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Il catalogo è questo

10 janvier 2010 7 10 /01 /janvier /2010 20:32
Au grand jeu du Biondi bashing, c'est cette fois-çi Carlupin qui s'y colle :o)

L'inconscience de l'artificière


Vivica Genaux
Pyrotechnics

Europa Galante
Fabio Biondi

http://www.qobuz.com/images/jaquettes/5099/5099969457258_600.jpg

1 Come in vano il mare irato – Catone in Utica (1737)
2 E prigioniero e re – Semiramide (1732)
3 Alma oppressa – La fida ninfa (1732)
4 Agitata da due venti – Griselda (1735)
5 Destin nemico... Destin avaro – La fida ninfa
6 Il labbro ti lusinga – source inconnue
7 Vibro il ferro – Ipermestra ? (1727)
8 No, ch'amar non è fallo in cor guerriero... Quell'usignolo – Farnace (1738)
9 Splender fra'l cieco orror – Tito Manlio (1720)
10 Vorrei dirti il mio dolore – Rosmira fedele (1738)
11 Chi può nelle sventure... Nella foresta – Catone in Utica
12 Ricordati che sei – Farnace
13 Sin nel placido soggiorno – source inconnue





Paru depuis plus d'un mois, ce récital a indubitablement souffert de l'ombre de celui de Bartoli, enfanté en octobre, et malgré les nombreux rapprochements bancals entre les deux artistes suggérés à plusieurs reprises par la presse, on en entend bien peu parler. Cela ne surprend pas tellement.


Premièrement il faut oser affronter le boîtier placardé d'une photographie de la chanteuse, au teint verdâtre et regard absent, fagotée dans une douteuse tuniqué satinée. L'objet entier est d'ailleurs parsemé de ces déconcertantes gravures. Mais Vivica on la connaît plutôt bien, alors c'est avec une certaine impatience qu'on entame la consommation. Mais l'excitation est de courte durée. La faute pour beaucoup à Biondi, toujours en quête d'effets spéciaux supplémentaires. Mais chacun des acteurs de cet enregistrement participe au doux capotage du disque.


Ainsi, la boucle est fermée dès le premier numéro avec l'air de tempête de Fulvia, Come in vano il mare irato, pour moi immortalisé par une Cangemi flamboyante et tentaculaire. Le tempo frise ici le ridicule et met la mezzo en danger évident. La vocalise se fait imprécise, on entend plus le souffle que les aigus, le grave est caricatural bien qu'étouffé. Je suis resté un peu interdit. Comment a-t-elle pu se laisser entraîner dans cette impasse – stupéfiante dans le bien et le mal, il faut le confesser – elle qui pourtant se définit comme "une chanteuse d'un certain niveau" ? Cette frénésie ne colle même pas avec le drame, Fulvia exposant dans cet air sa détermination et le calcul maîtrisé de sa vengeance. Heureusement c'est la seule profonde erreur du programme. Mais de piste en piste, c'est souvent l'orchestre qui est incapable de doubler le sens du texte. Ainsi, lourd et sans impact dans Nella foresta, il regarde par la fenêtre pour Ricordati che sei, abandonne toute la poésie de Quell'usignolo et les vapeurs de Splender fra'l cieco orror. Le contresens culmine dans un Sin nel placido soggiorno aux allures alternantes d'orgue de barbarie et de locomotive. Globalement les sonorités sont âpres et le tissu maigre, même si le résultat n'est jamais profondément mauvais, évidemment. Rien de bien nouveau, donc.


Du côté de la chanteuse, on est par bonheur bien moins déçu. Les qualités qu'on lui reconnaît sont toujours là, bien que le grave se soit endurci (prise de son ?). Le choix de Il labbro ti lusinga, à l'évidence destiné à un soprano, interloque. Il fait appel à une tessiture beaucoup trop haute, où Vivica est presque désagréable à entendre. Sans parler du fait qu'elle n'y semble même pas à l'aise. La compilation dans son ensemble permet toutefois de goûter à son art de la variation, parfois excessif, c'est vrai, mais bougrement imaginatif. Et surtout on a droit à des ornements sur une large gamme de fréquence, ce qui est plutôt bienvenu après tant de versions de Alma oppressa. On pouvait craindre une saturation après le triplet virtuose en début de programme; d'après moi c'est ce qui est le plus réussi dans ce disque. Elle parvient à ne jamais totalement privilégier l'agilité à l'expression, et les "pianto versai" de l'air de Morasto sont par exemple d'une vérité d'émotion surprenante.


Dans son interview, la chanteuse insistait sur l'ivresse de travailler avec des partitions inédites. Pour le coup on reste un peu sur sa faim. Les nouveautés sont au nombre de quatre seulement, et à part celle issue de Tito Manlio, aucune ne frappe. Cet air de Servilia tranche d'ailleurs avec les autres que l'on a été amené à connaître, par son ardeur plus ténébreuse, presque vindicative, alors que le rôle enchaîne habituellement les airs de douceur et d'abandon solaire. Sinon on peut remarquer que Quell'usignolo a été traité par Vivica à la fois chez Giacomelli et Vivaldi. Chez le second, inutile d'attendre les délires vocaux du premier, et de toute façon Vivaldi a su dans d'autres opéras être un bien meilleur ornithologue qu'ici. Notre intérêt documentaire n'est pas consolé par la notice indigente de Delaméa. Certes il ne doit plus rester grand-chose de passionnant à raconter, mais cette multiplication de comparaisons entre les airs et des fumigènes ou autres feux de Bengale est franchement stérile.


Que retenir de ce récital, globalement fort bien chanté mais entaché par l'empreinte souvent grossière de Biondi ? Il semblerait que la chanteuse se soit aveuglément abandonnée à sa générosité et sa confiance pour le chef, qui a d'ailleurs affirmé qu'une suite d'airs virtuoses était "presque nécessaire pour mettre en valeur le talent de Vivica". Non seulement cela me paraît plutôt insultant, mais faux en plus. Elle est capable de bien belles choses dans le chant le plus dépouillé (Arminio handelien ou Teologia scarlattienne). Il était prévisible qu'un disque basé sur le concept de la vocalise tourne vite à vide, surtout s'il repose sur un seul compositeur. Je suis frustré qu'elle travaille si fréquemment sous la direction de quelqu'un d'aussi unilatéral que Biondi.
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Published by Carlupin - dans Disques et lives
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10 janvier 2010 7 10 /01 /janvier /2010 14:05

Semaine du 9 au 15 janvier :

 

                                                                                                               

 

TELEVISION :

 

 

            ¤¤  Edita Gruberova (docu, 2008) : lundi 11 à 22h  (ARTE)

 

 

  

RADIO :

 

 

