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Psychologie

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20 décembre 2010 1 20 /12 /décembre /2010 18:43

 

[Et aussi :

 

Jaroussky à Verbier (mélodies françaises ; juil. 2009) sur Mezzo lundi 20 à 20h30

 

Hansel et Gretel (Londres, 2008, Davis / Leiser, Caurier, avec Kirchschlager, Damrau, Allen) sur Mezzo mardi 21 à 20h30…]

 

 

 

__________________________________

 

 

Semaine du 18 au 24 décembre :

 

                                                                                                               

 

TELEVISION :

 

 

            ¤¤  Jonas Kaufmann chante Wagner, Weber et Beethoven (Munich, 2010) : dimanche 19 à 19h15  (ARTE)

 

 

  

RADIO :

 

 

            ¤¤  Concert “Armide dans tous ses états” (Op.-Comique, nov. 2010) : samedi 18 à 12h30  (FM)

                        P. Agnew – E. de Negri – Programme Lully, Haendel, Graun (1 inédit), Haydn.

 

 

            ¤¤  Radio libre : avec Ph. Jordan (et ‘Le live’ avec S. Koch) : samedi 18 à 15h30  (France culture)

 

 

            ¤¤  C’est du classique mais c’est pas grave : P. Petibon et G. Antonini (TCE, déc. 2010) : samedi 18 à 16h04  (France Inter)

 

 

            ¤¤  Alcina de Haendel (Vienne, nov. 2010) : samedi 18 à 19h30  (FM)

                               Minkowski – A. Harteros ; V. Kasarova ; V. Cangemi ; K. Hammarström…

 

 

            ¤¤  Le jardin des dieux : ‘La Jérusalem délivrée’ du Tasse (2) : dimanche 19 à 8h10  (FM)

 

 

            ¤¤  Une vie, une œuvre : Maurice Ravel : dimanche 19 à 16h  (France Culture)

 

 

            ¤¤  Lettres intimes : 2e partie : Dictionnaire du Lied : L comme Loewe + 3e partie : Récital de C. Maltman (Montréal, avril 2010) : dimanche 19 à 18h  (FM)

                        G. Johnson, piano – Programme Beethoven, Schubert, Loewe, Schumann, Wolf, Brahms

 

 

            ¤¤  Concert Berlioz / Franck (Toulouse, fév. 2009) : lundi 20 à 12h35  (FM)

                        T. Sokhiev – Susan Graham (les Nuits d’été)

 

 

            ¤¤  Grands compositeurs : Composer pour Noël : de lundi à vendredi à 14h  (FM)

 

 

            ¤¤  Grandes figures : Mildred Clary : de lundi à vendredi à 16h  (FM)

 

 

            ¤¤  Histoire de… : la musique espagnole : de lundi à mercredi à 17h45  (FM)

 

 

            ¤¤  Carrefour de Lodéon : S. Koch : mardi 21 à 16h04  (France Inter)

 

 

            ¤¤  5/7 Boulevard : le grand entretien : Ph. Jaroussky : mardi 21 à 17h10  (France Inter)

 

 

            ¤¤  Le magazine : avec S. Koch : mardi 21 à 18h  (FM)

 

 

            ¤¤  Passion classique : A. Scholl : mardi 21 à 18h  (Radio classique)

 

 

            ¤¤  Le vagabond ensorcelé de Rodion Chédrine (Châtelet, nov. 2010) : mardi 21 à 20h  (FM)

                        V. Gergiev – K. Kapustynska ; A. Popov; S. Alexashkin

 

 

            ¤¤  L’humeur vagabonde : JC Spinosi : mardi 21 à 20h05  (France Inter)

 

 

            ¤¤  Concert Grieg (TCE, oct. 2009) : mercredi 22 à 9h07  (FM)

                        Masur – C. Tilling ; C. Muti…

 

 

            ¤¤  Récital de Genia Kühmeier (Londres, juin 2010) : mercredi 22 à 12h35  (FM)

                        H. Deutsch, piano – Programme Beethoven, Schubert, Dvorak, Strauss

 

 

            ¤¤  Le magazine : avec T. Lehtipuu : mercredi 22 à 18h  (FM)

 

 

            ¤¤  Récital de Violeta Urmana (Barcelone, oct. 2010) : jeudi 23 à 9h07  (FM)

                        JP Schulze, piano – Programme Rossini, Bellini, Liszt, Mahler, Duparc, Tchaïkovski, R. Strauss

 

 

            ¤¤  Histoire du… : Singspiel : jeudi et vendredi à 17h45  (FM)

 

 

            ¤¤  Le mag critique: critique de spectacles et disques : jeudi 23 à 18h  (FM)

 

 

            ¤¤  Le château de Barbe-Bleue de Bartok + concerto n°2 pour piano de Beethoven (Pleyel, juin 2010) : vendredi 24 à 9h07  (FM)

                        P. Jordan – P. Lang ; P. Fried

 

 

            ¤¤  Concert Caldara de Philippe Jaroussky (TCE, déc. 2010) : vendredi 24 à 12h35  (FM)

                        Concerto Köln –

 

 

            ¤¤  Le magazine: avec D. Meyer et A. Tubeuf : vendredi 24 à 18h  (FM)

 

 

 

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12 décembre 2010 7 12 /12 /décembre /2010 22:35

Voilà la réponse de Caroline à mon article sur les représentations parisiennes de l'Orlando de Handel. Quand Caroline, fait référence à des photos, c'est par rapport à ce premier article donc et non aux photos de ce second.

 

http://www.cinedouard.com/wp-content/uploads/Orlando-Acte-III-1-�-Alvaro-Yanez.jpg


[D’après la représentation du 20 novembre à Dijon]

 

 

« C’est finalement là que blesse le bât de cette mise-en-scène, la transposition de l’action (…) permet  à McVicar de ménager des instants bouleversants grâce à une direction d’acteurs poussée à la perfection, mais pas de convaincre sur l’ensemble de sa vision. »

 

 

Pour ma part, j’ai été convaincue… ou complètement séduite par cette mise en scène que j’ai trouvée cohérente, intelligente et très riche. Je ne l’ai pas perçue tout à fait comme Licida ; mais c’est sans doute que, comme d’habitude, j’agrémente à ma sauce...

 

McVicar transpose donc cette histoire de fou au XVIIIe siècle. Il la modifie par là, fatalement. La détourne peut-être. Il part du combat que se livrent la Gloire et l’Amour (ça, c’est au tout début du livret), mais replacée au XVIIIe siècle (et un XVIIIe plutôt précis et exact, pas juste là pour faire joli mais bien pour dire quelque chose, m’a-t-il semblé), cela devient un affrontement entre la Raison (la rationalité, le concret, la science) et l’Amour (immatériel, irrationnel, incontrôlable, autrement dit une folie). Le XVIIIe de McVicar est sans doute un peu plus tardif que celui du livret, nous sommes plutôt dans la seconde moitié du siècle, voire vers sa fin. L’idée dont il semble s’emparer et qu’il file jusqu’au bout (selon moi), c’est que quelque chose de déterminant s’est sans doute joué à cette époque, à cette période charnière : la raison, la science, l’esprit clair, l’a emporté [mon accord est d’époque ! ;-] définitivement. Y avons-nous gagné ?... Au-delà du livret, McVicar semble présager que non.

 

 http://www.la-lettre-du-musicien.com/imgfck/1/Image/ANNONCES/Orlando.jpg

Photo: Alvaro Yanez

 

Zoroastre est donc ici un scientifique, ou plus vraisemblablement un savant amateur, qui s’adonne à sa passion dans sa campagne, c’est plus discret. C’est que dans son cabinet, il étudie, il expérimente, il dissèque. Il est justement là penché sur un cadavre, humain bien sûr. On se demande alors si ces deux domestiques si troublants (les mannequins de son qu’évoque Licida) sont des automates, tellement à la mode alors, merveilleuses mécaniques à taille humaine qu’il aurait ingénieusement mises au point, ou s’ils sont… un peu plus que cela. Ce Zoroastre semble préparer la voie à Frankenstein… Voilà le personnage posé.

Face à lui, l’Amour. McVicar invente donc un personnage qui n’est pas dans le livret en tant que tel, il apparaît ici comme une sorte d’ange noir aux ailes déposées, qui trône dans la vision que Zoroastre donne à voir à Orlando, cette scène de lascivité, d’aveulissement, de licence, c’est-à-dire de dérèglement des mœurs et vraisemblablement des humeurs, nous expliquerait Zoroastre. C’est que la lune brille alors encore plus intensément que l’autre astre ne le pourrait. Cette lune immense, symbole de la divinité en pleine action, mais aussi pour Zoroastre explication des mouvements, des flux et des reflux. On la retrouvera donc tout naturellement à la fin de la pièce, lorsque Orlando trépané sera élevé par Zoroastre vers une lune toute aussi pleine (voir photo) mais moins ardente. La science a déjà pris le pouvoir sur les croyances, la lune elle-même n’est plus dangereuse mais utilisée pour ‘sauver’ Orlando ; c’est sans doute qu’il faut l’exposer à des rayons de lune qui activent plus vite les fluides… ou alors/mais aussi, cette dernière scène ayant lieu en public, devant les êtres contaminés par l’amour, il faut aussi les impressionner et jouer encore un peu avec le perlimpinpin (voir aussi les extravagances de M. de Casanova en la matière…).

