie pas de bien finir, d’aller là où on l’attend. Ce n’est pas une farce, ce n’est pas une satire, ce n’est pas une charge. C’est gentil. On pourrait presque la résumer ainsi : tout est bien, pour qui aime bien et est aimé de même. Et c’est sans doute moins donné pour faire rire que pour être applaudi de bon cœur.

Seulement une comédie, pour fonctionner, doit être ancrée dans son temps, dire des choses en un sourire, des choses peut-être pas si anodines que cela. Est-ce l’effet de mes lunettes ? Toujours est-il que je perçois clairement dans cet Amant-là, si ce n’est une revendication, au moins une aspiration de toute une société.

On pourra, par ailleurs, trouver qu’un tel sujet a été tricoté pour plaire aux femmes. Je ne connais pas M. d’Hèle et ne lui ferai pas de procès d’intention, mais ça ne me paraît pas faux. Une telle pièce devait alors fatalement plaire aussi aux hommes qui aiment plaire aux femmes… et qui les emmènent au théâtre. Ce qui finit par faire du monde, les dames étant sans pouvoir mais pas sans influence… Ce qui n’est pas sot raisonnement, d’un point de vue d’auteur.

 

Qu’est-ce qu’on nous raconte, au fond ?

 

Une jeune fille, Isabelle, refuse d’être violée lors de sa nuit de noce ; elle regarde du côté du fringant militaire qui lui vient en aide, le trouve beau et chevaleresque, a bien conscience que même si ce ne peut être pour la vie, c’est déjà bien tentant là, maintenant, et puisque finalement il demande sa main, tout est bien (mais même sans rebondissement final, on se doute que ça n’aurait pas été mal non plus…).

Léonore passe totalement outre l’autorité d’un père. D’ailleurs Lopez souhaite que sa fille ne se remarie pas pour qu’un gendre ne chamboule pas sa fortune ; ce n’est pas là qu’égoïsme et avarice, je trouve ; car il ne semble pas complètement imbécile, cet homme, il sait bien que selon l’ordre des choses, il mourra avant elle, et finalement en pensant d’abord à son intérêt particulier d’homme d’affaires, il évite aussi à sa fille un mariage rendu obligatoire pour vivre décemment ; en disposant d’une fortune personnelle, elle dispose aussi d’elle-même, elle devient libre, ou disons un peu plus libre que d’autres ; l’argent fait bien entendu de ces miracles-là. Mais Léonore n’est pas dans le calcul, elle est trop jeune et ardente pour cela ; d’ailleurs elle est déjà amoureuse, elle a déjà trouvé et dit oui à l’homme qu’elle aime. Seulement ce oui-là n’est pas encore définitif.

C’est qu’elle ne voudrait pas d’un mari jaloux ; c’est-à-dire autoritaire, qui ne laisse pas de libertés à sa femme, qui se méfie de chacun, qui l’empêche d’avoir des amis et des secrets avec eux, secrets qui ne le regardent, lui, en rien. Elle veut être aussi libre de l’aimer que de vivre en société et de voir qui elle veut, comme elle veut. Un mari pire qu’un père, non merci !

Pour mener à bien toutes ces belles aspirations, il faut compter sur une nécessaire fidélité ancillaire (au sens d’avant les amours !). Alors Jacinte s’en mêle. On n’est plus au temps où les domestiques craignaient les coups de bâton. On n’est pas non plus dans l’insolence de « lutte de classes », il n’y a pas ici de revendication politique de cet ordre (au contraire des Noces), Jacinte fait simplement son travail, elle est fidèle à sa maîtresse, loyale envers elle, comprenant bien leurs intérêts mutuels, aussi. Pour cela elle peut se jouer d’un père qui la paye, et si elle allait un peu trop loin et qu’elle était renvoyée, ce serait surtout dommage pour Léonore plus que pour Jacinte, car elle retrouverait facilement une place, sans doute auprès d’une dame de plus haut rang, on appréciera et payera au prix le plus fort ses qualités de vivacité d’esprit, d’à propos et de discrétion tout au service de qui elle sert. Quand la parole se fait de moins en moins d’honneur, le secret de son intérieur, de sa vie privée si vous voulez, n’en prend que plus de prix…

 

Il me semble frappant de voir combien tout cela va dans le sens d’une nouvelle société qui se profile, pour ne pas dire qui s’instaure. Ce père n’est pas montré en crétin indécrottable, borné et plein de ridicules ou de travers risibles, c’est simplement un homme d’une autre génération, qui voit bien qu’il se passe des choses dans sa maison, mais tout lui échappe, il est dépassé. De nouvelles pratiques se mettent en place, en effet. Une aspiration à un intérieur nouveau est en marche : le droit au bonheur domestique.