            ¤¤  Le Chevalier à la rose de R. Strauss (MET, en direct) : samedi 9 à 19h30  (FM)

                               E. de Waart – R. Fleming ; S. Graham; C. Schäfer…

 

 

            ¤¤  Juliette de Martinu (Londres, mars 09) : dimanche 10 à 14h30  (FM)

                               Jirí Belohlávek - Michèle Lagrange, Magdalena Kozenà, William Burden, ténor, Andreas Jäggi, ténor…

                                               

 

            ¤¤  Récital de Thomas Quasthoff (Lucerne, août 2009) : dimanche 10 à 19h05  (FM)

                        L. Vogt, piano – Programme Schubert, Martin, Brahms

 

 

            ¤¤  Grands compositeurs : Pergolèse, 300 ans après : de lundi à vendredi à 13h02  (FM)

 

 

            ¤¤  Grandes figures : Jonas Kaufmann : de lundi à vendredi à 14h30  (FM)

 

 

            ¤¤  Concert de Vivica Genaux (TCE, déc. 2009) : mardi 12 à 16h  (FM)

                        Biondi – Programme Vivaldi

 

 

            ¤¤  Concert Mahler (Châtelet, déc. 2009) : mardi 12 à 20h  (FM)

                        Gatti – Matthias Goerne (Des Knaben Wunderhorn)

 

 

            ¤¤  Génération jeunes interprètes : Victoires de la musique : mercredi 13 à 10h30  (FM)

                        Révélations ‘artiste lyrique’ : I. Druet ; A. Kasyan ; M. Mauillon

 

 

            ¤¤  Symphonie n° 2 - Résurrection de Mahler (Pleyel, déc. 2009) : mercredi 13 à 20h  (FM)

                        M. Jansons – R. Merbeth ; B. Fink…

 

 

            ¤¤  Les chefs-d’oeuvre classiques : Cycle The Fairy Queen à l’Opéra-Comique  : mercredi 13 à 22h  (Radio Classique)

 

 

            ¤¤  Concert ‘Stile Antico’ (Collège des Bernardins, déc. 09) : vendredi 15 à 10h30  (FM)

 

 

            ¤¤  Le partage de midi : avec M. Laroche de la Péniche Opéra : vendredi 15 à 12h05  (FM)

 

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2 janvier 2010 6 02 /01 /janvier /2010 19:25

Edita Gruberova, soprano

Orchestre Philharmonique d'Oviedo
Friedrich Haider, direction

Théâtre des Champs-Elysées
17 décembre 2009

Mozart : Le Directeur de théâtre, ouverture
"Martern aller Arten", air de Konstanze (Entführung aus dem Serail)
Wolf-Ferrari : I Quattro Rusteghi, Vorspiel et Intermezzo
Il segreto di Susanna, ouverture
Donizetti : "Il dolce suono", "Spargi d'amaro pianto" (Lucia di Lammermoor)

Entracte

Chapi : Preludio de la Revoltosa
"Oh, s'io potessi", "Col sorriso", "Oh sole, ti vela" airs d'Imogene (Il Pirata)
Donizetti : Roberto Devereux, ouverture
"E sara, in questi orribili", "Vivi, ingrato", "Quel Sangue" airs d'Elisabetta (Roberto Devereux)

Bis
Strauss: "Spiel ich" air d'Adele (Die Fledermaus)
Donizetti: "Ah tardai troppo... O luce di quest'anima" air de Linda (Linda da Chamounix)
Strauss: "Spiel ich" air d'Adele (Die Fledermaus)

http://www.theatrechampselysees.fr/upload/illustrations/1egruberova__Herve_le_Cunff__.jpgPhoto: Hervé le Cunff

Edita Gruberova à Paris, cela n’était pas arrivé depuis… un bon moment; et même en France, sa dernière prestation semble remonter à 1999 à Nice pour une Fille du régiment. La chanteuse est pourtant une star du monde lyrique germanophone, preuve en est le festival de Salzburg qui ne craint pas de la programmer dans Norma cet été ou l’opéra de Munich qui lui a offert des débuts dans Lucrece Borgia à 63 ans ! Celle qui fut une des meilleures techniciennes des années 70 et 80, celle qu’Harnoncourt a si souvent voulue pour ses Mozart, celle qui a créé sa propre maison de disque… est maintenant inconnue en France au point de ne pas remplir le TCE pour un récital au programme pourtant aussi célèbre que rarement donné le même soir. C’est sans doute d’abord la preuve que, de plus en plus, même pour le public d’opéra que l’on dit forcément « averti » pour un art si « élitiste », eh bien le marketing a son importance sur le remplissage des salles. Aucune campagne de pub n’avait été prévu pour se concert, le TCE prédisant même un remplissage exceptionnel avait surtarifé ses places. On était pourtant loin ce soir du remplissage d’un concert de Bartoli.


Mais si la salle n’était pas pleine, elle n’était pas indifféremment peuplée non plus ; car tous ses fans français avaient fait le déplacement. Et un fan français de Grubi est généralement très bruyant, hystérique et homosexuel (de la gym queen à l’aristo méprisant). Le spectacle était donc ce soir aussi bien dans la salle que sur la scène. Dès son entrée les « brava » fusent, chaque fin d’air est l’occasion  d’applaudissements émis très haut les bras tendus vers l’idole dans l’espoir qu’elle repère son adorateur ; la folie de Lucia est évidemment interrompue après son duo avec la flûte par un public incapable de retenir son admiration ; les derniers applaudissements sont si importants que la dame offrira 3 bis ; une plaque indiquant une avenue à son nom lui est offerte, elle pose fièrement avec devant les iphone qui la mitraillent ; quand elle annonce un bis « Gaetano Donizetti… » « En français ! » l’interrompt une vielle conne qui s’attendait sans doute à ce que l’on annonce du Gaëtan Donisette, laquelle se prend un virulent « Ta gueule ! » en guise de réponse du balcon. Bref ambiance électrique, mais l’électricité ne passait pas uniformément ce soir dans le public, la standing ovation finale était loin d’être unanime comme elle l’est à chaque fois pour Bartoli ou Dessay, beaucoup venus ici sans trop connaître la dame s’étonnent du délire qu’elle suscite et applaudissent timidement. L’ovation est très trouée à l’orchestre !