McVicar fait prendre parfois à l’Amour une apparence plus humaine. Mais c’est toujours vêtu de noir, donc néfaste, dangereux, qu’il interviendra tout au long de la pièce : une silhouette à la face trop blanche se déplaçant comme un vieillard, appuyé sur sa canne, marchant avec difficulté parmi les hommes ; tout de noir vêtu mais avec cependant des petits coeurs rouges scintillant sur ses vêtements, cœurs qu’il distribue à qui il peut (Orlando, Dorinda…). Belle scène d’ailleurs avec la pauvre petite Dorinda (l’interprète est formidable !) qui n’en veut plus de l’amour et qui s’évertue à lui fermer toutes les portes de l’austère mur en boiseries.

 

Mais le combat entre les deux antagonistes trouve son tableau parfait dans la scène des bêtes. C’est la grande scène d’Orlando à la fin de l’acte II. Il poursuit Angelica pour la tuer, l’amour l’a rendu fou et Zoroastre doit intervenir pour sauver la jeune femme : elle disparaît dans un nuage de fumée, les murs de la pièce (un petit théâtre de société) bougent, la petite scène du théâtre se tourne, c’est l’envers du décor, Orlando ne sait plus où il est, il y a de la fumée partout, il croit aux enfers et d’horribles bêtes surgissent du théâtre retourné pour le stopper et le détourner de son idée fixe. Ces bêtes sont bien sûr des créatures de Zoroastre, elles portent la livrée de ses valets et des têtes d’animaux féroces (panthère noire écumant, vautour, corbeau, loup, phacochère, hyène ou quelque chose comme ça…). C’est effrayant. Mais basculement dans la musique, l’air devient tendre et Orlando aussi ; les bêtes l’entourent comme de gentils toutous caressants, il leur gratouille le crâne entre les deux oreilles, les bêtes dansent en harmonie, l’amour existe même aux enfers, et puis nouveau changement dans l’air, re-basculement, etc. C’est qu’il se joue un combat, un duel, une partie d’échecs. Le jeu d’échecs qu’utilisaient plus tôt deux personnages et dont Angelica avait replacé les pièces comme machinalement durant son air d’adieu aux plantes (^^), geste non anodin bien sûr, elle a remis le compteur à zéro, rien n’est gagné en amour comme ailleurs, une nouvelle partie peut s’engager. L’amour s’est assis à jardin devant le jeu, qu’il ne touche pas, et Zoroastre vient se placer à cour ; selon qui prend la main – mais sans un geste ! – les bêtes sont effrayantes ou presque aimables, elles sont leurs pions, Orlando la pièce maîtresse dont il faut s’emparer. C’est merveilleusement réalisé, ça fait rire et frémir, ça suit la musique et ça raconte quelque chose. J’aime !

 

http://www.anaclase.com/opera/articles/orlando2.jpg

Photo: Alvaro Yanez


Bon, j’ai juré, craché, alors je ne vais pas vous détailler chaque scène comme ça, mais il y aurait matière !

J’accélère.

Tout à l’heure, par campagne de Zoroastre, j’entendais château. Vous avez compris. Hop ! Nous avons glissé. La nature n’est rien d’autre qu’un parc à l’anglaise, non ? N’aime-t-on pas davantage, au XVIIIe s., cette curieuse nature lorsqu’elle est parfaitement maîtrisée ? Hop ! Elle devient une scène champêtre, un tableau, une tapisserie, une toile peinte, dont on copiera les pauses des personnages dans une chambre ou dans un salon, c’est plus confortable. Hop ! Si la nature est domestiquée, la bergère le devient aussi, cela va de soi ! Dorinda est alors une petite servante tout aussi charmante, plus utile et davantage sous la main. Quant aux arbres, ne font-ils pas encore plus d’effet sur un théâtre que dans un bois ? Et un rossignol chante aussi très bien dans une cage, de plus si l’oiseau est mécanique, on sera au moins sûr qu’il ne décevra pas... la nature est si capricieuse ! Et nous savons Zoroastre bricoleur…

J’ai trouvé tout cela très malin. McVicar parvient à faire entrer tout naturellement, si je puis dire, la nature dont il a besoin dans un intérieur. Chapeau !

 

Cependant vous savez la vie de château ennuyeuse, alors la société s’y occupe comme elle peut. Certains s’adonnent à leur marotte (les sciences), d’autres se divertissent autrement, ont des jeux plus sensuels [les toilettes d’Angelica (la jaune et la rose surtout), sa coiffure et son maintien m’ont évoqué très directement Glenn Close dans Les liaisons dangereuses ; non pas qu’Angelica soit de la trempe d’une Merteuil, mais c’est une manière de nous dire que nous sommes en présence d’aristocrates de cette espèce-là, ce que de nombreuses scènes viennent confirmer tout au long (voir la 3e photo) ; le libertinage n’est pas l’amour, Angelica et Medoro ne sont pas touchés par lui, selon l’occasion ils changent de partenaires, et le cœur gravé ne l’est que sur un arbre de théâtre, factice, pas plus vrai que leurs sentiments : tout se tient !], certains encore peuvent avoir recours à des jeux plus classiques [le jeu d’échecs était très à la mode et très prisé pour le tête à tête] et bien sûr le théâtre de société permet d’occuper des jours entiers [à mon sens, il n’y a pas de mise en abîme, on ne voit pas se jouer une pièce sur ce théâtre, mais il y a utilisation de l’idée du théâtre, aussi comme lieu, avec ses leurres, artifices et autres trappes – beau moyen de noyer Angelica !].

 

On pourrait voir le fait de ne plus être chez Dorinda, mais chez Zoroastre, comme un problème. Mais McVicar propose encore une solution que j’ai délicieusement avalée : si Dorinda est domestique au château, elle y habite et il est assez logique qu’elle y ait amené Medoro ; en tant qu’aristocrates lui et Angelica sont reçus comme tels, ce qui n’empêche pas Dorinda d’apporter des soins particuliers au blessé. La bonne idée du metteur en scène est d’avoir quand même ménagé un ‘intérieur particulier’ à Dorinda. Elle dispose d’un petit réduit juste assez grand pour son lit et quelques affaires (dont le rossignol), un lieu à elle où elle peut s’isoler. Cela peut évoquer une petite cabane dans les bois (voir la photo des répétitions) si l’on veut s’accrocher au livret original ; mais pour ma part, cela m’a fait penser à ces ‘boîtes’ dont je ne connais pas le nom précis, que l’on construisait dans le haut d’une chambre pour y loger le domestique de son occupant, une sorte d’immense parallélépipède en bois, bien sûr, avec souvent un système de fermeture à coulisse ou à volet, pour isoler cette minuscule chambrette sommaire du reste de la pièce [au XIXe on a démonté tout ça, mais je crois me rappeler qu’il reste une chose de ce type aux Charmettes dans la chambre de Rousseau]. J’ai toujours cru que ce type de ‘boîte’ était réservé à une chambre d’un hôte masculin pour son valet particulier, mais on ne va quand même pas chipoter… et de toute façon c’est l’idée du petit réduit privatif qui compte et c’est parfait pour ça !

L’important aussi, c’est qu’en quittant les bocages, Dorinda n’a rien perdu de son caractère simple, sincère et généreux. La domesticité ne l’a heureusement pas pervertie, elle est toujours touchante et vraie.

 

http://image.radio-france.fr/francemusique/_media/chro/245000575-chronique.jpg

 

A propos de « touchante », juste un mot (ou deux ^^) sur l’égarée, Isabella (prénom générique pour les jeunes filles enlevées, me semble-t-il). Voilà encore un personnage que McVicar utilise tout au long de la pièce. Une jeune fille sauvée de ses ravisseurs par Orlando et dont personne ne s’occupe. Personne ne pense à lui enlever ce bâillon rouge qui lui barre le visage… pas même elle, qui a pourtant les mains libres. Elle semble flotter dans sa chemise blanche, comme égarée, sans nulle part où aller, une sorte d’Ophélie perdue. Oui, c’est une jeune fille perdue, qui semble un peu folle elle aussi, au cœur sans doute trop tendre. Amoureuse ou qui le fut ; mais de qui ?... Est-ce vous, Clarisse Harlove ?... Non, sans doute… Mais c’est là une créature de l’amour. Comme Dorinda et les autres personnages de la scène de la vision du début de l’opéra, elle souffrira cruellement de voir la raison triompher à la toute fin de l’histoire. Car que reste-t-il alors aux êtres simples, sincères, naïfs peut-être, mais qui espéraient encore, si on leur enlève leur cœur plein d’amour ?... Les larmes ! nous dit McVicar.