Et la Cour applaudit !... Eh, oui ! Elle aspire, elle aussi, au bonheur de l’individu ! Tout est dit. Cette aristocratie deviendra bourgeoise, en effet. Son dernier roi le sera d’ailleurs plus qu’un autre, comment pourrait-il en être autrement ? Mais… ce sera le dernier.

N’est-elle pas simple, la comédie ?...

 

 

 

Retour à Versailles…

 

 

Décidément en 1778, Grétry ne perd pas de temps et aime les choses rondement menées. Puisqu’il nous sert une tragédie (Andromaque) en 1h40, il ne faut pas trop s’étonner qu’il lui faille une demi-heure de moins pour une comédie. Ça va vite, ça fuse, ça s’enchaîne ; tout doit être attrapé au vol et digéré dans l’instant. L’agilité doit donc être partout : dans l’action, dans les répliques, dans l’esprit et dans les gosiers.

Pour ne rien perdre de tout cela il est impératif d’avoir le ton juste, ainsi qu’une intelligibilité claire et nette, aussi bien dans les dialogues que dans les ariettes. Hélas ! La pâte qui nous est parvenue à Versailles était à faire enrager, l’esprit y était quelque peu perverti et la distribution pas à la hauteur.

Sans doute Rohrer est-il pour quelque chose dans l’effet « pâte » des parties chantées ; on ne comprenait presque pas un mot (bon, j’exagère un peu, mais quand même…). On ne peut tout de même pas dire que tout était forte et qu’il couvrait les chanteurs, cependant un peu plus de nuances, de subtilités et moins de volume auraient sans doute aidé. Mais je pense que le problème venait aussi d’ailleurs, de l’acoustique peut-être ( ? j’ai eu l’impression que le son de la fosse me parvenait beaucoup plus précis que celui la scène… ?), des chanteurs aussi sans doute.

 

Deux passaient plutôt bien : Claire Debono et Brad Cooper, mais étaient malheureusement trop appliqués à articuler leur texte pour être passionnants et pour ce qui est du naturel… hélas ! J’ai été plutôt déçu par C. Debono qui s’empêtrait dans son français et ne semblait vraiment pas à l’aise (son costume ne l’arrangeait pas non plus, la couleur fuchsia ne convenant pas à tout le monde…), alors que l’impression que j’en avais gardée n’était pas mauvaise lors du Lully (Armide) de la saison dernière.

Le chant de Cooper n’a rien d’enchanteur, il ennuie assez. Et un jaloux qui ennuie…

Frédéric Antoun était annoncé souffrant et l’était sans doute. Son personnage est brossé correctement, mais un peu plus d’allant et de séduction n’auraient pas nuis. Vocalement, il devait effectivement être gêné. Dommage ! car on nous en avait dit grand bien.

 

Magali Léger campe fort bien sa Léonore. C’est le genre de rôle qui lui convient parfaitement, même si une direction de jeu un peu plus attentive lui aurait permis d’être parfois plus à l’aise ou de faire mouche en épaississant un peu la psychologie de son personnage [non, M. Rousseau, Alonze ne peut pas jeter Léonore à terre ! c’est un amant, pas un mari ! à trop vouloir montrer un parallèle avec Les noces vous le prenez un peu vite pour le comte – qui lui, soit dit en passant, n’est pas un jaloux, mais bien autre chose ! et pour le coup, ce comte-là n’est pas bourgeois – Bref, je proteste ! ^^]. La situation de jeune veuve permettait bien des choses, il me semble et sa Léonore reste un peu trop jeune fille à mon goût. Le problème avec Magali Léger, c’est que la voix ne suit pas. Elle est souvent à la peine et fait des choses pas bien belles. Des voix habituées à Mozart devraient très bien défendre Grétry, je pense. Je me souvenais de M. Léger dans L’enlèvement au sérail, mais il m’a semblé qu’elle avait pas mal perdu, ou alors la rapidité de l’écriture ne permet pas de se rattraper et ce rythme de comédie à la cravache ne fait vraiment aucun cadeau aux interprètes.