Alors pourquoi ? Eh bien, mon père avec qui j’étais au concert ce soir là a trouvé la clef : « on dirait la castafiore ! » dit-il admiratif. Edita Gruberova est sans doute la dernière des Castafiore ; bien sur elle a son glorieux passé derrière elle que les fans applaudissent aussi, mais la chanteuse qu’elle est devenue aujourd’hui ne fait pas qu’évoquer une splendeur révolue, elle attire la sympathie par un style unique. Unique ça oui ! Et on ne nait pas castafiore, on le devient. Si on retrace sa carrière, on s’aperçoit d’une lente révélation de son naturel dramatique : de la jeune vocaliste scolaire sans personnalité, à la diva affirmée et maitrisée par de grands chefs et finalement l’actrice caricaturale dont les expédients dramatiques viennent combler des lacunes vocales croissantes avec l’âge. Car Gruberova en scène, c’est un peu la poissonnière du marché de St Ouen à la Comédie française : non qu’elle manque d’investissement dramatique, au contraire, elle se trompe juste totalement de voie. Ses reines sont d’un génie bouffon parodique insoupçonné et ses scènes de folie sont toutes proches du coma éthylique.


Personnellement il m’est impossible d’être ému par ses performances, mais je dois bien reconnaitre que le personnage est fascinant par son aplomb. Etre grotesque avec tant de panache n’est pas donné à tout le monde ! La voix part en lambeaux, l’aigu est strident et dur comme une plaque de tôle en fer blanc, les vocalises sont souvent savonnées, presque tous les aigus pris par en dessous, le texte parfois modifié, les problèmes de rythme sont récurrents, mais tout cela passe car elle s’y donne à corps perdu, les graves ne sont d’ailleurs pas coupés, ils sont émis en voix parlée ventriloquée horrible, mais elle les affronte témérairement, au point que l’on peut se dire « ça doit être écrit comme ça ! ». D’autant que qui ose aujourd’hui, qui plus est à 63 ans, programmer des récitals incluant 3 des plus grandes scènes de folie du bel canto et en commençant par des vocalises mozartiennes qui ne pardonnent rien ?! Par ailleurs, il faut bien reconnaître qu’elle a de beaux restes, elle est loin d’être à bout de souffle : les vocalises dans l’aigu ont encore cette extraordinaire liquidité, les aigus et suraigus sont bien là, volumineux, souvent laids mais toujours impressionnants.

http://www.bayerische.staatsoper.de/upload/media/200811/21/11/rsys_26654_492686ec4c2c8.jpg

C’est finalement cela qui est fascinant, même un goût de chiotte et une technique vocale à la ramasse peuvent être transcendés par l’aplomb scénique et attirer la sympathie. Et une chanteuse qui a été si excellente technicienne, ne peut ignorer sa décadence actuelle, elle en a certainement parfaitement conscience et s’attaque pourtant à des morceaux de bel canto qui mettent à nu les chanteuses les plus armées pour ces rôles. Si la plupart d’entre eux n’étaient pas des hystériques incapable de reconnaitre le moindre défaut à leur idole, j’aimerai beaucoup avoir le point de vue d’admirateurs de la dame, donc si certains lisent ce compte-rendu et ne m’ont pas encore voué aux gémonies donizettiennes, qu’il n’hésitent pas à s’exprimer !

N’importe quelle jeune chanteuse qui aujourd’hui chanterait ce répertoire en faisant des grimaces improbables, louchant presque sur les aigus, jouant comme une actrice de cinéma muet se ferait huer ; tout juste le pardonne-t-on à Simone Kermes qui a l’excuse d’un répertoire encore largement inconnu (quoiqu’il en soit, la filiation stylistique – pas vocale hein ! - entre les deux chanteuses est pour moi évidente).

La dernière des castafiore donc, une diva d’un autre âge où les excès dramatiques les plus irréalistes étaient le pendant théâtral de cette enflure vocale qu’est l’opéra. Une conception enflée de l’opéra qui a totalement disparu avec les Callas ou les Dessay qui s’attachent à l’inverse à rendre crédible leur personnage,  pour qui le théâtre est une composante essentielle de l’opéra. Dans l’ancienne conception, le théâtre n’était pas absent mais coupé de tout soucis réaliste, c’était plus une litanie qu’une représentation, et la métaphore opérée par le chant lyrique sur le verbe simplement parlé suffisait à justifier ce manque total de crédibilité. En regardant Grubi ce soir, on pense presque à ce que doit être l’opéra balinais tant vanté par Artaud. Bon j’arrête là mes élucubrations, pour reprendre ce qu’avait très bien résumé David Le Marrec je crois, à savoir qu’avec Grubi, le mauvais goût "fait système" et que toute critique portant sur le manque de réalisme, l’ignorance esthétique ou les lacunes vocales est vaine.


http://www.codalario.com/v_portal/inc/imagen.asp?f=fdues_1b_index_768.jpg&w=462&c=0

A ceux qui ne la connaitraient toujours pas, voilà quelques vidéos glanées sur Youtube pour illustrer ce propos.

Tout d’abord le grand air de Giunia dans Lucio Silla qui montre l’extraordinaire technicienne qu’elle a été, capable de chanter en concert la grande vocalise de cet air en ne respirant qu’une seule fois. (1983)



Autre exemple de sa suprématie vocale dans les années 80, cette folie d’Electre chez Mozart, et l’on s’interroge déjà sur son sens tragique pour sortir un tel rire gloussé digne d’un film d’horreur de série B, mais après tout ce passage est redoutable pour toutes les chanteuses. (1981)

 


Puis sans doute ce qu’elle a fait de mieux, un air de concert de Mozart, Speria vicino il lido, où guidée par Nikolaus Harnoncourt elle atteint des sommets. (1991)

 


La poissonnière pointe déjà le bout de son nez dans le final de l’acte I de Maria Stuarda où sa grossièreté tranche singulièrement avec la noblesse claironnante d’Agnès Baltsa : c’est totalement à coté de la plaque, n’empêche que la confrontation est animée comme rarement. (1989)

 


Et enfin le « système » qu’elle est devenue aujourd’hui. La scène finale de Roberto Devereux (2007) et celle de Lucrèce Borgia (2009) qui attestent l’incroyable prise de risque scénique et vocale qu’elle ose aujourd’hui (avec Christopher Loy en perruquier - le même qui avait fait viré Deborah Voigt à cause de son embonpoint, oui, c'est donc bien qu'il doit trouver un intérêt dans le jeu de Grubi).