 

Nous voilà donc à la fin de l’histoire. Comme il se doit Zoroastre l’a emporté. Et l’amour noir est mort. Il gît là, la tête renversée, le torse nu exsangue, ses ailes noires revenues remplacer ses bras et des pattes d’oiseau au lieu de pieds.

L’amour est mort et Orlando est guéri. Il va pouvoir endosser un nouveau rôle. Zoroastre lui fait revêtir une cuirasse noire, un casque noir et lui porte une épée de même couleur. Il est fini le temps où il portait une cuirasse dorée, où il délivrait les jeunes filles en trois coups d’épée et en cadence. Adieu, temps de la guerre en dentelles ! Guerrier noir, donc funeste à son tour, au nom de quoi Orlando va-t-il combattre désormais ? Si ce n’est plus au nom de l’amour, serait-ce à celui de la haine ?... Ce retournement fait un peu froid dans le dos. Zoroastre, sa science et sa raison ont gagné. Mais quel monde nous préparent-t-ils ?...

 

http://www.lavoixdunord.fr/stories/image250x00/mediastore/VDN/A2010/M10/orlando-a-lille-somptueux-musicalement-705470.jpg

 

Ecco !

Evidemment, il était parfaitement inutile d’avoir ce genre de choses en tête pour apprécier cette formidable production ! Tout fonctionne parfaitement en prenant simplement et tout bonnement les scènes comme elles viennent. Le grand art, c’est quand tout le monde peut y trouver son compte ;-)

 

C.

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12 décembre 2010 7 12 /12 /décembre /2010 21:12

[Et aussi :

 

Les Mamelles de Tirésias de Poulenc (en direct de Lyon, Morlot / Makeïeff, production qui viendra à l’Op-Comique en janvier) sur Mezzo samedi 11 à 20h

 

Castor et Pollux de Rameau (Amsterdam 2008, Rousset / Audi) sur Mezzo mardi 14 à 20h30

 

Belléphoron de Lully (à l’Op royal de Versailles) sur Arte web à partir de vendredi 17 [Lien]

 

 

 

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Semaine du 11 au 17 décembre :

 

                                                                                                               

 

TELEVISION :

 

 

            ¤¤  La Sicile de Roberto Alagna : vendredi 17 à minuit 15  (France3)

 

 

  

RADIO :

 

 

            ¤¤  Concert Hindemith / Mahler / Bruckner (Londres, sept. 2010): samedi 11 à 12h30  (FM)

                        H. Blomstedt – Ch. Gerhaher

 

 

            ¤¤  Radio libre : avec P. Chéreau et R. Peduzzi : samedi 11 à 15h30  (France culture)

 

 

            ¤¤  Mathis le peintre de Hindemith (ONP, nov. 2010) : samedi 11 à 19h30  (FM)

                               Eschenbach – M. Goerne

 

 

            ¤¤  Le jardin des dieux : ‘La Jérusalem délivrée’ du Tasse (1) : dimanche 12 à 8h10  (FM)

 

 

            ¤¤  Les invités d’Adèle : carte blanche à Karen Vourch’ : dimanche 12 à 12h30  (FM)

 

 

            ¤¤  La tribune des critiques de disques : Les Vêpres de la Vierge de Monteverdi : dimanche 12 à 14h  (FM)

 

 

            ¤¤  Lettres intimes : 2e partie : Dictionnaire du Lied : S comme Sommeil (Brahms et Wolf) : dimanche 12 à 18h  (FM)

 

 

            ¤¤  Concert de l’Auditorium du Louvre (nov. 2010) : lundi 13 à 12h35  (FM)

                        M. Romano – Programme Janequin, Lassus, Debussy, Costeley, Ravel, Ohana, Poulenc

 

 

            ¤¤  Grands compositeurs : Connaissez-vous Caldara ? : de lundi à vendredi à 14h  (FM)

 

 

            ¤¤  Grandes figures : La parade des animaux : de lundi à vendredi à 16h  (FM)

 

 

            ¤¤  Histoire de… : la musique espagnole : de lundi à vendredi à 17h45  (FM)

 

 

            ¤¤  Passion classique : F. Biondi : lundi 13 à 18h  (Radio classique)

 

 

            ¤¤  Concert avec N. Gubisch (musée d’Orsay, nov. 2010) : mardi 14 à 12h35  (FM)

                        Programme Brahms, R. Strauss, Bruch, Fauré, Ducros, Debussy

 

 

            ¤¤  Tout le plaisir est pour nous : R. Alagna : mercredi 15 à 15h  (RTL)

                        [le titre est trop beau pour que je résiste !]

 

 

            ¤¤  Symphonies n° 8 et 9 de Beethoven (TCE, nov. 2010) : mercredi 15 à 20h  (FM)

                        Thielemann – A. Dasch; M. Fujimura ; P. Beczala; R. Holl

 

 

            ¤¤  Le mag critique: critique de spectacles et disques : jeudi 16 à 18h  (FM)

 

 

            ¤¤  Concert de Radio France (mai 2010) : vendredi 17 à 12h35  (FM)

                        S. Jeannin – I. Falk Winland ; T. Dalley – Programme Rossini, Haendel, Bizet, Verdi, Newman, Loewe, Bernstein, Rodgers, Brown

 

 

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3 décembre 2010 5 03 /12 /décembre /2010 20:12

[Et aussi :

 

La Fanciulla del West (Rizzi / Lehnhoff, 2009, avec EM Westbroek et L. Gallo) sur Mezzo samedi 4 à 20h30…

 

La Walkyrie (Barenboïm / Cassiers, en direct de La Scala, avec S. O’Neill, W. Meier, N. Stemme, E. Gubanova, R. Pape…) sur Mezzo mardi 7 à 17h…]

 

 

 

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Semaine du 4 au 10 décembre :

 

                                                                                                               

 

TELEVISION :

 

 

            ¤¤  Wilhelm Friedemann Bach : cantates : dimanche 5 à 19h15  (ARTE)

                        R. Otto - Dorothee Mields (soprano), Gerhild Romberger (alto), Georg Poplutz (ténor) et Klaus Mertens (basse)

 

 

            ¤¤  Le Rossignol et autres fables de Stravinsky (Aix 2010) : lundi 6 à 23h  (ARTE)

                        K. Ono / R. Lepage – O. Peretyatko ; E. Semenova ; S. Shilova ; E. Montvidas ; I. Bannik

 

 

  

RADIO :

 

 

            ¤¤  C’est du classique, mais c’est pas grave : avec A. Scholl : samedi 4 à 16h04  (France Inter)

 

 

            ¤¤  Otello de Rossini (TCE, 11 nov. 2010) : samedi 4 à 19h30  (FM)

                               Pido’ – J. Osborn ; AC Antonacci; D. Korchak [Détails]

 

 

            ¤¤  Lettres intimes : 2e partie : Dictionnaire du Lied : S comme Sérénade (Brahms et Wolf) : dimanche 5 à 18h  (FM)

 

 

            ¤¤  Concert Zemlinsky / Schoenberg (Pleyel, nov. 2010) : lundi 6 à 9h07  (FM)

                        A. Gilbert – Y. Naef

 

 

            ¤¤  Grands compositeurs : Lorsque les chefs composent : de lundi à vendredi à 14h  (FM)

 

 

            ¤¤  Grandes figures : Matthias Bauer, le discret métier de chef de choeur : de lundi à vendredi à 16h  (FM)

 

 

            ¤¤  Histoire de… : la musique espagnole : de lundi à vendredi (sauf mardi) à 17h45  (FM)

 

 

            ¤¤  Le magazine : avec L. Equilbey et P. Petibon : lundi 6 à 18h  (FM)

 

 

            ¤¤  La Walkyrie de Wagner (La Scala, en direct) : mardi 7 à 17h  (FM)

                        Barenboïm – v. + haut

 

 

            ¤¤  Concert Mahler avec M. Goerne (Bonn, sept. 2010) : mercredi 8 à 9h07  (FM)

                        D. Gatti – Kindertotenlieder + symphonie n° 5

 

 

            ¤¤  La vie classique : avec MN Lemieux : mercredi 8 à 12h  (Radio classique)

 

 

            ¤¤  Passion classique : avec MN Lemieux : mercredi 8 à 18h  (Radio classique)

 

 

            ¤¤  Le magazine : avec notamment A. Bonitatibus : mercredi 8 à 18h  (FM)

 

 

            ¤¤  Le mag critique: critique de spectacles et disques : jeudi 9 à 18h  (FM)