 

Maryline Fallot n’a pas donné la Jacinte que j’attendais et celle qu’elle a servie à la place ne m’a pas convaincue. Elle a commis, pour moi, des contresens. Peut-être pas de son fait, d’ailleurs ; on lui a sans doute demandé d’être ainsi ; mais j’ai tiqué, évidemment. Sa servante est trop ‘dame’, son phrasé trop maniéré là où il aurait fallu du naturel et de la spontanéité. Jacinte doit rester à sa place, nous ne sommes pas dans le mélange des rangs. Cette Jacinte, à l’échine trop raide, n’est pas loin de vouloir jouer les maîtresses de maison, on se demande peut-être même parfois si elle n’aspirerait pas à devenir la maîtresse de Lopez pour mieux le mener ainsi. J’ai dit bourgeois, oui, mais pas encore à ce point ! Ayez tout de même la patience d’attendre un peu avant de nous servir ce plat-là ! Le maître de maison qui couche avec la bonne parce que c’est bien pratique et que chacun y trouve son compte, ce sera pour un peu plus tard. Non, non ! Attendez un peu, chère Jacinte. Gardez pour quelque temps encore votre rôle de fine mouche qu’il convient d’avoir avec soi, heureuse de vivre, pétillante et piquante, mais qui sait garder son rang. En allant trop vite, vous vous feriez haïr de votre maîtresse au lieu de vous en rendre indispensable et vous ne mettriez plus le public dans votre poche ; vous le feriez rire encore, mais il vous mépriserait. Le XIXe siècle viendra bien assez vite !... Bon, pour moi, cette Jacinte était ratée et ce n’est pas la voix qui pouvait rattraper grand-chose.

J’oubliais le père de V. Billier ! Eh bien, oui… je l’ai oublié.          

 

 

Ce que j’ai bien retenu par contre, c’est l’effet des décors en toiles peintes ! C’était une première pour moi et je n’avais jusque-là pas bien compris (oh, vous savez, moi, tant que je n’ai pas vu, je ne me rends pas compte… ^^) à quel point ce peut être modulable et lié au décor praticable. D’où les effets de surprise, puisqu’on ne sait plus trop si c’est un trompe-l’œil sur un élément fixe ou un élément réel peint. J’ai donc fait quelques « ah ! », « oh ! », « miam miam ! », « clap clap » comme à 7 ans et demi. Bon, n’allez pas croire non plus que je ne voudrais plus voir que des mises en scène dans des décors en toiles peintes, mais de temps à autre, quand c’est réussi et dans un tel lieu, ça ne fait pas de mal.

Il faut peut-être préciser qu’il ne s’agissait pas ici de reconstituer une représentation du XVIIIe siècle, mais plutôt de l’évoquer. Dès le départ, pendant l’ouverture et avant que ne commence le premier acte, on voit le décor se monter, si je puis dire. Les projos (pas d’historicité revendiquée, donc !) remontent dans les cintres, trois rangs de colonnes en descendent ainsi que plusieurs pans et niveaux de toiles peintes : la bibliothèque est prête. Le rideau retombe, quand on le relèvera les meubles seront en place et l’intérieur parfaitement rendu.

Au deuxième acte, on aura les appartements de Léonore ; on est évidemment on ne peut plus dans l’intimité de son intérieur, puisqu’elle va même y prendre son bain. Tout cela seconde bien, en effet, le propos de la pièce. Je vous laisse la surprise de la sérénade (« Oh !... clap clap !... »).

Il ne manque rien non plus au pavillon du jardin du troisième acte ; même les paons sont raccords !

Tout cela est parfaitement huilé et s’emboîte au millimètre. Je ne sais pas trop comment ça voyagera jusqu’à l’Opéra-Comique. J’avais compris que ce type de décors appartenait à un théâtre en particulier ; ils auront évidemment prévu les ajustements nécessaires. Je suis en tout cas très contente d’avoir vu cela de la loge princière à Versailles ; et puis d’ailleurs… l’Opéra-Comique… c’est un peu bourgeois, non ?...