 




Ou cette folie d’Imogene, beaucoup trop grave pour elle mais qu’elle affronte avec un panache impressionnant, suicidaire. (2008)

 


enfin, ell a donné l’air de la Chauve-souris « Spiel ich »  à deux reprises ce soir ; elle y fut très attachante pour peu que l’on renonce à une certaine finesse du style viennois. Dans les années 80, c’était  moins troupier et plus viennois, mais cela reste très réussi aujourd'hui, elle y fait preuve d'un génie comique qui pour le coup n'est pas contraire aux aspirations du livret. (2007 et 1980)

 




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2 janvier 2010 6 02 /01 /janvier /2010 11:47

[Relevé rapide…]

 

 …

 

 

 

__________________________________

 

 

Semaine du 2 au 8 janvier :

 

                                                                                                               

 

TELEVISION :

 

 

            ¤¤  Concert festif 2009 à Amsterdam (25 déc.) : samedi 2 à 19h  (ARTE)

                        B. Haitink -  [Y chante-t-on ?]

 

 

            ¤¤  Carmen de Bizet (Opéra-Comique, juin 2009) : samedi 2 à 20h35  (France3)

                        Gardiner / Noble – AC Antonacci ; A. Richards ; A-C Gillet ; N. Cavallier…

 

 

            ¤¤  Anna Netrebko et Rolando Villazon à Paris : dimanche 3 à 19h  (ARTE)

 

 

  

RADIO :

 

 

            ¤¤  Andrea Chénier de Giordano (ONP, déc. 2009) : samedi 2 à 19h30  (FM)

                               Oren – M. Alvarez…

 

 

            ¤¤  Fortunio de Messager (Opéra-Comique, déc. 09) : dimanche 3 à 14h30  (FM)

                        L. Langrée – J. Kaiser ; V. Pochon…

                                               

 

            ¤¤  Passion classique : Ludovic Tézier : mercredi 6 à 18h  (Radio Classique)

 

 

            ¤¤  Le matin des musiciens : Dictionnaire du Lied romantique allemand (2) : jeudi 7 à 9h07  (FM)

 

 

¤¤  Concert Charpentier / Purcell / Vivaldi / Locatelli / Bach / CPE Bach (Radio France, nov. 2009) : jeudi 7 à 16h  (FM)

                        Agnew (dir. et chant)

 

 

            ¤¤  Carrefour de Lodéon : les artistes retenus pour les révélations lyriques des Victoires de la musique : jeudi 7 à 16h05  (France Inter)

 

 

            ¤¤  Le magazine : avec R. Louis : jeudi 7 à 18h  (FM)

 

 

            ¤¤  Récital de Matthias Goerne (TCE, déc. 09) : vendredi 8 à 10h30  (FM)

                        Schubert, Beethoven, Bach, Eisler

 

 

            ¤¤  Requiem de T. Lancino (Pleyel, en direct) : vendredi 8 à 20h  (FM)

 

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1 janvier 2010 5 01 /01 /janvier /2010 19:10

Purcell
Dido and Aeneas

    
Caroline Meng, Didon
Thomas Dolié, Énée
Judith van Wanroij, Belinda, première sorcière
Luanda Siqueira, Deuxième suivante, deuxième sorcière
Magid El Bushra, La Magicienne
Arthur Espiritu, Un esprit, un marin

En première partie de programme
Purcell : Amphitryon, or the two Sosias

Choeur et Orchestre Opera Fuoco

David Stern, direction

Théâtre des Champs-Elysées
13 novembre 2009

http://www.theatrechampselysees.fr/upload/illustrations/Sternok.jpg

Venu pour entendre Ann Hallenberg en Didon, j’ai évidemment été très déçu par son annulation à l’entracte du à un malaise soudain en coulisse. Je me suis même demandé si j’allais resté, l’Amphitryon donné en première partie ayant été plutôt décevant. L’orchestre Opera Fuoco de David Stern manque à son habitude d’éloquence et de dramatisme, tous les pupitres sont bons, mais l’ensemble porte décidemment mal son nom: danses de l’Amphitryon trop sages, ouverture de Didon trop sautillante, manquant de grave tension, les passages les plus réussis sont conséquemment les moins orchestraux, ou seulement quelques musiciens voire un seul accompagnent les chanteurs.

http://www.ouest-france.fr/of-photos/2009/10/08/na12_2582357_1_px_470_.jpg

Mais je suis tout de même resté : je n’ai pas aimé Thomas Dolié dans l’Amphitryon, jouer les bergers amoureux ne lui va pas beaucoup, il a trop de prestance pour ça, de plus en début de concert la voix répond mal, aussi bien pour la projection que pour la couleur. Heureusement Enée lui convient beaucoup mieux et son air du départ fut le plus beau moment de la soirée: puissant, noble, dur, c’est la première fois que « j’entends » réellement cet air, je ne l’avais à vrai dire jamais vraiment remarqué auparavant.

La bonne surprise est venue de Judith van Wanroij : je n’avais vraiment pas accroché à l’Opéra comique la saison dernière,  ici elle m’a ravi. Physiquement d’abord, elle a une grâce folle et vocalement c’est splendide : parfaitement articulé, spirituel, et cette joie voilée qui en fait la digne servante de la reine de Carthage .

http://www.hollandsymfonia.com/hs/images/cms/programma/wanroij_judith_van.jpg

Les seconds rôles sont moins enthousiasmants : Luanda Siqueira est un peu courte de voix en sorcière, elle y manque par ailleurs clairement d’aspérité. Donner la sorcière à chanter à un contre-ténor sans aucun grave est une stupidité sans nom, je ne vais pas en rajouter une couche. 

Dido fut donc finalement chanté par Caroline Meng : à l’inverse de Thomas Dolié, elle était bien plus à sa place en bergère d'Amphitryon qu’en reine. La voix est jolie, la chanteuse touchante, et pourtant il n’y a qu’émotion là on l’on attend de la passion, de la tristesse et non de l’affliction, c’est la mort d’une princesse, non d’une reine qui joue sa vie dans cet amour. Quoiqu’il en soit, elle a très bien chanté étant donnée les circonstances, c'est-à-dire sans aucune répétition avec l’orchestre dans cette partie.

 

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31 décembre 2009 4 31 /12 /décembre /2009 15:32

Vivaldi

Sara Mingardo, contralto

Venice Baroque Orchestra
Andrea Marcon, direction

Théâtre des Champs-Elysées
18 novembre 2009


Vivaldi : Sinfonia en ut majeur pour cordes et basse continue RV.114
Concerto en sol mineur pour flûte, cordes et basse continue « La Notte » RV.439
Stabat Mater 

Entracte

Concerto pour 2 violons en sol majeur RV.516
Concerto pour flûte à bec en ut majeur RV.443
«Cessate, omai cessate» Cantate pour contralto, cordes et basse continue RV.684

Bis
L'Olimpiade: "Mentre dormi" (Licida)
Final de la cantate "Cessate": "Nell orrido albergo"

http://www.naive.fr/public/img/front/pho/artists/205x205/000302.jpg

Mais quelle est donc cette mystèrieuse épidémie qui décime les chanteurs devant se produire au Théâtre des Champs-Elysées, une malédiction? C’était ce soir au tour de Magdalena Kozena d’annuler ce récital, et à Sara Mingardo de venir la remplacer, entre temps on a échangé un programme original et parfaitement adapté à la voix de Kozena (excluant donc certaines pages contraltisantes du disque) contre un programme commun mais tout autant adapté à la voix de Mingardo.