 

 

            ¤¤  Concert Haydn (symphonie n° 44) / Brahms (Un Requiem allemand) (TCE, en direct) : jeudi 9 à 20h  (FM)

                        H. Haenchen – C. Oelze ; TJ Mayer…

 

 

            ¤¤  Concert Saint-Saëns / Fauré / Chausson (Maison de la radio, nov. 2010) : vendredi 10 à 12h35  (FM)

                        Quatuor Voce + solistes – Mag. Léger

 

 

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Published by Caroline - dans Radio & Tv
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29 novembre 2010 1 29 /11 /novembre /2010 18:44

[Et aussi :

 

Lucrèce Borgia (B. de Billy / C. Loy, 2009, avec Gruberova) sur Mezzo mardi 30 à 20h30… ]

 

 

 

__________________________________

 

 

Semaine du 27 novembre au 3 décembre :

 

                                                                                                               

 

TELEVISION :

 

 

            ¤¤  Angels in America d’Eötvös (Châtelet, 2004) : dans la nuit de mercredi à jeudi à 2h40 du matin  (TF1)

 

 

  

RADIO :

 

 

            ¤¤  Monna Vanna et Aleko de Rachmaninov (Lyon, nov. 2010) : samedi 27 à 19h30  (FM)

                               M. Pletnev -

 

 

            ¤¤  La tribune des critiques de disques : Magnificat de Bach : dimanche 28 à 14h  (FM)

 

 

            ¤¤  Cycle « Les musiciens de Brecht », concert Hindemith / Weill / Eisler / Goebbels (Cité de la musique, nov. 2010) : lundi 29 à 12h35  (FM)

                        P. Rundel – D. Manzel

 

 

            ¤¤  Grands compositeurs : Schubert en voyageur : de lundi à vendredi à 14h  (FM)

 

 

            ¤¤  Grandes figures : Philippe Jaroussky : attention coup de foudre ! : de lundi à vendredi à 16h  (FM)

 

 

            ¤¤  Histoire de… : la musique espagnole : de lundi à vendredi à 17h45  (FM)

 

 

            ¤¤  Le magazine : avec Mar. de Saint-Pulgent pour le petit bouquin ‘Découverte’ sur l’Opéra-Comique : lundi 29 à 18h  (FM)

 

 

            ¤¤  La vie classique : avec R. Alagna : mardi 30 à 12h  (Radio classique)

 

 

            ¤¤  Le magazine : AS von Otter : mardi 30 à 18h  (FM)

 

 

            ¤¤  Passion classique : avec R. Alagna : mardi 30 à 18h  (Radio classique)

 

 

            ¤¤  Concert Porpora (Salve Regina) /  Vivaldi (Nisi Dominus) / Pergolèse (Stabat Mater) (Pleyel, en direct) : mardi 30 à 20h  (FM)

                        H. Bicket – Antonacci et Mingardo.

 

 

            ¤¤  La vie classique : avec AS von Otter : mercredi 1er à 12h  (Radio classique)

 

 

            ¤¤  Passion classique : avec AS von Otter : mercredi 1er à 18h  (Radio classique)

 

 

            ¤¤  Le mag critique: critique de spectacles et disques : jeudi 2 à 18h  (FM)

 

 

            ¤¤  Grandes journées Campra : Cantates italiennes (Versailles, oct. 2010) : vendredi 3 à 9h07  (FM)

                        O. Gaillard – Programme Leclair, Stück, Barrière, Pignolet de Montéclair – M. de Liso

 

 

            ¤¤  Le matin des musiciens : Mélodies de Duparc par N. Gubisch : vendredi 3 à 11h  (FM)

 

 

            ¤¤  Les vendredis de la musique : Janacek, une musique de vérité : vendredi 3 à 15h  (France culture)

 

 

            ¤¤  Concert Webern / Berg / Zemlinsky (Pleyel, en direct) : vendredi 3 à 20h  (FM)

                        D. Harding – A. Denoke ; P. Mattei

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25 novembre 2010 4 25 /11 /novembre /2010 23:15

Otello

Gioachino Rossini

(1816)

Livret de Francesco Maria Berio di Salsi, d'après Shakespeare

 

 

John Osborn : Otello

Anna Caterina Antonacci : Desdemona

Marco Vinco : Elmiro

Dmitry Korchak : Rodrigo

Jose Manuel Zapata : Iago

José Maria Lo Monaco : Emilia

Tansel Akzeybek : Le doge de Venise, le gondolier

Fabrice Constans : Lucio

 

Chœurs et orchestre de l’Opéra de Lyon

Direction : Evelino Pido

 

Paris

Théâtre des Champs-Elysées

11 novembre 2010

 

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Source photo

 

 

On aime souvent à répéter que l’Otello de Rossini est aujourd’hui éclipsé par le chef d’œuvre réputé supérieur de Verdi, mais en plus de comparer des choux et des carottes, on oublie que Verdi lui-même lors de la composition de son opéra était confronté au souvenir glorieux du chef-d’œuvre de Rossini. Bref plutôt que de mettre l’un dans l’ombre de l’autre, il me semble plus intéressant de voir ce qui fait de cet Otello là une œuvre rossinienne à part, et pourquoi l’équipe musicale de ce soir a si bien rendu cette originalité.

 

Le trait essentiel de cette œuvre me semblent être son affadissement dramatique par rapport au drame de Shakespeare, affadissement que vient pallier une tension musicale constante. Affadissement car Iago n’est ici plus qu’un rôle secondaire : le drame se noue sans lui au premier acte car Otello découvre que Rodrigo aime aussi Desdemona et que ce dernier le clame bien haut, la rivalité est donc aussi réelle que commune à l’opéra. Iago n’intervient vraiment qu’à l’acte II en donnant les preuves fallacieuses de la trahison de Desdemona, il ne fait donc qu’échauffer encore un peu plus le maure. Le livret a beau être très bien construit (malgrè un acte d’exposition un peu trop long, et une présence de Desdemona concentrée sur la fin du II et le III), il n’en est donc pas moins très commun, la réutilisation de la musique d’œuvre antérieure par Rossini ne dit d’ailleurs pas autre chose (Desdemona attendant de connaitre l’issue du duelle à la fin du II ressemble furieusement à Aménaïde dans Trancredi), et le racisme envers le personnage principal disparait quasiment, la haine des autres personnages semblant venir de raisons toutes personnelles à chaque fois, lesquelles disparaissent en un clin d’œil après la révélation de la traîtrise de Iago.

Pour soutenir l’attention, en bon dernier génie du bel canto, Rossini fait donc appel à la musique (ce qu’avait aussi bien compris que mal transcrit Luis Pasqual dans sa Donna del Lago à Garnier la saison passée) : le format retenu est un tout ténor avec une soprano au milieu, une basse et une mezzo autour. Ces orgies de ténor pour une seule femme rappellent ce qu’il faisait (avec moins de génie) dans Armida par exemple. Et comme dans presque tous ses opéras, on trouve un baryténor (Otello) et un ténor aigu (Rodrigo) qui rivalisent. Toute la tension vient donc de la montée en puissance de cette rivalité, les deux coqs s’énervant à coup de contre-notes et de vocalises dans des duels vocaux redoutables qui rappellent ceux des castrats et de l’instrument dans les airs concertants du 18ème siècle. Entre ces concours de décibels à contorsions, notre héroïne semble constamment sur le point de chavirer, écrit pour la Colbran le rôle de Desdemona est d’ailleurs étonnamment peu vocalisant, comme si elle laissait cela aux hommes pour intérioriser davantage sa souffrance, ce qui la rendra plus ou moins folle (ben oui, l’air du Saule annonce la folie de Lucia, vous ne saviez pas ?). En effet à part pour la grande scène de l’acte II, son air d’entrée et le célèbre air du saule sont des miracles de ferveur et de délicatesse, assez loin des démonstrations vocales que Rossini écrivait d’ordinaire pour l’extraordinaire voix de sa femme. Ce mélange de tics rossiniens usuels et d’originalité formelle équilibre remarquablement la structure finale, à tel point que mon copain qui m’accompagnait ce soir là m’a confié avoir préféré musicalement cet Otello à L’Italienne à Alger de début de saison, œuvre pourtant réputée bien plus accessible que celles du Rossini serio.

 

Et la difficulté pour nos musiciens était colossale : réussir à rendre pleinement justice à une œuvre réputée inchantable mais dont tous les passionnés de Rossini connaissent non pas tant les versions officiellement parues au disque que des pirates électrisants réunissant Chris Merritt, Rockwell Blake, Lella Cuberli ou June Anderson, et même une fois Richard Croft en luxueux Iago. Bref parmi les plus grandes gloires de la Rossini Renaissance ; la difficulté a été surpassée haut la main.