PAN ! PAN !

Mais laissez les paons tranquilles !

 

 

C.

 

 

 

PS : Notez que le programme, que je n’ai pas encore eu le temps de lire, édité par le CMBV pourrait passer pour un copieux Avant-Scène… si ce n’était le format.

 


Voir les 4 commentaires - Ecrire un commentaire

Publié dans : Représentations
Mercredi 21 octobre 2009 3 21 /10 /2009 17:33
- Par Licida
Handel, Susanna (1749)

Sophie Karthauser : Susanna
David DQ Lee : Joacim
William Burden : premier vieillard
Alan Ewing : second vieillard
Emmanuelle de Negri : Suivante& Daniel
Maarten Koningsberger : Chelsias
Ludovic Provost : Juge

Les Arts Florissants
William Christie


Salle Pleyel
20 octobre 2009

Gentileschi

Bon avant de commencer je vous préviens tout de suite que je vais me la jouer proust-proust et beaucoup user de la métaphore, z'étes prévenus! C'était donc le concert célèbrant les 30 ans des Arts flo, avec discours inaugural de Laurent Bayle devant Monsieur le Ministre de la Culture dont les réçents déboires médiatiques entraient étonnamment en résonnance avec cette sombre histoire biblique libidinale, huhu.

L'oeuvre en elle-même est intéressante mais semble inaboutie: le livret est pas mal construit mais comme souvent pour les oratorios de Handel, manichéen, Susanne est la gentille, les deux vieux les méchants, on serait bien tenté de dire que Joacim est gentil aussi, mais en fait il est plutôt brave, il est content de sa vie, il part, sa femme manque de se faire violer et à son retour, il ne trouve rien d'autre à dire que "ben zut alors!", aucune reflexion sur la vanité du bonheur, aucune vélléité de la sauver coute que coute, bref on se demande ce qu'il fout là. Coté musique c'est assez irrégulier, les airs de félicité et de confiance en Dieu m'ont semblé moins profonds que ceux de Theodora, les choeurs témoignent toujours de la puissance démiurgique de Handel par leur intégration au tissu orchestral, mais ce monde là, Handel l'a composé ailleurs et mieux; et les choeurs sont finalement moins présents ici que dans d'autres oratorios. La vraie réussite de cette partition réside dans le traitement des deux vieillards, à la limite entre le bouffe et le tragique, et c'est justement en évitant l'ecueil du manichéisme qu'Handel réussit à leur donner tant de vie (ce que l'éxécution de ce soir ternit un peu à mon sens); mais on compte aussi quelques passages superbes hors des parties "senior", l'air de Daniel sur la chasteté, le dernier air de Susanna et le trio Susanna-Papi1-Papi2 sont ceux qui m'ont le plus frappé. D'une façon générale l'orchestration est très soignée, avec des thèmes de cordes entêtant qui sont déclinés dans les airs avec une science qui fait de Handel l'égal de Bach - sur le terrain de la variation, sur les autres, Jean-Sebastien peut aller se rhabiller :o) Enfin l'atmosphère champêtre est sans doute ce qui différencie le mieux cet oratorio des autres: air du ruisseau, air du chêne, ode à la nature, vanité de la beauté des fleurs et finalement Susanne disculpée car ses deux accusateurs se contredisent sur l'arbre qui aurait abrité ses ébats adultères. Bref un oratorio de la nature qui voit en toute cohérence se dérouler les pires méfaits de la nature, ceux de la nature humaine quand Dieu règne sur l'autre.