Le Venice baroque orchestra est sans surprise dans ce répertoire balisé, d’un très bon niveau dans le concerto pour deux violons (encore faudrait-il que ce morceau soit intéressant); manquant de spiritualité pour le Stabat mater, mais pas de couleurs, ils sont décidemment meilleurs pour rendre la folie du carnaval vénitien que la sobre splendeur de l’intérieur des Eglises; la cursivité et l’emportement de la cantate sont eux parfaits; de l’emportement il y en a par contre bien trop à jouer le concerto pour flûte à bec : la soliste est d’une virtuosité époustouflante, mais cela vient bien trop vite pour être émouvant, à se demander si la flûte ne fait pas un concours de vitesse avec les cordes, et à ce jeu là, le second mouvement perd toute sa poésie pasolinienne.

http://kammerakademie-potsdam.de/images/db/orchester/Andrea_Marcon.jpgPhoto: Elmar Schwarze

Sara Mingardo ne connait aujourd’hui aucune concurrence dans le Stabat mater, tout à déjà été dit sur sa très belle prestation au disque avec le Concerto Italiano. Aujourd’hui la voix a vielli, et on la sent plus prudente, moins ardente, mais ses graves continuent de vous envelopper comme un doux linceul et la chanteuse a toujours cette fierté que l’on dirait espagnole dans le port et ce regard intense. Dans Cessate omai cessate, la prudence est plus sensible encore, la rage supporte moins la pudeur que la ferveur, tout comme la perte des aigus et la moindre projection.  Et cependant l’éloquence est intacte, la densité de l’expression. Certes on entend plus la voix résonner dans la caverne pour le dernier mouvement, mais l’impuissance de cet amant éconduit n’en est que plus audible, il n’est finalement bon qu’à insulter: ces « ingrata ! spietata ! » âpres,  carnassiers.


En bis nous eûmes droit au superbe « Mentre dormi » de L’Olimpiade. Petit pincement au cœur, c’est le rôle dans lequel j’ai découvert Mingardo et auquel je dois mon pseudo lyrique. Force est de constater que Sara Mingardo est loin d’être finie (de toute manière j’ai horrrreur des critiques assènant qu’un tel ou un tel est fini !): le soutien de ligne est sans faille, la douceur de la voix aussi douillette qu’une couette et pourtant elle fait de cet air plus qu’une berçeuse, on entend très bien dans l’ouverture de la dernière syllabe du mot « piacer » tout l’espoir que le repos de Megacle implique pour Licida, espoir trouble, à cause du non respect des règles sur lequel il repose, de sa transgression mais aussi à cause d’une transgression plus érotique qui émane de cet air. Et la voix chaude, légèrement étouffée, moirée de Mingardo est ici idéale, surtout ainsi retenue, presque hésitante à poursuivre, à sortir de l’ambiguïté.

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31 décembre 2009 4 31 /12 /décembre /2009 15:03
Et pour commencer 2010 en beauté, un incunable. On ne connaissait d'elle que des enregistrements audios, or la vidéo existe aussi et elle dépasse tous nos fantasmes en la matière: Natalia de Andrade, la Florence Foster Jenkins portuguaise (parce qu'il n'y a pas de raison qu'il n'y ait que les américains pour avoir mauvais goût!). Encore une grande chanteuse dont on comprend les fans qui viennent écrire en commentaire sur Youtube: "brava! this is very nice! could u post smthing else by this singer :)"

A consommer sans modération! D'autant qu'elle a trouvé un pianiste parfaitement adapté à son style.



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30 décembre 2009 3 30 /12 /décembre /2009 17:53
 

Sandrine Piau, soprano & Ann Hallenberg, mezzo-soprano

Modo Antiquo
Federico Maria Sardelli, direction    

Théâtre des Champs-Elysées
30 novembre 2009    



Haendel : Ariodante, ouverture
Airs "O take me from this hateful light", "Calm thou my soul" et "Convey me to some peaceful shore" (Alexander Balus)
Air "Con l'ali di Constanza" (Ariodante)
Airs "Che sento oh dio", "Se pietà di me non senti" (Guilio Cesare in Egitto)
Air "Dopo notte" (Ariodante)
Duo "Se rinasce nel mio cor" (Ariodante)

Entracte

Vivaldi : La Griselda, sifonia dall 'opera
Duo "Certo timor c'ho in petto" (La Candace)
Air "L'innocenza sfortunata" (Tieteberga)
Haendel : Concerto grosso op. VI, 6
Air "Scherza infida" (Ariodante)
Air "Da tempeste il legno infranto" (Guilio Cesare in Egitto)
Duo "Bramo aver mille vite" (Ariodante)

Bis
Vivaldi: Duo "Zeffiretti che sussurateDuo"
Handel: Duo "Se rinasce nel mio cor" (Ariodante)

http://www.modoantiquo.com/site/media/image/large/604.jpg

Un remplacement en chasse un autre : après avoir annulé quelques semaines plus tôt Dido & Aeneas à cause d’un malaise, Ann Hallenberg vient remplacer Idelbrando d’Arcangelo souffrant. A priori pas de raison de se plaindre : on échange une bonne basse contre une des meilleurs mezzo colorature du moment, et a fortiori une de mes chanteuses préférées, mais hélas le programme a lui beaucoup perdu en attrait. Comme pour le récital Kozena quelques jours plus tôt, on perd un programme riche en raretés pour se retrouver avec du rabaché. La raison en est simple : étant donné le temps imparti entre l’annulation de la basse et le concert, Sardelli a décidé de ne jouer que des airs qu’il a déjà travaillé avec ses deux chanteuses, c'est-à-dire du Ariodante pour Hallenberg (donné à Beaune cet été) et des airs du disque Vivaldi chez Naïve. Seules nouveautés, les finals en duo d'Ariodante. A part les deux airs d’Alexander Balus, pas de découvertes ce soir donc. Mais cela valait toujours mieux qu'une annualtion totale, ne nous plaignons donc pas.

Modo Antiquo dirigé par Federico Maria Sardelli est toujours aussi avare de couleurs, pauvre en harmonique, la texture est épaisse mais uniforme, de plus les vents sont souvent approximatifs; le rythme est souvent le point fort de l’ensemble mais quelle lourdeur dans ce dernier mouvement de la sinfonia de la Griselda, c’est d’un balourd, les pauses du second air d’Alexander Balus sont bien trop longues et détruisent l’effet mimétique de battements du cœur ; quant à l’accompagnement du « Scherza infida », il souffre vraiment d’un manque d’imagination, tout est très répétitif à l’opposé de ce que fait la chanteuse.