 

On ne s’éternisera pas les petits rôles de ténors qui passent et puis s’en vont, Tansel Akzeybek et Fabrice Constans sont très bien mais ne peuvent rien prouver en si peu de temps. L’Elmiro de Marco Vinco est sobre et puissant, tout ce qu’il n’était pas en Mustafa il y a deux mois, et qui convient parfaitement à ce rôle de père tyrannique. José Maria Lo Monaco est bien plus à sa place en mezzo du 19ème qu’en contralto castratisante du 18ème, la voix est bien projetée et son timbre sombre s’épanouit beaucoup mieux ici, à tel point que le petit personnage d’Emilia gagne un relief inconnu.

 

Dans la triade de ténors, José Manuel Zapata déçoit un peu : j’étais resté ébloui par sa prestation dans La Pietra del Paragone au Châtelet, je le retrouve ici avec une voix moins maitrisée et plus encline au gargouillis dans le grave. Cependant l’ambitus reste impressionnant, la vocalisation audacieuse et il introduit ce qu’il faut d’intonations vipérines ou d’œillades en coin pour camper ce méchant libidineux frustré.

 

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Source photo


Mieux chantant mais moins bien calibré, John Osborn souffre du même symptôme que Colin Lee quelques mois plus tôt dans La Donna del Lago, si tous les deux alternaient superbement en Leopold de La Juive, ils ne sont ni l’un ni l’autre des baryténors mais bien des ténors aigus. Conséquemment l’air d’entrée, en plus de le saisir à froid, le montre incapable de vocaliser autrement qu’en sourdine dans le grave, sabotant l’air qui repose entièrement sur un effet montagnes russes dans la tessiture. On remarque toutefois d’emblée que le tout est fait dans un contrôle total et en pleine conscience de ses moyens réels, il ne grossit jamais le trait pour masquer ses lacunes et tient toujours la barre pour se révéler dans le haut de la tessiture avec panache. Les airs suivants exposent moins son grave mais le duo avec Rodrigo souffre d’une trop grande synonymie vocale : c’est écrit de la même façon pour les deux ténors qui doivent rivaliser, mais toute la portée musicale de l’air n’est pleinement révélée que si l’on a un ténor grave et un ténor aigu pour se faire écho et non miroir. Reste que le jeu du chanteur est parfaitement contrôlé, c’est puissant sans être grossier, et il ne tombe jamais dans l’histrionisme pour la scène du meurtre et du suicide.


 

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 Source photo
 


Parfaitement distribué et parfaitement chantant, Dimitry Korchak s’est révélé stupéfiant, alors même que j’avais trouvé son Demofoonte calamiteux : ici la voix est claire, saine, la langue limpide, le jeu viril, la vocalisation risquée et réussie, bref un idéal. Certes ce n’est pas aussi aisé qu’un Florez, mais il a tout de même l’air moins absent intellectuellement.

 

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Je l’attendais angoissé. Elle était idéale dans Rossini au début de sa carrière avec le même chef (Ermione, Elcida dans Mose, Elisabetta) mais elle déclarait elle-même ne plus vouloir chanter Rossini et avait annulé une Elisabetta à Pleyel il y a peu. Mais ce soir elle était là ! Anna-Caterina Antonacci chantait Desdemona. Dans son air d’entrée, on la sent hésitante, se demandant si elle est toujours à sa place dans ce répertoire, d’autant que l’air très intériorisé est moins payant que les duos et airs de ténors qui le précèdent, mais on trouve tout de même cela très prometteur, elle tire même son épingle du jeu dans le final cataclysmique avec des aigus des grands jours. L’acte II révèle qu’elle est toujours aussi brillante qu’indispensable dans ce répertoire : dramatiquement et vocalement, elle s’inscrit dans la lignée de ce que faisaient la Callas puis Lella Cuberli, un chant qui lie chaque note, chahuté et dramatique au point de frôler les accidents, un Rossini de tragédienne. A l’opposé on trouve le Rossini de cantatrice, école de chant initiée par Marilyn Horne où le chant repose avant tout sur la perfection de la vocalise "stacattée", ce qui peut verser dans le mécanique si l’on néglige le jeu, cette école est tout aussi valable mais elle compte pour la défendre déjà de nombreuses chanteuses extraordinaires (aujourd’hui Joyce Didonato, Vivica Genaux ou Cecilia Bartoli par exemple). Antonacci est donc l’une des rares à chanter encore Rossini comme cela : certes les vocalises sont parfois un peu savonnées et certains coups de glotte genceriens se font entendre, mais il me semble que c’est la meilleure façon de chanter et de donner tout son relief dramatique à ce rôle. Ce que prouve amplement l’air du Saule et la scène du meutre, elle se révèle aussi habitée qu’émouvante, flirtant avec la folie mais mourant avec dignité. Aux saluts, elle semble étonnée d’être aussi chaleureusement applaudie, comme si elle ne s’attendait pas à être toujours aussi appréciée dans ce répertoire, sincèrement émue, elle semblait rassurée de toujours y plaire, j’espère que cela l’incitera à reprendre Ermione par exemple (encore faudrait-il qu’un directeur d’opéra compétent le lui propose !).



 

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Source photo  

 

Au chœur de l’Opéra de Lyon, je n’ai que des compliments à adresser : parfaitement en place, sonore sans être gueulard, bien contrôlé. Tout comme l’orchestre du même opéra, qui contrairement à certains ensembles parisiens joue cette musique avec tout le soin qu’elle exige pour ne pas tomber dans le pompiérisme qu’on lui reproche souvent. Il faut dire qu’Evelino Pido est un chef dans ce répertoire : on l’avait déjà compris lors de sa Semiramide au Théâtre des Champs-Elysées, il le confirme encore une fois ici. Il suffit d’écouter le soin qu’il apporte à la marche qui annonce l’entrée d’Otello : chaque pupitre sort à son tour du lot pour faire écho au précédent, c’est superbe. Les ensembles dramatiques sont parfaitement tempérés pour ne jamais couvrir les chanteurs, mais surgissent dès que ceux-ci se taisent de sorte que l’écrin ne noit jamais le diamant. Et il faut l’entendre ménager des fins de phrases musicales avec des inflexions aussi fines que parlantes ! Bref du grand ââââârrrrt comme on dit dans le monde.

 

Un Otello galvanisant donc, ce que le disque n’a jamais su vraiment nous offrir, et qui plaide encore un peu plus pour que cette œuvre soit jouée sur scène !

 

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24 novembre 2010 3 24 /11 /novembre /2010 22:30

Orlando

Georg Friedrich Handel

(1733)

Théâtre des Champs-Elysées

3 novembre 2010


Orlando Sonia Prina

Angelica Henriette Bonde-Hansen

Dorinda Lucy Crowe

Medoro Stephen Wallace

Zoroastro Nathan Berg

 

Le Concert d’Astrée

Emmanuelle Haïm

Mise-en-scène David McVicar

Décors et costumes Jenny Tiramani

Chorégraphie Andrew George

Lumières Davy Cunningham

 

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© Frédéric Lovino

 

Orlando est un opéra que j’ai mis du temps à apprécier, mes oreilles étaient préférées par la carte du tendre d’Alcina où le drame parfaitement construit d’Ariodante; je négligeais les charmes d’Orlando que la version de William Christie au disque ne m’avait pas révélés. Orlando fait partie pour moi de ces nombreux opéras de Handel qui peuvent être totalement ratés sans une direction d’orchestre capable d’en souligner la variété et la richesse, et, qui plus est, sans une direction d’acteurs (même au disque !) capable d’en porter les nombreux récitatifs. La révélation orchestrale m’était étrangement venue de la retransmission du concert dirigé par Jean-Claude Malgoire dans ce même théâtre la saison passée (comme quoi, rien n’est plus à craindre qu’un jugement définitif sur un artiste), mais la révélation dramatique, je l’attendais toujours, il aura fallu attendre la scène et ce soir pour me l’apporter.