Pour leurs 30 ans, les Arts Flo nous ont offert une performance d'un professionalisme remarquable: l'enregistrement du disque se faisant sur le vif ce soir-là, on a senti tout le travail accompli en répétition (ce qui n'a pas vraiment été le cas dimanche pour Niquet et Andromaque, article à venir). Et le résultat est là: c'est d'une perfection plastique exceptionnelle, je n'ai jamais entendu leurs archets si précis et à l'unisson, tout l'orchestre est d'une cohérence sans faille, parfaitement maitrisé par William Christie qui ne laisse rien passer ni chez les musiciens ni chez les chanteurs (en guise de bis nous auront d'ailleurs droit au duo et choeur final repris pour l'enregistrement car dans le premier Karthauser avait fait une variation un peu décalée, et dans le second certaines sopranos avaient attaqué trop tôt). Et c'est bien là le problème, c'est parfait mais c'est glacial, dommage pour un oratorio de la nature; un peu comme ces statues grecques antiques ou ces façades de cathédrales que l'on a longtemps cru d'une blancheur immaculée originelle et que les recherches scientifiques ont en réalité révélées colorées voire bariolées, Christie s'acharne à vouloir rendre plus classique que classique cet oratorios handelien, lui refusant toute aspérité, toute saillance, toute vie quoi. Si l'on aime ce genre d'éxécution du baroque qui fut celle de pionniers anglais de la rédécouverte de ce repertoire dans les années 80, on est aux anges car je ne pense pas que l'on puisse aller plus loin dans la méticulosité de l'éxécution, mais pour moi il manque quelque chose, une certaine authenticité. Le traitement est tout de même un peu différent pour les choeurs, certes l'unisson parfaite des tessitures est toujours recherchée (et atteinte, ces sopranos chantent vraiment comme une seule femme et avec une clareté impressionnante!), mais le théatre y est plus présent dans la vivacité des attaques ou dans la mise-en-espace (à l'avant scène pour la fin du I et du III, ils entrent pour interrompre la tentative de viol, et sont sur la périphérie de la scène pour la sentence - rappelant un peu ce qu'ils avaient fait dans L'Allegro à Garnier).

Rembrandt

J'ai été très déçu par les deux protagonistes, surtout en connaissance de la distribution d'origine. Tout d'abord Sophie Karthauser en Susanne: je n'ai jamais osé vraiment mepriser cette voix, quelque chose m'y a toujours intéressé sans jamais m'emporter. Bien aimée chez Haydn (Ritorno di Tobia), bien aimée chez Lully (Thésée), bien aimée chez Handel (Faramondo), sans doute m'attendais-je à ce qu'elle se révèle et décolle enfin, mais sa longue partie ce soir m'a beaucoup refroidi. Je n'ai entendu ce soir qu'une voix anorexique, sans chair, et donc incapable d'une souffrance autre que superficielle et d'une joie autre que de convenance; on a par ailleurs bien du mal à croire qu'une telle voix soit l'expression d'un corps aux voluptués suffisantes pour exciter à ce point les ardeurs de nos deux ainés. Et pourtant l'artiste est là: une telle lisibilité, économie et pertinence stylistique des intentions ne se rencontrent pas chez toutes les sopranos, mais le medium est tellement gris que cette voix ne s'éveille aux intentions de l'artiste que pour les aigus. Bref j'ai ce soir constamment entendu ses limites, aussi bien dans la déploration que dans la joie ou la colère. J'étais placé très près de la scène, je serai curieux d'entendre l'avis de personnes placées en fond de salle pour savoir si ces intentions y étaient aussi bien véhiculées par cette maigre voix. Et quitte à choisir un soprano lisse, j'aurai préféré que l'on reste avec Kate Royal initialement prévu, dont la stature est autrement plus consistante. Cela dit mon jugement ne se veut pas péremptoire, et je veux bien croire que le rôle n'était pas idéal pour sa voix.

Seconde deception, David DQ Lee. Commençons par dire qu'apprendre le rôle en 3 jours pour un résultat qui respire autant le naturel, chapeau. Mais les éloges s'arrêtent là. Je pourrai venter le naturel de l'émission qui ne semble pas du tout contrainte, si bien que l'on croirait entendre un soprano, et oui c'est vraiment remarquable qu'une voix d'homme s'approche à ce point des aigus d'une voix de femme, mais enfin les contre-ténors n'ont-ils rien d'autre à offrir qu'une remarquable imitation? S'ils font moins bien qu'un soprano, quel intérêt. La voix de David DQ Lee n'existe que dans l'aigu, c'est plus lisse que les fesses d'un bébé, ce n'est que de l'émotion plastifiée pour moi. Cela rappelle la voix de femme comme un bonbon à la fraise rappelle le goût de la vraie fraise à grand renfort de procédés chimiques. Quand on sait en plus l'inexistance dramatique du rôle, c'est l'ennui assuré! Quel dommage que Cencic ait annulé, non seulement lui avait des graves à offrir, mais aussi une originalité du timbre, une voix rare et une intériorité qui font totalement défaut à David DQ Lee.