Ann Hallenberg donc, ce « Scherza infida » aura vraiment été le sommet de la soirée, malgrè l’accompagnement sommaire, elle réussit à varier l’expression avec une finesse extraordinaire à chaque répétition de ces deux mots, les piani sont veloutés, les variations d’une élégance bouleversante et comme toujours, le texte est parfaitement compréhensible. Les deux autres airs d’Ariodante l’ont trouvée moins épatante : la vocalise est aisée et impressionnante (malgrè un petit problème de souffle lors de la première du « Con l’ali di constanza » et une inhabituelle dureté dans l’aigu) le sourire ininterrompu, la tessiture très bien balayée, mais comme me le disait Clément, sans mélancolie implicite, ces airs tombent vite dans la joyeuse parade sans réelle implication dramatique. L’air de Vivaldi est exactement ce qui ne lui convient pas : très grave, uniformément syllabique, elle ne s’y révèle que dans le da capo où elle varie à l’aigu travestissant l’air.  Dans les duos elle est par contre fabuleuse, diminuant même la fréquence de son trille pour ne pas trop contraster avec les secousses vocales qui servent de trille à Piau.

http://i.ytimg.com/vi/FUtGg9LvlDE/hqdefault.jpg

Sandrine Piau m’a par contre semblé un peu fatiguée* : les aigus sonnent toujours aussi bien et la vocalisation est toujours aussi virtuose, tout comme l’implication dramatique, et cette pose dans les lamenti, droite, le bassin lègerement cassé, bras tendus, paumes vers l’extérieur, Pina Bausch dans Café Müller.  Mais le medium est resté sourd toute la soirée, le premier air d’Alexander Balus en a souffert, et le « Se pieta » m’a beaucoup moins ému que la saison précédente avec Jacobs où elle avait su dépasser ses lacunes dans le grave pour un tel rôle.  Le « Da tempeste » était un peu trop mécanique, avec des vocalises mitraillettes qui ont perdu leur rayonnement, tout comme dans l’air de Vivaldi. Intelligement elle n’a pas retenu pour le concert les airs des grands oratorios anglais dans lesquels je trouve qu’elle manque non de sentiments mais de spiritualité, il est cependant dommage qu’elle n’ait pas gardé le « Tu del ciel ministro eletto » ou même le « Lascia ch’io pianga » qu’elle a chanté lors de son dernier récital (sur l’opéra à Hambourg au début du 18ème)  dans lesquels elle était fabuleuse.

http://lesvictoires.com/classique/photos/piau_sandrine_grand.jpgPhoto: Antoine Legrand

La surprise vint du premier bis où les deux chanteuses interprétèrent le très beau "Zeffiretti che sussarate" en duo, alternant dans le rôle de l'écho; cet air passait très bien ainsi adapté et malgrè la grande différence entre ces deux voix.

Une soirée un peu décevante donc, quand on sait ce dont sont capables ces deux divas dans de meilleures conditions, mais amplement satisfaisante pour ces conditions çi.

* J'ai appris par la suite qu'elle était convalescente et n'avait eu d'autre choix que de chanter pour que le concert ne soit pas tout bonnement annulé.

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29 décembre 2009 2 29 /12 /décembre /2009 19:39

Handel, Berenice


Berenice : Klara Ek
Selene: Romina Basso
Demetrio : Franco Fagioli
Alessandro: Ingela Bohlin
Fabio : Cyril Auvity
Aristobule : Vito Priante
Arsace : Mary-Elen Nesi

Il Complesso barocco
Alan Curtis

Théâtre des Champs-Elysées
21 novembre 2009

http://antikforever.com/Egypte/Dyn/Images/Mace_ptolemee/Berenice%20IV%20%201.jpgBerenice, en l'occurence la IV, ne demandez pas si c'est celle du livret...

Eh bien pour ce que l’on nous annonçait comme un ratage de Handel s’est avéré bien plus intéressant que prévu : le livret est plutôt bien construit sur le topos de la reine antique à l’amour castrateur et trahi (dans la même veine que Partenope) et offre une palette assez riche d’arias (plusieurs comparaisons, fureur vocalisante et syllabique, de doute, élégiaques…). L’irrégularité vient plutôt de la musique : si le rôle de Berenice est magnifiquement écrit et hérissé de difficultés techniques qui rappellent à quel point la voix de Strada del Po était souple en plus d’être expressive, le rôle d’Alessandro, pourtant écrit pour Il Giziello qui n’était pas le dernier des castrats et pour lequel Handel avait déjà plusieurs fois écrit (Atalanta, Arminio et Giustino), est totalement transparent, aucun personnage ne prend vie derrière cet enfilement d’arias tempérés qui ne dessinent aucun caractère, pas même celui d’un roi philosophe vers lequel tend le livret. Selene n’est pas non plus un rôle passionnant : des airs au kilomètre écrits pour la Negri avec quelques innovations formelles (son air de fureur qui commence a capella avant d’être rejoint par l’orchestre), seul le dernier air est mémorable, air de comparaison avec l’hirondelle empêtrée écrit à la perfection sur un motif de cordes pudique et  mimétique. Fabio souffre de la même irrégularité : son premier air décrit le butinage de l’abeille avec une légèreté et un charme immédiat, ceux qui suivent sont plus oubliables.  Demetrio, le faux amant de la reine épris de Selene, retient autrement l’attention et s’affiche comme le véritable primo uomo en face de Berenice et de l’inexistence dramatique d’Alessandro, avec un éventail d’airs propre à mettre en valeur l’étendue du talent du castrat Domenico Annibali. Arsace et Aristobule sont des seconds rôles sans intérêt. Au final on compte donc deux rôles passionnants plus deux airs du meilleur Handel, l’œuvre est donc loin de mériter un tel mépris de la part des musicologues.

Et c’est ce que l’équipe musicale réunie ce soir là s’est attachée à nous prouver : comme on pouvait s’y attendre sur le papier, les voix furent bien plus convaincantes que l’orchestre. Cela dit, Il Complesso barocco s’est avéré bien meilleur qu’à son habitude, pour avoir souffert plusieurs de leurs performances et après la mollesse voire le ratage de leurs derniers disques (Ezio, Alcina, Airs de Porpora), on est ravi de les retrouver aussi bons que lors du Motezuma (lien) en ce même lieu. Peu de temps après le concert, la retransmission radio de l’Agrippina de Madrid confirme leur forte amélioration, surtout chez les violons qui sont bien plus fins et dynamiques qu’à l’habitude : est-ce du à leur nouveau premier violon (comme me le suggèrait Bajazet) qui vient donner les impulsions qu’Alan Curtis ne lance que grossièrement ? Reste que beaucoup d’airs souffrent du légendaire manque de dramatisme de cet ensemble : le premier air de la basse par exemple est joué bien trop lentement, mettant en difficultés le chanteur  forcé d’allonger ses notes, là où il faudrait des syllabes lapidaires pour impressioner; idem pour l’air de doute avec hautbois concertant de Berenice qui rappelle le « Pensieri voi mi tormentate » d’Agrippina, et souffre d’une éxécution « trouée », on craint à chaque fin de phrase du hautbois que la musique ne reprenne pas, or ce qui pourrait être un bel effet angoissant se transforme en déchiquètement du tissu musical.

 

Il faut dire que les chanteurs ce soir avaient de l’énergie à revendre,  et que l’orchestre en a sans doute bénéficié.  Mary-Elen Nesi déçoit par rapport à son Faramondo un mois plus tôt : à croire que l’impréparation l’a trouvé moins prudente et lui a mieux réussi ; ici l’actrice est souvent fade et la chanteuse manque d’aura, voire de voix, ses vocalises sont inaudibles. Vito Priante ne pousse pas le volume de sa voix à l’excès pour une fois, dommage que le rôle ne soit pas porteur et ne paye pas cette retenue vocale. Je suis de plus en plus séduit par la voix de Cyril Auvity qui gagne en graves et en assise d’années en années, de plus il quitte peu à peu son flegme pour ne pas dire son ennui dans le seria, les récitatifs sont habités d’une flamme qui rappelle son engagement dans la tragédie lyrique ; malheureusement l 'italien est vraiment mauvais et l’émission souvent trop nasale produit un chant qui manque de relief et de perspective. Ingela Bohlin n’avait pas ce soir le rayonnement vocal de ses Iole ou Morgana, et encore moins l’aplomb dramatique : la faute au rôle ou à une méforme passagère dont ce dernier a pâti ?

http://klassikaraadio.err.ee/images/files/RominaBasso180.jpg

Soirées après soirées, Romina Basso quitte la timidité de ses débuts pour affirmer une personnalité artistique fascinante. D’un rôle souvent bassement stéréotypé, elle sculpte un personnage époustouflant : le corps de la chanteuse d’abord est à l’image de sa suprématie vocale, aux inflexions des mains, des bras, des doigts, aux mouvement de la tête, répondent des messa di voce, des coloratures, des rubatos, des variations de la pression de l’air dans la gorge  qui s’enchainent de façon délirante et avec une maitrise redoutable.  Cet excès de maitrise permet au spectateur de deviner avec quasi certitude quel effet suivra, et pourtant il ne manque pas de surprise,  dès le deuxième air ou dès la deuxième minute de récitatif, tous les effets sont connus, mais c’est leur enchainement qui surprend et fascine. A la façon d’une grande danseuse étoile qui ne capte pas l’attention par la nouveauté de ses pas, mais uniquement par son excellence technique à les exécuter et son implication émotionnelle.  Pour relativiser mon emballement, on pourrait cependant ajouter que Romina Basso manque  de pudeur, c’est une voix qui sait parfaitement traduire le clair-obscur, le sfumato,  se voiler de mystère mais pas se retirer dans la contrition (voire le too much de sa mort de Didon sur Youtube), d’où sa difficulté à rendre le sacré voire son obscénité dans ce répertoire (Juditha Triumphans ici même).

Klara Ek retrouve en Berenice l’applomb de sa Vitellia de Gluck et prouve qu’elle est aussi à l’aise pour jouer les amantes éplorées que les reines soucieuses de leur empire amoureux.  J’ai déjà dit tout le bien que je pensais de sa voix et de son timbre légèrement pincé, elle se révèle de plus extraordinaire bel cantiste.

Fagioli_Franco_klein.jpg

Franco Fagioli n’est pas inconnu des baroqueux : on a déjà pu l’entendre à Paris dans Tolomeo et à Zurich en Cesare épris de Cécilia Bartoli, le timbre était alors assez laid et la technique déjà peu orthodoxe le classait parmi ces contre-ténors interessants mais à la limite du miaulement de chat de gouttière. Puis sa performance en Ezio de Gluck m’avait soufflé, j’étais donc impatient de connaitre son évolution, et je n’ai pas été déçu. C’est la voix de contre-ténor la plus puissante que je connaisse et ce aussi bien dans des graves somptueux que dans des aigus fulgurants ; et cette étendue ne se retrouve pas uniquement dans les passages lents comme chez ses plus valeureux collègues, la fureur de son air infernal est époustouflante d’audace et de maitrise. Pour arriver à ce résultat sensationnel, la technique est forcément très personnelle pour ne pas dire étrange, et cela se voit physiquement, je n’ai jamais vu un chanteur faire autant de grimaces, par moment cela rappelle le comique troupier d’un LeLuron imitant Mitterand : mouvements de lèvres incontrôlés, paupières mitraillettes, épaules de pantin désarticulé, et évidemment aucune prestance. Le contraste entre l’ouïe et la vue est plus que troublant. A part cela, Franco Fagioli est aujourd’hui pour moi le seul contre-ténor capable d’assumer la virtuosité des castrats avec Cencic : tous deux ont une tessiture très large, Fagioli l’emporte par la puissance, Cencic par la rondeur du timbre. Le voilà dans le grand air de la seconde version de l'Ezio de Gluck (sorti en cd), puis dans un air de Teseo de Handel débutant par une superbe messa di voce.







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28 décembre 2009 1 28 /12 /décembre /2009 15:18
Cecilia Bartoli au Théâtre des Champs-Elysées
Sacrificium


Il Giardino Armonico
Giovanni Antonini


20 novembre 2009

Nicolò Porpora : Sinfonia extraite de Meride e Selinunte (1726)
Nicolò Porpora : "Come nave", air extrait de Siface (1725)
Riccardo Broschi : "Chi non sente al mio dolore", air extrait de Merope (1732)

Nicolò Porpora : "In braccio a mille furie", air extrait de Semiramide riconosciuta (1729)
Nicolò Porpora : Ouverture et "Parto, ti lascio o cara" de Germanico in Germania (1732)
Francesco Maria Veracini : Ouverture n° 6 en sol mineur (Allegro)
Leonardo Vinci : "Cervo in bosco", air extrait de Medo (1728)
Leonardo Leo : "Qual farfalla", air extrait de Zenobia in Palmira (1725)   
Francesco Araia : "Cadrò, ma qual si mira", air extrait de Berenice (1734)

Entracte   

Nicolò Porpora : "Usignolo sventurato", air extrait de Siface (1725)
Carl Heinrich Graun : "Misero pargoletto", air extrait de Demofoonte (1746)
Giuseppe Sammartini : Concerto en fa majeur pour flûte à bec, cordes et basse continue (Allegro assai)
Antonio Caldara : "Quel buon pastor", air extrait de La Morte d'Abel (1732)
Nicolò Porpora : Ouvertures des cantates Gedeone (1737) et Perdono, amata Nice (1746)
Leonardo Vinci : "Quanto invidio la sorte... Chi vive amante", récitatif et air extraits de Alessandro nelle Indie (1730)
Nicolò Porpora : "Nobil onda", air extrait d'Adelaide (1723)

Bis
Georg Friderich Handel: "Lascia la spina", air extrait d'Il Trionfo del Tempo e del Disinganno (1708)
Broschi: "Son qual nave" (da capo), air extrait de Artaserse (1734)
http://www.konzerthaus-dortmund.de/binary.ashx/select=E0E7/~image/197937

Petit ajout à l’article de Clément concernant le disque. Les extraits musicaux sont issu d'un enregistrement privé du concert de Barcelone en décembre accompagné par Il Giardino Armonico.


Louons d’abord la générosité du programme : un récital de 3 heures enchainant des airs impossibles et épuisants, c’est un tour de force digne de son marathon Malibran à Pleyel. On peut adresser le même reproche qu’au disque à propos de l’alignement d’airs censés être pleinement marquant isolés, ces zéniths de virtuosité ou ces abymes d’expression y perdent en altitude et en profondeur. Néanmoins, voir chanter ces airs sur scène est bien plus impressionnant qu’au disque où l’on soupçonne toujours les trucages du micro et de la console de son : le concert nous prouve donc que des trucages il y en a finalement peu eu, et je le prouve, voilà le redoutable air de la Berenice d'Araja que je trouve encore plus excitant en live bien que moins impeccable stylistiquement.


Bartoli est donc clairement capable d’assumer ces airs en concert. Et puis il faut la voir se lancer dans les vocalises de cet air en bloquant les cervicales pour lancer l’immense vocalise en respirant le moins possible, on comprend tout l’effort physique que ces airs exigent, même pour une chanteuse rompue à ce répertoire (d’ailleurs elle ne s’était sans doute que très peu chauffée la voix pour tenir la distance, le premier air « Come nave  in mezzo all'onde» était joué plus lentement qu’au disque et manquait de fluidité, les vocalises étaient dures).

bartolitcePhoto: Kasia Wandicsz pour Paris Match

De physique il en est bien évidemment aussi question ; le défilé des costumes d’abord : entrée triomphale et applaudie en pantalon, frou-frou du foulard et chapeau feutre, puis effeuillage en allant vers les lamenti chantés humblement en chemise ; on la retrouve ensuite en grande robe rouge, immense drapé en traine mais jambes et collants à moitié dévoilés, plumes rouges dans le dos qu’elle arrache rageusement à la fin du « Son qual nave ». Et puis Bartoli c’est toujours un bagou en scène qui emporte immédiatement la sympathie, un franc-chanter si je puis dire: elle s’amuse des silences suspendus à la fin d’une longue vocalise et le sourire faire toujours briller la vocalise avec l’éclat de la simplicité, bel oxymore.

Concernant les inédits, nous pûmes découvrir le très beau lamento de la Merope de Broschi, on reconnait tout de suite la style de Farinelli par l’abus du canto di sbalzo jusque dans cet air désespéré et que Bartoli réussit parfaitement à intégrer.

Le célèbre « Cervo in bosco » de Vinci que Farinelli aimait tant est magnifiquement rendu, avec un naturel et un allant roboratif (j'utilise beaucoup ce mot en ce moment...), on s'étonne qu'il ne figure pas sur le disque à la place du très mécanique « Che timea Giove regnante ».

Le second air de Vinci « Che vive amante » est agréable mais sans grand intérêt musical, il permet juste une réspiration joyeuse parmi tous ces airs excessifs et à Bartoli de faire valoir son talent comique.

Beaucoup d’inédits dans les morceaux joués en interludes aussi : hélas trop courts, on a souvent que des parties d’ouverture, peu éloquentes. Mais on a tout de même pu gouter à Merida e Selinunte et Germanico in Germania de Porpora, l'ouverture n°6 de Veracini et le concerto en Fa pour flûte à bec de Sammartini, ce qui n'est pas rien!

J’ai d’ailleurs trouvé Il Giardino armonico très inégal ce soir : très brouillon au commencement, avec des problèmes d’équilibres entre pupitres, voire de netteté des solistes tout bêtement, étonnant pour un concert qui a déjà tourné et été travaillé pour le disque. Heureusement cela s’améliore au fur et à mesure de la soirée pour atteindre des sommets sur l’ouverture des cantates de Porpora, (Gedeone et Perdono, amata nice) vraiment sublimes et bien plus riches harmoniquement que le style napolitain ne l’exige. (Et je précise que pour l'ensemble du concert j'ai trouvé l'orchestre bien meilleur à Barcelone).


Ce qui fut par contre très réussi, c’est l’attention portée à ne jamais couvrir la chanteuse, ni la bousculer ; par contraste, les reprises de l’orchestre quand la chanteuse se tait lors des lamentos font exploser en musique tout ce que le chant et la pudeur de l’artiste retenaient contrit, dans une gorge serrée, juste assez pour pouvoir chanter, à la limite, limite humaine quand l’orchestre déploie une force plus cosmique. Inversement l'orchestre sait aussi venir à la rescousse des limites vocales de la chanteuse et la porter dans les moments de grande virtuosité en se faisant le relai de l'incroyable energie qu'elle déploie. Des nouveautés ont aussi été ajoutées par rapport au disque comme ces doubles flûtes dans le « Qual farfalla », ça alourdit un peu le vol du papillon mais donne plus de couleurs à ses ailes.

Bref un concert fabuleux… auquel le film tourné à Caserte diffusé sur Arte réçemment et qui devrait sortir en DVD en mars ne rend pas du tout justice : playback sur le disque, réalisation très classique, angles de prise de vue très douteux (dos à la salle !) ou dans des situations qui font très cheap par rapport à la musique foisonnante (et puis chanter « Ombra mai fu » sous les arbres alors qu’il fait encore à moitié nuit…).

Par contre bonne nouvelle, une nouvelle date a été ajoutée pour le Giulio Cesare avec Christie à Pleyel (sans Jaroussky, mais toujours avec Dumaux, Stutzman… et Scholl…). Et prochaine prise de rôle pour Cecilia, Norma à Dortmund avec Hengelbrock.

Pour terminer on notera que le disque se vend exceptionnellement bien puisqu'il est devenu disque de platine en moins de 3 mois en France, preuve que travail éditorial et musicologique seront toujours plus efficaces contre le téléchargement illégal que tout un inutile arsenal législatif.

http://www.konzerthaus-dortmund.de/binary.ashx/select=E0E6/~image/198069

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