 

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© Frédéric Lovino

 

David McVicar bien connu en ces lieux (Semele, Agrippina, L’Incoronazione di Poppea) et dont je ne comprends toujours pas l’absence au répertoire de l’Opéra national de Paris, ne choisit pas la solution de facilité. Les avantages de la co-production (Lille, Paris et Dijon) lui permettent un luxe de moyens dans les décors et costumes qu’il n’a jamais eu sur cette scène, et pourtant il ne choisit pas d’illustrer la multitude de décors champêtres de l’œuvre, il les évacue même totalement. Toute l’action se passe dans les différentes pièces d’un palais du 18ème que l’on devine être celui de Zoroastro qui n’est plus magicien mais savant, on le voit lors de la scène inaugurale disséquer un cadavre dans son cabinet de curiosité comme il prétend disséquer les âmes pour y constater les ravages de l’amour. Il lui reste pourtant une part de magie à ce savant, il organise la vision de l’amour libertin pour Orlando dans la voute étoilée et a pour domestiques des sortes de poupées de son masculines lourdement animées. On comprend donc vite que tout ce drame ne sera finalement qu’une expérience de Zoroastre pour sonder l’âme humaine ,avec pour cobaye le cœur d’Orlando. En conséquence Dorinda n’est plus une bergère, ses premières paroles sont détournées pour expliquer sa nouvelle condition de soubrette au palais et c’est pendant qu’elle étend le linge que surgit Orlando pour sauver une Isabella bâillonnée poursuivie par des brigands, Isabelle qui ne cessera d’ailleurs de le poursuivre de façon aussi désespérée que comique. Quand le public découvre Angelica et Medoro c’est dans une riche chambre du palais, et l’on ne se réfugie chez la soubrette qu’en cas de grand danger. La fin de l’acte I est aussi très bien transposée : Angelica et Medoro avouent leur amour à Dorinda dévastée avec une mépris non dissimulé (ils trinquent !) pour la soubrette qui a osé se croire aimée d’un des prestigieux hôtes de la maison qu’elle sert, soubrette que les autres domestiques renvoient violemment à sa masure. On peut toutefois regretter que ce personnage de bergère soit réduit à celui plus habituel de soubrette, d’autant que l’œuvre dans son ensemble n’y gagne pas grand chose. C’est finalement là que blesse le bas de cette mise-en-scène, la transposition de l’action dans le huis-clos du palais permet à McVicar de ménager des instants bouleversants grâce à une direction d’acteurs poussée à la perfection, mais pas de convaincre sur l’ensemble de sa vision. Car si la fin boucle avec l’ouverture lorsqu’Orlando est guéri de sa folie sur la table de médecine élevée au clair de lune, l’acte II est plus confus. Pour réintroduire la forêt indispensable à la gravure de l’amour d’Angelica et Medoro sur un tronc d’arbre, McVicar place l’action dans le théâtre du palais dont la scène est habitée par trois arbres en carton-pâte. C’est sur cette scène que Medoro va alors graver son amour et qu’Angelica chante « Verdi piantie» ; c’est cette même scène qu’Orlando va incendier dans sa folie suscitant des visions infernales qui ne sont autre que les domestiques à tête d’animaux monstrueux ; au dernier acte, Zoroastre ne nous transporte pas dans la grotte mais nous montre l’envers du décor calciné, et c’est là qu’Orlando, en ouvrant une trappe, noiera Angelica. Medoro lui aura auparavant été enseveli dans la masure de Dorinda où celle-ci l’enferme lors de leur dernière entrevue. Bref beaucoup de transpositions parfois peu lisibles et difficiles (l’intérêt de la mise en abyme ?) qui ne dérangent jamais tant elles sont bien orchestrées mais qui n’apportent pas davantage de sens.

 

http://www.lejsl.com/fr/images/get.aspx?iMedia=25299767

Photo: LPB-JSL

 

Et pourtant ces 3 heures de spectacles passent à une vitesse folle. C’est non seulement grâce aux musiciens mais surtout grâce à McVicar qui ,malgré une vision d’ensemble un peu bancale, révèle toute la puissance dramatique de chaque instant avec une pertinence rarement atteinte dans ce répertoire. Jamais un instant des longs airs de l’œuvre n’est laissé à l’abandon, tous les mouvements des personnages sont orchestrés en accord avec la musique jusqu’à être parfois dansés ("Fammi combattere", "Amor e qual vento", "Sorge infausta"). David McVicar a parfaitement compris la cruauté de la retenue civilisée du 18ème siècle, dans les arts de la scène je pense toujours à Greenaway pour la luxuriance visuelle qui ramène ces espaces civilisés et excessivement travaillés à la sauvagerie de l’état de nature, comme si l’homme redevenait d’autant plus animal qu’il a voulu s’extraire de cette condition humiliante. C’est tout à fait ce qu’est Orlando, le noble guerrier qui devient la bête infâme lorsqu’il se laisse guider par le désir ; et tout ce que n’est pas Dorinda, la bergère qui n’a pas honte de sa condition et se révèle finalement le personnage le plus touchant et sage de l’œuvre. Entre les deux extrêmes on trouve Angelica et Medoro qui mentent comme ils respirent et se trouvent finalement être aussi détestables qu’impuissants. Or le talent de McVicar ne s’arrête pas à cette réflexion profonde sur une époque, mais se transcrit sur la scène avec davantage de talent et de finesse que bien des « hommes de théâtre » autoproclamés du Regietheater, en guidant théâtralement les chanteurs autant que le chef musicalement, il transfigure Henriette Bonde Hansen que l’on connaissait plutôt effacée, il canalise l’énergie débordante de Sonia Prina et révèle Lucy Crowe que l’on avait déjà entendu assez scolaire et qui ici brûle les planches. Il s’en suit que l’on ne s’ennuie pas un seul instant, tous les airs et récitatifs sont soutenus par une invention théâtrale qui éclaire et complète la musique en ne se limitant pas à l’illustration plate des didascalies entre les airs. A titre d’exemple, on retrouve la figure de l’amour de sa Semele. Mais c’est ici l’amour libertin introduit dans la vision de Zoroastre, amour faussement aveugle qui distribue un cœur en pendentifs à Dorinda et assiste à la partie d’échecs du II, amour qui est surtout désir, que Dorinda expulse du palais pendant « Amor e qual vento » et c’est sur son cadavre dénudé et pétrifié amené sur la table d’opération de Zoroastre que se clôt le lieto fine. Ce spectacle est donc plus un succès de chaque instant qu’un succès d’ensemble, je me suis souvent senti pris à la gorge par tant d’évidence, c’est le triomphe de l’affect sur l’intellect.

 

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Chaque chanteur, je l’ai dis, bénéficie de cette direction d’acteurs modèle qui leur permet de se sentir en confiance au point de se révéler méconnaissables. Le Zoroastre de Nathan Berg est irrégulier : si le récitatif est impérieux, la voix de rocaille de cette basse qui m’avait tant séduit dans Hercule semble s’effriter dans les airs au point de malmener la vocalise et d’étrangler certains graves. Fort heureusement, cela colle parfaitement à la conception de McVicar d’un vieux savant moralisateur et imbu de son omniscience.

Le Medoro de Stephen Wallace est ici bien plus audible et appréciable qu’en Athamas, ses airs assez lents et veules lui permettant de jouer de l’androgynie de son timbre, cela manque certes de naturel et l’on aurait préféré un vrai contralto, mais encore une fois la direction d’acteurs fait vite oublier les limites du chanteur.

Henriette Bonde-Hansen n’a pas vraiment le soprano grave que l’on attend dans Angelica, mais si la voix est trop haut placée, elle l’est parfaitement, et son aisance à raffiner la moindre des vocalises en accord avec l’affect de l’air suspend le spectateur à ses lèvres, elle ne prend jamais de risque et son interprétation peut sembler monotone, mais c’est d’une tenue et d’une classe qui peignent parfaitement l’aristocrate trompeuse voulue par le metteur-en-scène.

Sonia Prina est toujours tout feu tout flamme et habite le plateau avec une verve enthousiasmante, mais hélas ce rôle expose trop ses limites : si toute la seconde partie de l’œuvre lui permet de faire valoir ses talents de récitativiste et de toucher l’auditoire lors de son air du sommeil, les 3 premiers airs la trouvent avare de couleurs, la vocalise est fluide mais trop superficielle cognant constamment aux limites de la tessiture, ainsi le "Non fu gia" répond mal à la richesse harmonique de l’orchestre, le "Fammi combattere" est insuffisamment frondeur vocalement et le "Cielo se tu consenti" pas assez acéré, c’est très emporté mais manque de relief vocal.

 

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J’avais déjà entendu Lucy Crowe dirigée par Minkowski et par Christie, je l’avais toujours trouvé très honnête mais à la voix encore trop verte et au chant scolaire, je ne sais qui ,de la chef ou du metteur en scène, l’a ici piquée, mais elle est méconnaissable. Ces deux derniers se sont entendu, je pense, pour rendre au rôle sa dimension populaire (le rôle a été créé par Celeste Resse-Gimondi, chanteuse venue de l’opéra buffa napolitain) : ce n’est pas une bergère ou une soubrette en dentelle, elle ne cache rien, ni son trouble ("Un certo rossor"chanté avec malaise et naïveté ) ni son malheur (« Consolati o bella » et "Se mi rivolgo al prato" où elle n’est pas avare de pleurs) et encore moins ses résolutions (« Amor e qual vento » où elle danse avec son balai et affronte le canto di sbalzo avec un aplomb phénoménal), bref ce personnage manque totalement de pudeur mais jamais de sincérité, il se détache ainsi parfaitement d’Angelica malgré sa tessiture proche, et Crowe ne cache pas ici son aigu terreux ni ses graves gouailleurs, encore une fois on sent que le metteur-en-scène autant que le chef président au chant. Le rôle retrouve instantanément son originalité et sa place dans le drame et ce, malgré la transposition. Mais cette réussite est d’abord le fait de la chanteuse qui s’interdit toujours de faire tomber son rôle dans les chouinements et la vulgarité.

 

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Je n’avais jamais entendu le Concert d’Astrée et Emmanuelle Haïm aussi à propos dans Handel : après leur catastrophique Resurrezzione en ces mêmes lieux, je me réjouis donc de les trouver si justes, ne négligeant jamais la basse continue ou les vents et trouvant toujours le tempo parfait, dansant et dramatique (notamment dans le trio final du I qui, pris un peu plus vite que la version Christie au disque, et avec une Dorinda extravertie retrouve toute sa tension dramatique et sa beauté, loin du narcissisme musical chichiteux dans lequel on le fait souvent verser). A n'en pas douter, cette oeuvre tenait à coeur à Emmanuelle Haïm qui a du longuement en murir l'intérprétation depuis plus de 10 ans, quand elle tenait le continuo sous la direction de William Christie.

 

 

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23 novembre 2010 2 23 /11 /novembre /2010 22:00

Oui bon, je sais, ça fait longtemps, donc on reprend...

 

Der fliegende Holländer
Richard Wagner
(1843)
Opéra Bastille, 9 septembre 2010

Willy Decker Mise en scène
Wolfgang Gussmann Décors et costumes
Hans Toelstede Lumières
 

Matti Salminen Daland
Adrianne Pieczonka Senta
Klaus Florian Vogt Erik
Marie-Ange Todorovitch Mary
Bernard Richter Der Steuermann
James Morris Der Holländer

Patrick Marie Aubert Chef du Chœur
Peter Schneider
Direction Musicale
Orchestre et Choeur de l’Opéra national de Paris

http://spectacles.premiere.fr/var/premiere/storage/images/theatre/news-photos/photos-embarquez-pour-le-vaisseau-fantome-a-l-opera-bastille/adrianne-pieczonka-senta/35398009-1-fre-FR/Adrianne-Pieczonka-Senta_reference.jpgPhoto: Frédérique Toulet

Pour ne rien faire comme tout le monde, je n’ai pas commencé mon initiation wagnérienne par Le Vaisseau fantôme, réputé être la meilleure introduction au génie de son auteur. J’arrivais donc à ce spectacle en connaissant déjà des œuvres proches (Die Feen, Tannhäuser) ou plus lointaine (Tristan, Parsifal), lesquelles m’ont semblé plus abouties car moins hésitantes. Il y a dans ce Vaisseau fantôme une première tentative de fusion musicale du drame en un seul flux mais qui reste émaillé des souvenirs pas toujours parfaitement intégrés du grand opéra français et allemand, alors que l’héritage était pleinement assumé dans Die Feen. C’est surtout l’acte I qui souffre de ces hésitations : après un prélude galvanisant mais encore un peu long, qui n’atteint pas la parfaite et juste économie de l’ouverture de Tannhäuser, l’action met très longtemps à démarrer puisqu’il faut attendre l’entrée en scène de Senta pour impliquer le spectateur dans le drame. L’action devient alors bien plus fluide et précipitée vers la chute : on peut prétendre que le livret fait enfler le drame comme la musique reproduit le roulement des vagues qui viennent se briser sur le vaisseau, mais il faudrait pour cela que l’acte I soit plus angoissant, plus évidemment gros du drame qui se noue. Il faut dire ici que la mise-en-scène n’y aidait pas.

 

http://spectacles.premiere.fr/var/premiere/storage/images/theatre/news-photos/photos-embarquez-pour-le-vaisseau-fantome-a-l-opera-bastille/james-morris-der-hollaender/35398045-1-fre-FR/James-Morris-der-Hollaender_reference.jpg

Photo: Frédérique Toulet

 

J’aime beaucoup le travail de Willy Decker qui a le mérite de faire des mises-en-scène toujours très lisibles et justes d’esprit, mais ici c’est n’est pas tant l’idée initiale qui gêne que sa mise en œuvre.
Le principe est simple : évacuer tout le fantastique, tout ce folklore extraordinaire n’est qu’une construction imaginaire faite par une jeune fille qui, à force de trop respirer les embruns, a un peu de sel dans le cerveau. L’astuce pour ancrer la folie de Senta est un des thèmes récurrents de l’œuvre de Decker (voir sa Dame de Pique ou sa Ville Morte) : la peinture. Dans le livret Senta est fascinée par le portrait du hollandais avant même de l’avoir rencontré : utilisant cette ressource, Decker rend cette idolâtrie responsable de la folie de Senta et la fairt résonner sur scène. A l’entrée de Senta, les femmes tissent une immense toile blanche tandis que Senta tient fermement sa toile peinte avant d’entamer sa ballade. Le décor unique représente l’angle de la maison démesurément agrandie de Daland, le père de Senta : d’un coté une porte immense ouvrant sur les flots, de l’autre un renfoncement sur lequel est accroché un grand tableau d’un vaisseau sur ces mêmes flots. C’est ce tableau qui s’animera pendant la scène de l’acte II où les marins et leurs donzelles veulent réveiller le vaisseau fantôme ; c’est par cette porte qu’entre le hollandais et qu’il disparait à la fin, tandis que Senta se suicide et meurt en tendant les bras vers le portrait du hollandais, portrait qui sera récupéré par une de ses copines qui devient fascinée à son tour quand tombe le rideau final.
Mais Erik là dedans me direz-vous ? Eh ben, Erik, le fiancé, assiste impuissant au délire psychotique de Senta, délire qu’il a compris en rêve. Ainsi pendant la scène du réveil du vaisseau, Erik est-il battu par les marins et se recroqueville dans un coin assistant impuissant au délire de Senta.

 

http://spectacles.premiere.fr/var/premiere/storage/images/theatre/news-photos/photos-embarquez-pour-le-vaisseau-fantome-a-l-opera-bastille/le-vaisseau-fantome6/35397973-1-fre-FR/Le-Vaisseau-fantome_reference.jpg

Photo: Frédérique Toulet


Tout ceci est très pensé et loin d’être idiot : transformer le fantastique en fantasme permet d’épaissir psychologiquement le personnage de Senta (qui s’extrait de l’ennui et de l’ordinaire de sa situation en créant un monde imaginaire) et de le rendre plus tragique (elle est prédestinée à mourir, puisque dans ce monde imaginaire et excessif, la fidélité ne se prouve que dans la mort, mort qui est la seule façon de sortir définitivement du monde réel dans lequel son cadavre reste pourtant, sur la scène). De plus cette idée est loin d’être superficielle, elle file parfaitement le thème romantique du paysage mental qui voit la nature et le drame refléter les états d’âme du personnage.

Mais en psychologisant on rationnalise et l’opéra y perd en puissance, surtout à l’acte I : on ne comprend pas en l’absence du personnage de Senta qu’il s’agit là de son imaginaire, sa présence voilée pendant l’ouverture étant bien insuffisante. Il ne reste donc sur scène qu’un marché un peu glauque entre deux marins, dont l’un a l’air plus siphonné que l’autre. Même remarque pour le réveil du vaisseau où femmes et hommes sont contraints de se tourner les uns vers les autres quand ils invectivent le bateau censé se trouver derrière la porte qui ouvre sur les flots.

Bref cette mise-en-scène ne manque pas d’idée mais leur réalisation sacrifie la puissance à l’intellectualisme et ne permet pas de pallier les faiblesses dramatiques du livret, lesquelles n’apparaissent que mieux quand elles perdent la fascination liée au fantastique.

 

http://www.qobuz.com/blogs/andretubeuf/files/2010/10/Le-Vaisseau-fantome_diaporama-2.jpg

Photo: E.Mahoudeau

 

Coté musical, l’adéquation à la vision du metteur en scène est un peu trop parfaite : James Morris est encore très vaillant mais n’a plus le feu vocal qui rendrait son personnage inquiétant et fascinant ; il est même moins impressionnant que le Daland de Matti Salminen à la voix plus saine et à l’allemand plus clair et marquant, qui distingue heureusement son personnage en surjouant la bonhommie et la simplicité. Rien à redire sur l’impeccable Mary de Marie-Ange Todorovitch, ni sur le pilote de Bernard Richter au timbre clair toujours aussi séduisant. En écoutant l’Erik de Klaus-Florian Vogt on se dit aussi que le timbre est splendide, la projection aisée, l’allemand parfait, un vrai modèle de beau chant, mais hélas pas d’acteur : sans avoir l’air d’un simplet, il joue de façon assez monotone l’amoureux transit, on ne sent que mieux le fossé qui le sépare de la torturée Senta, mais on ne comprend pas l’émoi fatal de cette dernière pour son fiancée ; et cette vision éthéré contredit parfaitement sa communion onirique avec le malaise de Senta. Senta finalement, celle d’Adrienne Pieczonka à la voix radieuse et vaillante, et à l’implication scénique entière. Suivant la vision du metteur-en-scène, Senta n’est pas abandonnée, elle suit de façon parfaitement logique et implacable le cours de sa folie, elle ne s’abandonne à rien d’autre que cette folie qu’elle s’est constituée elle-même. Alliée à une maitrise vocale aussi tranchée que celle d’Adrienne Pieczonka, cela donne un personnage trop maitre de lui-même, trop planté, trop assertif, qui n’est en rien balloté par les flots de sa pensée : l’onirisme se transforme en folie clinique aussi froide que le décor.

 

http://spectacles.premiere.fr/var/premiere/storage/images/theatre/news-photos/photos-embarquez-pour-le-vaisseau-fantome-a-l-opera-bastille/le-vaisseau-fantome3/35397919-1-fre-FR/Le-Vaisseau-fantome_reference.jpg

Photo: E.Mahoudeau


Rien de très original à dire sur l’Orchestre et le Chœur de l’Opéra de Paris, très bien dirigés par Peter Schneider, mais que l’on aurait aimé plus excessifs pour contre-balancer l’excès de rationnel du plateau. C’est finalement là le problème de ce spectacle : à trop vouloir disséquer le fantastique pour y trouver du psychologique, on se prive d’une puissance numineuse que la musique est censée réinventer.

 


http://spectacles.premiere.fr/var/premiere/storage/images/theatre/news-photos/photos-embarquez-pour-le-vaisseau-fantome-a-l-opera-bastille/le-vaisseau-fantome11/35397964-1-fre-FR/Le-Vaisseau-fantome_reference.jpgPhoto: E.Mahoudeau

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19 novembre 2010 5 19 /11 /novembre /2010 19:52

[Et aussi :

 

« Le Concert spirituel au temps de Louis XV » (Savall, 2010) sur Mezzo vendredi 26 à 20h30… ]

 

 

 

__________________________________

 

 

Semaine du 20 au 26 novembre :

 

                                                                                                               

 

TELEVISION :

 

 

            …

 

 

  

RADIO :

 

 

            ¤¤  Grandeur et décadence de la ville de Mahagonny de Weill (Madrid, oct. 2010) : samedi 20 à 19h30  (FM)

                        Heras-Casado – J. Henschel ; W. White…

                               [ou alors l’ Otello de Rossini du 11 nov. dernier au TCE]

 

 

            ¤¤  Leur premier CD : Topi Lehtipuu : dimanche 21 à 7h06  (FM)

                        [voir ce qu’en a dit Clément]

 

 

            ¤¤  Le jardin des dieux : Le roi David (fin) : dimanche 21 à 8h10  (FM)

 

 

            ¤¤  Cantabile : Les noces de Figaro ; avec H. Camerlo : dimanche 21 à 12h30  (Fréquence protestante)

 

 

            ¤¤  Lettres intimes : 2e partie : Dictionnaire du Lied : S comme Soldat : dimanche 21 à 18h  (FM)

 

 

            ¤¤  Grands compositeurs : Hindemith en peintre : de lundi à vendredi à 14h  (FM)

 

 

            ¤¤  Grandes figures : Charles Munch, le chef alsacien au cœur fidèle : de lundi à vendredi à 16h  (FM)

 

 

            ¤¤  Histoire de… : la musique espagnole : de lundi à vendredi à 17h45  (FM)

 

 

            ¤¤  Le magazine : avec O. Py : lundi 22 à 18h  (FM)

 

 

            ¤¤  Le matin des musiciens : Les voyages d’Hector Berlioz en Allemagne : mardi 23 à 11h  (FM)

 

 

            ¤¤  Récital de Mark Padmore (Schwarzenberg, juin 2010): mardi 23 à 12h35  (FM)

                        T. Fellner, piano – Winterreise de Schubert

 

 

            ¤¤  La vie classique : avec JC Spinosi : mercredi 24 à 12h  (Radio classique)

 

 

            ¤¤  Concert Bach (Edimbourg, sept. 2009) : mercredi 24 à 12h35  (FM)

                        Ricercar Consort

 

 

            ¤¤  Le magazine : avec A. Mellon et D. Visse : mercredi 24 à 18h  (FM)

 

 

            ¤¤  Passion classique : avec JC Spinosi : mercredi 24 à 18h  (Radio classique)

 

 

            ¤¤  Concert Haydn / Mozart (Pleyel, en direct) : mercredi 24 à 20h  (Radio classique)

                        Spinosi – M. Solberg ; R. Pokupic ; M. Schmitt ; N. Di Pierro

 

 

            ¤¤  Le mag critique: critique de spectacles et disques : jeudi 25 à 18h  (FM)

 

 

            ¤¤  Récital de Magdalena Kozena (Schwarzenberg, juin 2010) : vendredi 26 à 9h07  (FM)

                        M. Martineau, piano – Programme Dvorak, Ravel, Moussorgski

 

 

            ¤¤  Concert Obrecht / Ockeghem / Des Prés (Londres, juil. 2008) : vendredi 26 à 12h35  (FM)

                        P. Phillips – Tallis Scholars

 

 

            ¤¤  Concert de musique sacrée (Strasbourg, en direct) : vendredi 26 à 20h  (FM)

                        C. Bolzinger -

 

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10 novembre 2010 3 10 /11 /novembre /2010 19:07

[Et aussi :

 

La somnambule de Bellini (ONP, fév. 2010) avec Dessay sur Mezzo samedi 13 à 20h30… ]

 

 

 

__________________________________

 

 

Semaine du 13 au 19 novembre :

 

                                                                                                               

 

TELEVISION :

 

 

            ¤¤  Patrice Chéreau, le corps au travail (docu, 2010) : lundi 15 à 22h30  (ARTE)

 

 

  

RADIO :

 

!!! La programmation de certains concerts avait été modifiée sur le site de FM, alors que la presse et d’autres sources les annoncent toujours aux dates initialement prévues. Qu’en sera-t-il finalement ?!!!...

 

 

            ¤¤  Orlando de Haendel (TCE, nov. 2010) : samedi 13 à 19h30  (FM)

                        Haïm – S. Prina ; H. Bonde-Hansen ; L. Crowe ; S. Wallace ; N. Berg

 

 

            ¤¤  Le jardin des dieux : Le roi David (2) : dimanche 14 à 8h10  (FM)

 

 

            ¤¤  Grands compositeurs : Roland de Lassus : de lundi à vendredi à 14h  (FM)

 

 

            ¤¤  Grandes figures : Jessye Norman, le jazz et la diva : de lundi à vendredi à 16h  (FM)

 

 

            ¤¤  Histoire de… : la musique espagnole : de lundi à vendredi à 17h45  (FM)

 

 

            ¤¤  Le magazine : avec M. Minkowski et L. Pelly : lundi 15 à 18h  (FM)

 

 

            ¤¤  Le matin des musiciens : Réception française des Lieder de Schubert : mardi 16 à 11h  (FM)

 

 

            ¤¤  Concert Mozart / Haydn (Pleyel, oct. 2010): mardi 16 à 12h35  (FM)

                        Camerata Salzburg – Th. Quasthoff

 

 

            ¤¤  Les Diapason d’or 2010 (en direct) : mardi 16 à 20h  (FM)

 

 

            ¤¤  Concert « Armide dans tous ses états » (Op-Comique, nov. 2010) : mercredi 17 à 9h07  (FM)

                        P. Agnew – E. de Negri – Programme Lully, Haendel, Haydn, Graun

 

 

            ¤¤  Le magazine : avec G. Lesne : mercredi 17 à 18h  (FM)

 

 

            ¤¤  La grande table : ‘Une flûte enchantée’ (Bouffes du Nord) et ‘La flûte enchantée’ par Jacobs : jeudi 18 à 12h02  (France culture)

 

 

            ¤¤  Concert de Marie-Nicole Lemieux (TCE, fév. 2009) : jeudi 18 à 9h07  (FM)

                        A. Tamestit, alto; D. Blumenthal, piano – Programme Schumann, Brahms

 

 

            ¤¤  Carrefour de Lodéon : P. Jaroussky ( ??) : jeudi 18 à 16h04  (France Inter)

 

 

            ¤¤  Le mag critique: critique de spectacles et disques : jeudi 18 à 18h  (FM)

 

 

            ¤¤  Concert « Airs français » de Marie-Nicole Lemieux (TCE, en direct) : jeudi 18 à 20h  (FM)

                        F. Gabel – Programme Halèvy, Cherubini, Thomas, Massenet, Bizet

 

 

            ¤¤  Concert Schumann (Dresde, mars 2010) : vendredi 19 à 12h35  (FM)

                        D. Harding – M. Butter

 

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