Ricci

Emmanuelle de Negri est très proche de Karthauser pour le tempérament, mais la voix est bien plus opulente et vive. Les pleurs de la suivante suffisent à eclipser la tristesse de Susanna, ce qui est tout de même dommage. Pour le rôle de Daniel (dans lequel elle remplaçait donc David DQ Lee), on la sent moins en confiance dans le récitatif, mais l'air de la chasteté est splendide, la pureté d'émission n'ayant ici rien de javelisé, et la juvenilité du personnage est très bien rendue. NB: sur son myspace, on peut notamment l'y entendre dans un très beau "Tristes apprêts".

Très court juge de Ludovic Provost, si bien qu'il serait stupide de le juger sur une aussi embryonnaise prestation; notons juste que, comme tout le monde ce soir, la prononciation de l'anglais est splendide. Le Papa de Susanna était bien chanté par Maarten Koningsberger, bon baryton, sans que j'ai grand chose à en dire vu l'immobilisme dans lequel le tient le livret.

Santerre

Et j'en arrive donc à nos deux pervers pépères, les figures les plus incarnées de cette soirée. William Burden chante le premier, et le joue avec une conviction roborative, le problème est qu'il limite trop son personnage à mon avis, ce qui est d'autant plus dommage que le ténor semble ne pas manquer de ressources vocales (aussi bien dans l'étendue de la tessiture que pour l'éxécution des vocalises). Car en fait de vieillard libidineux, on le sent plus prompt à tendre la croupe qu'à assaillir Susanne. Vous me direz, pourquoi pas un vieillard bi-sexuel un peu folle dont les inclinations seraient totalement déréglées par l'excès de désir insatisfait, et après tout le livret souligne bien ce coté tordu à travers la perfidie du personnage (voir l'air ironique en face de Susanne). Beh oui mais y a pas que le livret, y a la musique aussi. Et je le répète, Handel est bien moins manichéen que ses librettistes: faire du vieillard un bouffon lubrique et dangereux n'est qu'une interprétation du livret, la musique tente à certains moment de le rendre émouvant. Or à force de trop tirer son personnage vers le bouffe glauque (très bon jeu de scène d'ailleurs, notamment le passage où il joue avec le portrait de Susanne),William Burden sabote toute l'empathie qui pourrait naitre dans le coeur du spectateur pour ce vieillard sénile lors de l'exposition de sa passion dévorante. Pour résumer, un personnage plus diversifié m'aurait davantage convaincu: je veux bien que ce papi grimaçant et dégueulasse en fasse partie, mais si l'on ne veut pas tomber dans la caricature et perdre toute authenticité, il ne faut pas s'y arrêter.

Et Alan Ewing lui ne s'y arrête pas! Passons sur la voix splendide et caverneuse qui fait plus entendre l'autorité d'un roi que la décrépitude d'un vieillard et sur l'intelligence du récitativiste qui n'hésite pas à jouer avec la langue anglaise, pour se concentrer sur le personnage aux facettes plus variées que son congénère, alors même que le livret semble l'enfermer dans un rôle plus sommaire. On avait le pervers faiblard, voilà le violeur, c'est lui qui pousse son compère à participer au crime. Et pourtant j'ai trouvé plus touchante l'expression de sa passion, on sent dans son chant ce que Handel a pu mettre de lui-même dans ce passage, toute la contradiction (parfois résolue auprès de certain-e-s...) entre le pouvoir politique et l'impotence à la séduction qui précède l'impotence sexuelle.



Salle comble. Applaudissements nourris. Très belle robe de Negri en servante. Teinture douteuse de Lee et sourir enjoué de Florence Malgoire (premier violon des Arts Flo), voilà pour les détails. Le disque viendra donc aisément se palcer en haut de la discographie de l'oeuvre. Au fait quelqu'un a déjà entendu le disque avec Lorraine Hunt nonobstant McGegan?

Final de l'acte III (version Christie)
Distribution identique à celle de Paris, à l'exception du rôle de Joacim tenu par Max-Emmanuel Cencic
 Concert donné à Amsterdam le 24 ocotbre 2009


Rubens

Voir les 9 commentaires - Ecrire un commentaire
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés