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Psychologie

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Il catalogo è questo

15 septembre 2006 5 15 /09 /septembre /2006 23:12

 

La Clemenza di Tito, Mozart

Direction musicale Gustav Kuhn
Mise en scène Ursel et Karl-Ernst Herrmann

Tito Christoph Prégardien
Vitellia Anna Caterina Antonacci
Servilia Ekaterina Syurina
Sesto Elina Garanca
Annio Hannah Esther Minutillo
Publio Roland Bracht

Orchestre et Choeurs de l’Opéra national de Paris

 

Après une première série qui avait laissé une impression mitigée, et même très négative, à beaucoup – dont je ne suis pas – la reprise de La Clemenza di Tito de Mozart, cette fois-ci avec la tragédienne lyrique du moment en Vitellia flanquée du jeune mezzo le plus en vue en Sesto, est très attendue.

J’ai réussi à assister à la répétition générale de vendredi soir, très bien placé d’ailleurs.

Que dire ?

Dès l’ouverture, on sait que la direction de Kuhn sera sans intérêt. L’homogénéité de l’orchestre laisse souvent à désirer, sans parler de couleurs bien discrètes, d’une dynamique et d’un phrasé absolument navrants de platitude. Chaque phrase-clef du livret, chaque articulation, chaque climax déçoit et l’on assiste atterré à l’errance de chanteurs livrés à eux-mêmes, faisant ce qu’ils peuvent ou veulent, sans trop savoir où ils vont.

 

 

À cela s’ajoute une direction d’acteur bien pauvre. Sans crier au génie, j’avais au moins assisté la dernière fois à un travail honnête : Nagelstad, Graham, Prégardien avaient livré de belles prestations dramatiques, fines et visiblement travaillées. Ici, les éléments sont à peu de choses près les mêmes (certains positionnements ont cependant changé, des détails aussi : Sesto et Annio n’échangent plus de baiser furtif à la fin de leur duetto), mais la sauce ne prend pas. Effet de la reprise par un obscur assistant ? Ambiance de répétition de la générale ? Difficultés des nouvelles interprètes à se glisser dans cette production ?

 

 

Prégardien, que j’avais trouvé juste et mesuré la saison passée se livre ici, trop souvent, à des tics que je ne lui avais pas vus : trépignements, gestes d’énervement…Vocalement, certains spectateurs avaient déjà été très critiques sur sa prestation l’an passé. Pour ma part, j’avais dû le voir dans un bon soir. Vendredi n’en était pas un. Parfois, bien sûr, le sens de la déclamation fait mouche, le phrasé d’une ligne tendue jusque dans l’aigu en voix mixte séduit, comme dans mon souvenir… mais dès le récitatif d’entrée, il aboie, force ses effets et sa voix, au lieu de préserver la noblesse et l’intelligence du texte qui étaient siens. Il se révèlera très inégal d’une phrase à l’autre au cours de la soirée, avec des aigus parfois difficiles, un chant moins investi, une vocalisation moins aisée, et des récitatifs moins réussis. Décevant !

 

 

La défaillance vocale, en revanche, n’est pas ce que l’on craint de la part de Garanca : la voix est superbe, puissante, éclatante, avec un beau timbre naturellement sombre. Son Sesto est plus vindicatif, plus sain et sensiblement moins introverti que celui de Graham. Son naturel dramatique et vocal est plus spontané : on aimerait parfois plus d’attention aux mots, plus de nuances. Nuances bien présentes pourtant dans un magnifique « Deh per questo istante solo», et ses deux airs transportent la salle, à juste titre. Seul et magnifique trille de la soirée dans « parto, parto »… Gagnante indéniable à l’applaudimètre !

 

 

Antonacci, évidemment, est très attendue dans un rôle particulièrement tendu où on l’imaginait bien, de voix comme de tempérament. Le premier récitatif déconcerte : quelques minauderies entachent le chant, Antonacci joue un peu les pestes hystériques. On se surprend à préférer la composition contenue de Nagelstad. Cependant, dès qu’elle parcourt la scène -et sa tessiture- dans « Pria che il sol tramonti » du duetto avec Sesto, on retrouve la diva, présence et charisme, voix et phrasé magnifiques : superbe numéro d’entrée. De même, les couleurs de « Deh se piacer mi vuoi » sont finement séduisantes et souriantes, bien choisies, jusqu’à ce qu’elle se mette à nasiller sur une reprise d’« aletta ad ingannar ». On fronce le sourcil. Inégale, Antonacci le sera toute la soirée, surtout du point de vue de l’incarnation, là où on attendait beaucoup ! Son trouble dans « Vengo… aspettate » passe tout à fait inaperçu ; il faut dire qu’elle négocie un passage tendu vers l’aigu, et se concentre sur son chant dans les dernières mesures (contre-ré effleuré sans problème, ce sont les aigus tenus précédents qui sont prudents). Les errements – certes assez ridicules – du début du finale I ne sont pas convaincants. Quelques minutes plus tard, le regard intense et sa silhouette tragique découpée à contre-jour alors qu’elle fixe Sesto pour l’enjoindre à se taire fascinent de nouveau. Les ensembles du  second acte sont réglés plus mécaniquement qu’autre chose. La scène du « Non più di fiori » tombe un peu à plat : on ne sait pas trop où elle va, dramatiquement et vocalement. Par ailleurs, alors qu’elle arrache d’un coup son collier au milieu du morceau, les dizaines de perles vont rouler jusque dans la fosse et frappent bruyamment les timbales… la salle éclate de rire. Antonacci réussit cependant à retrouver sa concentration et reconquérir le public et s’en tire très bien, avec noblesse et un chant parfois dur mais habité. On a pourtant le sentiment de rester sur sa faim, qu’elle peut mieux faire. D’autant qu’agenouillée devant Tito pour avouer sa faute, elle n’est vraiment pas convaincante non plus. Finalement, son moment le plus beau est la pantomine suivant le trio où Sesto est arrêté : elle ramasse amèrement les hortensias jetés à terre, et sort de scène.

 

 

Les seconds rôles, enfin, ne sont pas très enthousiasmants, à l’exception de Syurina, toujours aussi délicieuse. On sent bien qu’il n’y a pas forcément beaucoup de potentiel derrière, mais cela coule de source, c’est très joli, ravissant. On pourrait cependant imaginer Servilia moins ingénue, surtout pour l’air « S’altro che lagrime ».

Minutillo a un timbre sans personnalité, plutôt laid même, assez clairet, ce qui gêne dans ce rôle travesti souvent sollicité dans les lignes graves des ensembles. Elle ne semble trouver de la substance que dans « Tu fosti tradito », mais cela manque vraiment d’intérêt, à tous niveaux.

Roland Bracht est indigne : voix grossière, chant sans élégance, voire carrément faux (l’attaque de « Mille diversi affetti »), il arrive à déséquilibrer les ensembles, qui n’avaient pas besoin de cela… Dire que je l’avais trouvé correct l’an passé ! Quel relâchement…

 

 

Voilà un spectacle qui intéresse de moins en moins au fur et à mesure, et qui manque cruellement de soutien, sur le plan dramatique et musical. Quel dommage, car avec les personnalités présentes dans les premiers rôles, il y avait de quoi faire un beau spectacle ! J’avais, ainsi, préféré la représentation de la saison passée… Même si Antonacci est vocalement meilleure que Nagelstad, celle-ci, et surtout l’équipe qu’elle formait avec ses partenaires, était scéniquement plus convaincante sur la durée. Il est vrai, aussi, que je découvrais le spectacle, et qu’il ne s’agissait pas d’une générale…

J’espère que beaucoup d’éléments seront donc rodés par la suite, car malgré la direction, il y a matière à de belles d’émotions. Dont je n’ai tout de même pas été entièrement privé, d’ailleurs.

Vive la Clemenza  !

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15 septembre 2006 5 15 /09 /septembre /2006 22:35

Strauss, Salomé

Bastille, générale du 15 septembre 06

Direction musicale Hartmut Haenchen
Mise en scène Lev Dodin


Salomé Catherine Naglestad
Herodes Chris Merritt
Herodias Jane Henschel
Jochanaan Evgeny Nikitin
Narraboth Tomislav Mužek
Page der Herodias Ulrike Mayer
Erster Jude Wolfgang Ablinger-Sperrhacke
Zweiter Jude Eric Huchet
Dritter Jude Mihajlo Arsenski
Vierter Jude Andreas Jäggi
Fünfter Jude Yuri Kissin
Erster Nazarener Ilya Bannik
Zweiter Nazarener Paul Gay
Erster Soldat Friedemann Röhlig
Zweiter Soldat Scott Wilde

Orchestre et Choeurs de l’Opéra national de Paris

De retour de la générale, voila mes impressions à prendre avec des pincettes puisque les chanteurs ne sont pas tenus de tout donner lors des générales. Autant dire que j'y allais un peu à reculons: j'ai detesté La Dame de Pique de Dodin, j'avais de gros doutes sur Naglestad là dedans, le concert qui sera donné à Pleyel promet d'être bien meilleur (avec Stemme et le même Merritt), cette production soulève franchement peu d'enthousiasme chez les straussiens chevronnés...eh bien finalement il y avait de très bonnes choses.

Chris Merritt est excellent, si la voix est abimé et le vibrato préoccupant, le rôle et le ridicule desespoir du lâche sont parfaitement rendus.

Catherine Naglestad est franchement limite question tessiture dans ce rôle redoutable, mais son engagement ses talents de comédiennes, sa grâçe lorsqu'elle évolue sur scène sauvent une prestation bien aboutie; et pour ceux qui se posent la question: sa danse des 7 voiles l'est tout autant! Si théâtralement et physiquement elle s'en sort très bien, son chant manque donc beaucoup de maitrise et je ne conçois pas cette partie chantée sur le fil du rasoir, au contraire, sûre de son pouvoir de séduction, Salomé est à tout instant dans la maîtrise, sa folie finale n'est que la continuation logique de sa vanité mise en déroute par le prophète, si cette figure est si forte dans la mythologie chretienne, c'est justement qu'elle incarne une raison adverse du chrisitannisme, laquelle triomphe de lui à court terme.

Jane Henschel affublée d'un boudin tressé évoque plus le kougeloff hurlant que la mère infâme, elle appuie trop le coté furie hystérique pour donner une réelle épaisseure à son personnage. Evgeny Nikitin est tout simplement mauvais, incapable d'évoquer la splendeur et le respect imposés par le Verbe, la parole divine, mais peut-être s'économisait-il. Tomislav Muzek manque de style et traduit plus la nigauderie que la puissance de séduction de Salomé.

La divine surprise vient de l'orchestre qui déploie sa splendeur dirigé brillament par Hartmut Haenchen, couleurs, rythme, équilibre, j'ai été comblé (mais n'étant pas spécialiste de ce répertoire, je suis assez bon public).

La mes de Lev Dodin meuble plus souvent qu'elle signifie: quelques trop rares bonnes idées (l'éclipse de lune, le manteau jaune-putain d'Hérodias qui couvre la nudité d'Hérodiade, la chorégraphie de Salomé qui évite l'ecueil de la chanteuse peinant à imiter la danseuse), des réussites plus contestables (les lumières très belles et élégantes - n'était ce sempiternel éclairage au néon depuis la coulisse latérale - mais qui manquent de violence, de sauvagerie, n'évoquent en rien le malheur, la catastrophe tragique de cette lourde nuit méditerranéenne) et des ratés (le statisme des soldats, page et juifs tout le début, une direction d'acteur assez répétitive, un décor joli mais pas très fécond). Bref à coté de la luxuriance de la partition et de la richesse du livret, la mes n'évoque presque rien et est même carrément indigente dans le duo entre Salomé et Jochanaan où cette première ne fait que tournicoter autour de second et où aucun mouvement ne colle au texte pourtant plein de retournement et d'indications physiques.

 

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24 août 2006 4 24 /08 /août /2006 20:38

Parceque je ne vais pas qu'au TCE, voilà l'avis que j'avais rédigé pour ce concert au Chatelêt.

Alors de retour du Chatelet après 8 heures d'opéra, je ne peux résister à  l'envie de vous faire part de mes impressions à chaud(et vu le boulot que je vais avoir à  partir de cette semaine, je ne vous les servirai jamais froides, je vous préviens).  

 

TAMERLANO 

Je ne connaissai pas du tout cet opéra, je serai donc moins pointilliste que pour Alcina. En tout cas c'est une sublime découverte!!! 

L'orchestre était un peu tendu dans la première partie; résultat, les chanteurs n'étaient pas tous très justes dès que le tempo s'accélérait et à  l'entracte je pensai que cette oeuvre ne pouvait supporter la médiocrité et que ce n'était pas une partition impérissable de Handel. Or dans la seconde partie, Rousset a repris le dessus fort des applaudissements précédents, et là cela a été LE PIED INTEGRAL!!!!! 

L'oeuvre commence assez lentement et le drame ne démarre réellement que dans la seconde partie, du coup on a droit à  des tas de lamenti et airs en demi-teintes qui ne sont pas les meilleurs que je connaisse et seraient un peu fastidieux chantés de façon juste honnête. La seconde partie elle par contre recèle des perles dans tous les genres: lamento d'Asteria ("Cor di padre"), récitatif accompagné de la mort de Bajazet, air de bravoure de Tamerlano, duo Asteria-Andronico. Voilà  des pages parmi les plus belles de Handel!! Et enfin un opéra qui ne se finit pas par un faux lieto fine et où les personnages sont réellement attristés, bien qu'une lueur d'espoir se dégage. 

Pour les blagues de livret, on remerciera les traducteurs de nous avoir placé trois fois "Encore toi?!!" dans la bouche de Bajazet façe à  celle qu'il croit l'ambassadrice d'Irene(vive le comique de répétition); mais le must de la soirée fut: 

"-Où est ta fille? 

- Sur le trone!"

suivi de: 

"La place est libre Irene!"  

Pour Bejun Metha je partai avec un a priori mitigé: son Tolomeo m'avait moyennement convaincu mais son Farnace (Mozart) m'avait enthousiasmé. Il a eu cet après-midi un peu de mal à démarrer et son péché mignon, le cafouillage, s'est manifesté plusieurs fois, mais là  Rousset a aussi sa part de responsabilité. En tout cas cela fait plaisir d'entendre un contre-ténor avec un tel volume qui prend autant à coeur l'expression du personnage, en particulier dans les récitatifs!! Son air de bravoure dans la seconde partie était par contre excellent! Les vocalises à toute vitesse (et parfois aussi dans tous les sens) depeignaient parfaitement le tyran capricieux (un peu trop même, cela tirait sur l'hystérie enfantine mais qu'importe, cela fonctionnait à merveille).

Bruce Ford ne m'a pas tout de suite charmé: vocalises lourdes et un peu pateuses au début, il s'est rattrapé de façon grandiose pour sa mort!! Je ne soupçonnais pas tant de finesse et d'intelligence chez ce chanteur auquel je finissai par m'habituer un peu trop à force de disques Opera Rara. C'était sublime et émouvant, avec mon amie nous étions frigorifiés! 

Sandrine Piau a tout déchiré dans Asteria!!! Ca le faisait grave! J'espère par ces termes traduire l'intensité de mon ravissement! Je ne sais plus quoi dire pour chanter ses louanges! Ses piani sont sublimes, son jeu très investi, son "Cor di padre", que je connaissai déjà  par son disque Opera Seria, m'a subjugué. En plus cette femme a l'air gentille et timide! Sous les ovations elle pressait d'un geste de la main ses partenaires de venir pour le récitatif! Et je me souviens aussi de la phrase d'introduction de son bis pour son concert de Motets de Vivaldi à Beaune, dans laquelle elle faisait preuve d'humour et de modestie loin de tout narcissisme, pourtant il y aurait de quoi! Vive Sainte Sandrine! 

Patricia Bardon!! Que dire là  encore! Elle n'a qu'à ouvrir la bouche pour que je me jette à ses pieds! Ses graves et tout et tout! Rhaaaaaa! Ses vocalises filées, son interprétation sensible et impliquée! Pour critiquer je dirai juste que ses aigus sont un peu limites. En tout cas son duo avec Asteria était le sommet d'émotion de la soirée (avec la mort de Bajazet)!  

Kristinna Hammarström n'a pu dévoiler qu'une partie de son talent (et de ses épaules aussi!) dans le petit, mais pas facile non plus, rôle d'Irene. Là aussi parfaite! Rien à redire! Je l'avais beaucoup aimé dans le Teseo d' Arianna in Creta, eh bien je n'ai pas été déçu de la retrouver!  

Lars Avidson enfin n'a que deux petits airs dont il s'est fort bien tiré avec un beau timbre et des vocalises bien senties.

Bref un seul regret: POURQUOI C'ETAIT PAS MIS EN SCENE?!!!!!  Bordel à cul de merde!! Je n'ai pas un instant senti passer ces 4 heures de spectacle! C'était d'autant plus rageant que, mis en scène à  Amsterdam quelques semaines plus tôt, les chanteurs n'avaient ni partition ni pupitre et jouaient à moitié sur scène! Et ce n'est pas les splendides robes de nos dames qui m'ont consolé de cette lacune visuelle pour tant de magnificiences sonores. 

Ce Tamerlano d'anthologie fut diffusé sur France Musique le 21 janvier 2006 à  19H30. La perte de la magie du concert était un peu rédhibitoire au début de l'oeuvre, et la prise de son pas top voire rabougri (merci France Musique, déjà que l'on reproche à Rousset sa direction étriqué, ça n'arrange rien!).

Et encore BRAVO à Sandrine et Christophe qui se sont vu remettre le prix de je-sais-pu-quoi-mais-ça-avait-l'air-important pour leur disque Opera Seria chez Naïve qui le mérite dix fois! 

Bon maintenant: 

ALCINA 

Malgré les coupures(le ballet des songes, le da capo du second air d'Astolfo et celui du trio du dernier acte, Bramo di trionfar comme d'hab', et le choeur du lieto fine, ça c'est pas trop grave!), Rousset nous a encore démontré tout son talent avec quelques passages contestables tout de même mais c'était compréhensible étant donné sa folle journée: "Ombre pallide" et "Non e amor ne gelosia" étaient bien trop rapides à mon goût. Je ne saurai dire si c'était déjà  le cas à  Montpellier puisque j'étais alors totalement néophyte, mais là  cela m'a plutôt géné, surtout pour l'air d'Alcina qui est sans doute mon préféré de la partition. Les solistes furent brillants: bravo au premier violon pour "Alma sospira", aux violoncelles pour "Credete al mio dolore" et aux flautini pour "Mio ben tesoro". 

Christine Schäfer ne m'a pas accroché(si ce n'est par le magnifique rideau rose de la maison de Candy qui lui servait de robe!): elle n'est pas magicienne c'est certain, mais à jouer dès le départ la carte de la femme bléssée, le personnage ne connait plus aucune évolution et y perd en épaisseur. De plus elle s'attachait surtout à chanter plus qu'à  jouer son rôle: elle avait des aigus bien sonnants et très beaux, mais son medium était avare de couleurs et de contrastes. Le tout était donc assez inégal, de la fadeur à l'intermittence de la beauté. Son "Ah mio cor" était son plus beau moment, car mise à nu par une partition minimaliste et très réduite pour l'orchestre, elle était obligée de s'investir. 

Alice Coote défaillante, Silvia Tro Santafé la remplaçait: FIOU!!! Alors c'est vrai que le timbre est assez commun et que les vocalises sont amenées de façon assez heurtées mais alors! C'est la plus beau Ruggiero que je connaisse avec Della Jones! Je ne regrette pas de n'avoir pas entendu Coote qui à Dresde était bien commune, mais alors pas du tout! Tro Santafé m'a foutu par terre! Sa voix remplissait le théâtre plus que toutes les autres, son jeu était parfait jusque dans ses airs, ses variations belles et intelligentes. Son "Verdi prati" était sublime, fin et délicat; quant à  son "Sta nell'ircana" je ne tenais plus sur mon siège! Excité comme une puce le Licida malgré 7 heures d'opéra dans la tête! JOUISSIF! De plus les cors, même s'ils ont mal commencé, étaient assez justes. Bref c'est LA révélation pour moi! J'ajouterai simplement que dans d'autres conditions, c'est à dire suite à un travail avec le chef que ne permet pas le remplacement, elle pourrait devenir un Ruggiero idéal en polissant les quelques imperfections vocales qui accompagnent son enthousiasme diabolique.

Inghela Bohlin : pour une fois, Morgana est elle aussi magicienne! J'aime passionément la tendresse de Dessay dans ce rôle, mais la prestance de Bohlin m'a enthousiasmé! Son "Tornami a vageghiar", de prière devient ordre au da capo(voilà  qui vient justifier ces da capo dramatiquement justement pour ceux qui trouvent encore que ce sont d'inutiles répétitions), son "Alma sospira" respirait l'impériosité bléssée, son "Credete al mio dolor" était enfin la souffrance d'une reine et non d'une soubrette ou de la pâle petite soeur d'Alcina. Pour le coup Morgana était ce soir le grande soeur d'Alcina! Voilà  donc une Morgana qui n'est pas un personnage secondaire: Ingela campe une magicienne "méchante"(je le met entre guillemets car la partition de Handel est suffisamment intelligente pour écarter les distinctions manichéennes du livret) mais tout aussi touchante que sa soeur.   

Il faut entendre Marijana Mijanovic au moins une fois sur scène! D'une parce que sa voix de contralto est sans doute la plus particulière et la plus belle que je connaisse dans son étrangeté, mais aussi parce que c'est une très belle femme qui a de grands talents d'actrices. Fort des commentaires de certains j'avais des craintes sur sa projection: eh bien force est de constater que du fond du second balcon, on l'entend parfaitement (sonorisation? j'ai fait attention et cela n'avait pas l'air, mais je peux me tromper). Cela dit, sa Bradamante ne m'a pas plus convaincu qu'à Beaune: seul son dernier air est vraiment à la hauteur de son génie, les deux premiers la trouvent en peine de virtuosité: ses vocalises sont très engorgées, mais ses aigus sont puissants. Là encore donc résultat inégal. 

Cassandre Berthon: eh bien on le tient notre Oberto!! Enfin une chanteuse qui n'arrive pas là comme un cheveux sur la soupe dans ce rôle et qui justifie qu'on le garde. Si son premier air était un peu trop volumineux pour une complainte, son second air respirait la joie à pleins poumons(mais pas de da capo) et son "Barbaraaa!" a évité le syndrome Katherine Fuge tout en restant très dramatique et puissant! Comme quoi l'intelligence cela sert même pour ces petits roles. Tout y était, la candeur, le ravissement enfantin puis la rage, on voyait grandir le fils à  son papa sous nos yeux. Je lui pardone même ses petites scories et son contre-mi crié à  la fin puisqu'il venait après tant de beauté dans la bravoure et que cela collait parfaitement au personnage. Par conte Cassandre, les chaussures XVIIIème c'était pas terrible.  

Jeremy Ovenden: mauvais et nasillard dans son premier air, honnête dans le second et très bon dans le dernier.  Il marche au diesel?? Plus sérieusement ce monsieur détimbre dans les vocalises(syndrome Veronica Cangemi), or comme ses deux premiers airs sont virtuoses, ben ça passe pas. Pas terrible donc mais peut sans doute mieux faire dans des rôles de ténor plus timorés vocalement.

Olivier Lalouette fut assez bon, mais je n'ai jamais adoré l'air de Melisso, vaine réprimande moraliste et assez ennuyeuse. 

Cet opéra fut diffusé sur France Musique le 1er avril 2006 à  19H30.

Et je peux enfin vous proposer ma distribution idéale pour cet opéra (que vous et les maisons de disques attendiez tous impatiemment, ne le niez pas!): 

Minko à la baguette, Gauvin en Alcina, Tro Santafé en Ruggiero, Berthon en Oberto, Bohlin en Morgana, Auvity en Oronte, Sedov en Melisso, et pour Bradamante, Mingardo ou Prina.

Licida - ce jour là j'ai compris pourquoi j'étais si heureux de vivre à Paris!  

 

Et encore merci à  Christophe pour ma plus belle journée baroque!!  

 

Ps: j'aimerai bien que le Chatelet soit aussi vide plus souvent! Cela m'a permis avec mon amie de nous replacer à  l'aise au second balcon pour les deux opéras et tout ça pour deux fois 11€ mesdames et messieurs! qui dit mieux?! 

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24 août 2006 4 24 /08 /août /2006 20:18

 

Voilà  mon p'ti avis sur cette soirée: 

 

 

L'orchestre, Kammerorchester Basel, était fort bon, et pour preuve je ne me suis presque pas ennuyé pendant les Tafelmusik de Telemann! Je n'ai pas trouvé cela passionant non plus, c'était assez répétitif mais les bassons sonnaient très juste et nous avions la chance de voir et d'entendre une archiluthiste(je savais même pas que cela existait!). Seul point noir: du deuxième balcon, j'entendai un peu trop le clavecin qui couvrait du coup les cordes, pour la mélodie c'était limite! Mais c'était sans doute du à  ma position dans la salle. Paul Goodwin est un chef que je ne connais pas du tout (je le confondai même avec un autre Paulo: Maccreesh!), mais ses partis pris étaient intéressants, surtout dans le "Scherza infida" bien plus violent et heurté que celui de Minko. 

 

David Daniels a très mal commencé: "Fammi combattere" savonné, sans volume, fade malgrè deux belles descentes vers le grave et des vélléités d'ornemantation au da capo.  En gros cela manquait franchement d'héroïsme et de mâlattitude! Son "Pompe vane di morte...Dove sei?" (Rodelinda) le trouvait bien plus en voix et même assez touchant. De très beaux aigus, de la projection cette fois et une incarnation certes assez fruste à  coté de Magdalena, mais présente tout de même. En tout cas un immense MERCI au nigaud qui a applaudi et hurlé "BRAVO!" juste entre les derniers "Vieni" et "l'alma a consolar" avant même la cadence finale! Chapeau!  Rarement le charme aura été  ce point brisé!  Le "Se infiorito" de Giulio Cesare était moins attachant. De toute façon Daniels ne m'a jamais passioné: si j'adore son interprétation dans Theodora, le reste me semble bien palôt et surtout son Rinaldo! donc pas de surprise...(en plus la cravate orange sur la chemise blanche ça faisait un peu: j'ai vomi mon déjeuner et me suis tout craspouillé! 

 

La triomphatrice de la soirée était donc Magdalena Kozena: mon a priori n'était pas mauvais mais pas délirant non plus, j'avais moyennement apprécié son Orphée mais beaucoup son disque Le Belle imagini et surtout les cantates de Handel avec Minko. Eh bien ça y est, je suis ravi!! La mort de Didon est la plus charnelle que je connaisse, la plus incarnée, la plus violente(en même temps j'en connais pas beaucoup), on sentait la chaire humaine en train de dépérir et pourtant comment ne pas être ému! Vraiment plus ça va plus j'aime Purcell! Kozena jouait intimement cette mort, on voyait son corps se contracter, son visage grimacer (depuis le second balcon!): la beauté sortant d'une situation atroce et présentée comme telle! Sublime!

 

 

Mais le meilleur restait à venir: les airs d'Ariodante. Voilà  une chanteuse qui sait ce que son texte signifie: "Amuse toi infidèle, dans les bras de ton amant. Moi, trahi par ta faute, je m'en vais me jeter dans les bras de la mort. Tantôt ombre funeste, tantôt esprit désincarné je reviendrai te punir et briser cet indigne lien." C'est la souffrance du guerrier dont l'honneur est bléssé qui est présentée ici. J'aime passionnément aussi l'interprétation de von Otter, ce sont deux facettes d'un même personnage qui sont totalement défendables: avec von Otter on entend l'être humain désespéré qui dépose son armure du guerrier dans la souffrance, avec Kozena c'est l'inverse, on ne perd jamais de vue que c'est un guerrier qui s'exprime mais on voit palpiter son coeur à travers son armure percée. C'était vraiment une approche originale du personnage(du moins pour moi): la rancoeur mélée à la souffrance et au désir de vengeance. Ariodante n'apparait plus du tout comme un être parfait qui succombe héroïquement sous le poids de la fatalité, mais comme un être humain qui ne comprend pas vraiment ce qui lui arrive. Du coup l'orchestre assez violent était tout à  fait dans le ton: Ariodante avait ce soir des echos raciniens: Ah! Je l'ai trop aimée pour ne le point haïr! Le "Doppo Notte" était un peu inférieur tout de même: j'ai trouvé Kozena plus en peine pour rendre la luxuriance de cet air. Les vocalises étaient très bien menées mais sa tessiture la limite nécessairement. La finesse psychologique n'étant pas la qualité première de cet air, l'intelligence de Kozena y faisait moins de miracle. Or dans cet air j'aime que cela sonne (Larmore) ou que cela coule de source (von Otter). 

"Scherza infida"

"Doppo notte"

 

 

Les duos à  présent: celui de Rodelinda était vraiment magnifique et effectivement Kozena essayait de diminuer sa projection pour que Daniels reste audible et c'était justifié, l'un comme l'autre étaient superbes. Façe au succès nous eûmes donc droit à trois bis: "Sound the trumpet" de Purcell que je ne connaissait pas; "To thee" de Theodora, bon ben là  forcément! Le meilleur rôle de Daniels plus Kozena ça fait des étincelles. Mais l'orgasme cela fut sur le "Pur ti miro" de Ferrari, ça se passe de mots!! 

"Pur ti miro"

 

Et pour ceux qui me croiraient pas (oh les vilains!): ce concert a été diffusé sur France Musique le mercredi 28 décembre à 20H00. 

 

Et encore merci à  tous ceux qui ne sont pas venus! J'ai pu me replacer facilement!  

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18 août 2006 5 18 /08 /août /2006 20:11

Le premier article de Clément pour Alma oppressa: fanfares!

Ann Hallenberg à Beaune

Accompagnée de Jory Vinikour, au clavecin et au piano forte, une des meilleurs mezzo baroques actuelles, à la voix longue et agile, nous présentait un programme qui se voulait un reflet du contexte musical mozartien.

Pour cela, elle, son accompagnateur – répétiteur réputé dans plusieurs ensembles baroques – et Damien Colas, ont choisi des airs souvent inédits et fort rares. Ces extraits couvrent le genre galant, « napolitain » des années 1730, et l’esthétique seria de l’époque mozartienne, avec le dernier rondo de Sarti.

Programme très intéressant donc, de bonne qualité musicale, et dont voici le détail pour la partie vocale :

Accompagnement au clavecin :

-         Dal tuo voler dipende / air de Siroe, dans Siroe de Hasse (écrit pour Farinelli)

-         Son qual misera colomba / air de Cleofide, dans Cleofide de Hasse (écrit pour Bordoni)

-         Accompagnato et air Di quello ch’io provo / air de Ruggiero dans Ruggiero de Hasse (écrit pour Manzuoli)

-         Voi che adorate il vanto / air de Gandarte dans Alessandro nell’Indie de Holzbauer

 

 

Accompagnement au pianoforte :

-         Six Lieder (allemand et français) de Kraus

-         Deh se piacer mi vuoi / air de Vitellia dans La Clemenza di Tito de Bernasconi

-         Terribile l’aspetto / air d’Achior dans La Betulia liberata de Gassmann

-         Lungi da te ben mio / air de Rinaldo dans Armida e Rinaldo de Sarti (écrit pour Marchesi)

-         Prendi, O cara il prence armato / air tiré de Medonte de Sarti (aussi pour Marchesi ?) 

 

 

Bis :

-         Lascia la spina / air du Piacere dans Il Trionfo del tempo e del disinganno de Haendel.

 

 

 

 

Le programme début donc sur Hasse, dont les deux premiers extraits donnés sont tout de même loin de Mozart, car créés dans les années 1730. Ces airs nous permettent néanmoins d’entendre le jeune Hasse dans les années qui voient sa gloire éclore dans toute sa splendeur, et son style influencer l’Europe entière. A ce titre, ce compositeur, que Burney voyait comme un des plus unanimement reconnus et appréciés au XVIIIème, avait pleinement sa place dans le programme, d’autant que Mozart a entendu et apprécié l’art de son illustre aînée. Bien entendu, à l’époque de Mozart, le style de Hasse passait pour un peu démodé, tant dans la forme strictement métastasienne de ses opéras (arias da capo enchaînés, peu ou pas d’ensemble), que musicalement.

On pourra expliquer ainsi le succès remporté par la serenata rayonnante du jeune prodige Mozart, Ascanio in Alba, face au lourd vaisseau qu’est le Ruggiero de Hasse, en 1771. Le livret n’est, de fait, pas le plus digeste du grand Metastase –ce sera le dernier- ne ménage aucun ensemble, et le texte des airs est un peu plat. Cependant, la musique de Hasse, moins susceptible de séduire le public de son époque plus sensible aux charmes d’un jeune créateur, mérite bien plus que l’image qu’on peut s’en faire étant donné l’échec relatif de l’œuvre.

Hasse, en ces années où le langage se fait de plus en plus « classique », révèle un style qui a su évoluer par rapport aux premières années, de toute évidence. Les airs sont plein de charmes, et notamment ceux des actes II et III. Ruggiero, destiné au vieux castrat sopraniste devenu contralto, dispose d’une partie flatteuse, et clos les deux premiers actes avec fougue, par exemple avec le « Di quello ch’io provo » ici chanté.

Le style est plus ancien, mais la musique au moins aussi prenante que la partie d’Ascanio.

Commençons néanmoins par les premiers airs du concert : Dal tuo voler dipende est une délicate aria destinée à un héros injustement accusé, par sa famille, son aimée, un rôle de douce victime qui allait comme un gant à Farinelli. Siroe dépose son destin entre les mains d’Emira, vindicative amante partagée entre son amour pour Siroe et la vengeance qu’elle veut mettre en œuvre contre le père de celui-ci, Cosroe. A ce moment de l’œuvre, Siroe la met face à ce choix, car c’est Siroe qui se trouve injustement accusé de vouloir tuer son père.

Le style est typiquement du genre galant et touchant, délicatement émouvant, comme le plus fameux « Per questo dolce amplesso » d’Artaserse et destiné au même Farinelli. Au moins deux autres airs du Siroe de Hasse sont écoutables au disque, dans de bonnes versions : il s’agit des airs « Vedesti mai sul prato », à l’origine chantée par Emira, et « Spesso tra vaghe rose », de Siroe, airs attribués respectivement à Tamerlano et Andronico dans son Bajazet (le mieux est cependant d’y écouter Mingardo). Hallenberg, dans Dal tuo voler dipende, fait la preuve de sa musicalité, de la finesse de ses ornementations di grazia, et des belles couleurs variées de son timbre.

Cleofide, version de Hasse de l’Alessandro nell’Indie métastasien, a déjà été gravé intégralement pas Christie, avec Emma Kirby dans le rôle-titre. Son qual misera colomba clôt l’acte II, seul morceau de haute virtuosité destiné au rôle-titre, mais morceau redoutable, par la longueur des traits et les figures virtuoses exigées (notes battues…). Toute la scène et l’air ont été ajoutés par rapport au livret d’origine, afin de mettre en valeur la plus célèbre cantatrice de l’époque, Faustina Bordoni, épouse de Hasse.

On constate ici que le mezzo d’Hallenberg est parfaitement à son aise dans la tessiture grave de la Bordoni. Hallenberg vocalise avec aisance, essayant de donner son poids dramatique au morceau. Le da capo est très séduisant. Soulignons, dans ce morceau comme dans les autres, qu’Hallenberg sait triller de façon assez convaincante, ce qui est trop rare pour être souligné !

La scène et air Di quello ch’io provo de Ruggiero est très belle, destinée à mettre en valeur les graves du vieux castrat Manzuoli, alors en toute fin de carrière, et passé d’un soprano aigu radieux (Idaspe dans le Bajazet de Vivaldi) à un contralto solide – qui garde la trace de ce passé de soprano, clairement, cela s’entend dans la partie B. L’accompagnement au clavecin, ici, ne rend pas tous les charmes et les couleurs de l’instrumentation originale, teintée de cors mélancoliques ou de tenues de hautbois.

L’air va fort bien à Hallenberg, en termes de caractère, de tessiture (les incursions dans l’extrême grave sont soigneusement amenées), de ligne. Intéressant, par ailleurs, de constater comme Hasse a su évoluer musicalement, il ne s’agit pas d’un compositeur complètement dépassé par « l’air du temps » en 1771.

L’Alessandro nell’Indie de Holzbauer date de 1755, et Voi che adorate il vanto est un air destiné au secondo uomo de l’opéra. En y entend en effet un air de demi-caractère, dubitatif sur la fidélité des « femmes innocentes » - Erissena fait tourner Gandarte en bourrique. Hallenberg y est encore parfaite, notamment dans les quelques vocalises lentes et élégantes qui la promènent sur une assez longue tessiture. Elle y fait surtout preuve d’une belle attention aux mots, aux couleurs, au texte de Metastasio.

Les Lieder et mélodies de Kraus sont très variés de caractères. Ce compositeur touche-à-tout et novateur a légué tant de l’opéra seria italien, des pièces de chambres, que des œuvres en suédois influencées par les créations françaises (notamment Gluck), sous le mécenat de Gustave III.

Hallenberg se révèle fine mélodiste, et rappelle fugitivement sa compatriote Von Otter dans un des Lieder, de couleur et de ton (dans la troisième mélodie allemande « es war einmal »)! Son allemand et son français sont très correctes. La palette de couleurs est flatteuse, l’engagement constant dans ces belles petites pièces, pas du tout démonstratives, et qui nous amènent très clairement vers la fin du XVIIIème, du point de vu esthétique, par rapport au début du programme.

Retour à une esthétique seria plus habituelle, avec Deh se piacer mi vuoi dans la version de Bernasconi datée de 1768. Le commentateur de FM s’est excusé de n’avoir rien trouvé au sujet de ce compositeur : il ne s’est pas foulé, pour changer. Le nom est tout de même relativement connu, quand on épluche le répertoire de l’époque. L’œuvre a été composée pour Münich, où le compositeur était maître de chapelle depuis 1754, engagé par Maximilian Joseph III pour redonner son éclat à l’opéra régional, eclipsé pendant la guerre de succession autrichienne. Ainsi, Bernasconi fut chargé d’organiser les saisons du nouveau Residenzteater. Sa carrière l’avait auparavant amené sur les grandes scènes de Venise, Milan, Vienne…avec les plus grands chanteurs de son époque. En outre, la chanteuse Antonia Bernasconi, première Aspasia de Mozart et première Alceste de Gluck, était sa fille adoptive (de vrai nom Antonia Wagele), née d’un premier mariage avec l’épouse de Bernasconi, et reçut de lui son éducation musicale.

 Il serait intéressant d’en connaître l’instrumentation, mais tel quel, l’air est plutôt de tessiture grave, peu virtuose, très décidé. Vitellia y est plus fâchée qu’enjôleuse ; on y découvre une femme forte qui sait s’imposer. La coupe de l’air est un da capo classique. Sur l’œuvre intégrale, j’ai pu lire : «  La Clemenza di Tito was one of Bernasconi's final operas; it features 11 scenes of accompanied recitative, and elaborate and involved orchestrations. ~ All Music Guide ».

Il en est de même pour le « Terribile d’aspetto », seul air d’Achior (basse chez Mozart) dans L a Betulia liberata. Chez Gassmann en 1772, c’est un soprano que l’on entend, dans un morceau où l’on retrouve d’abord le texte déclamé, avant une explosion de divisions très profuses, comme dans plusieurs numéros de l’époque. Pour être séduisant, on peut trouver que l’air, qui évoque la figure menaçante d’Holopherne (qui n’apparaît jamais dans ce livret), n’est pas suffisamment effrayant. Mais il manque l’orchestre pour cela, car dans la version Mozart, c’est bien l’orchestre qui crée le plus d’effet dans ce passage. Hallenberg aligne les vocalises sans faillir.

Lungi da te ben mio du Armida e Rinaldo de Sarti est incontestablement un des tubes de la fin du XVIIIème ; le castrat Marchesi, créateur du rôle de Rinaldo à St Petersbourg auprès de la grande tragédienne Todi, fit de cet air touchant un de ses chevaux de bataille, en salon notamment en s’accompagnant seul de la harpe par exemple. C’est ainsi que le sopraniste Aris Christofellis l’a gravé dans son récital « Superbo di me stesso » - mais sous la forme « Lungi dal caro bene », avec des paroles sensiblement différentes, et indiqué comme tiré de Giulio Sabino ( ???).

La simplicité et le ton sentimental de l’air sont très typique de cette époque, où l’on cherche à échapper aux excès de certains interprètes pour retrouver une certaine « pureté » expressive, dont Pacchierotti ou Guarducci, par exemple, se sont fait une spécialité. Marchesi était plutôt du genre virtuose exhubérant, néanmoins il pouvait, avec cet air faire preuve de cette « simplicité touchante » chère au dernier XVIIIème.

Toujours de Sarti, compositeur très considérable de cette époque, dans les genres bouffes et seria (le beau Giulio Sabino, son plus grand succès – toujours avec Marchesi – est disponible chez Bongiovanni) : scène tirée de Medonte. Ce Medonte, re d’Epiro est daté de 1777, créé à Florence.

On est là loin du da capo : c’est plutôt un rondo développé, forme tendant à être très prisée en ces années-là, permettant de faire montre de diverses qualités, du cantabile douloureux à la révolte virtuose contre le sort. Je ne sais pas qui a créé cet air, mais il pourrait bien s’agir du même Marchesi, ou de Pacchierotti. La tessiture en est, une fois de plus, bien longue, et Hallenberg, si ce n’est quelques fausses notes dans la dernières cadence, s’en sort encore avec maestria. 

 

Enfin, Hallenberg s’est fait une spécialité du rôle du Piacere de Haendel, et donne un très beau  Lascia la spina , parfait d’émotion maîtrisée. 

 

Un récital riche en belles découverte, et splendidement interprété ! dommage que nous n’ayons pas entendu la superbe Hallenberg épaulée d’un orchestre.

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8 août 2006 2 08 /08 /août /2006 01:22

Merci à Baja pour cet aricle tout beau tout chaud! 

Elina Garanca dans Mozart 

Parallèlement à ses Mozart à la scène (Annio à Salzbourg, Dorabella à Aix et Vienne, Sesto à Paris dans quelques semaines), Elina Garanca a enregistré au moins deux récitals Mozart : le premier est paru chez Virgin à l’automne dernier (j’en donne un compte rendu ci-dessous), le second paraîtra chez DG au début de 2007 (avec la Staaskapelle de Dresde, mais je n’en connais pas le programme). 

 

Il y a aussi, bien sûr, le DVD du Cosi aixois chez Virgin (le jeu théâtral autant que la beauté de Garanca sont à voir, surtout appariée à Stéphane Degout) et une participation à un curieux « Mozart Album » chez DG, où à côté de la star Netrebko (qui chante Ilia, Susanna, Anna mais aussi Elettra...), Garanca se contente du duo Annio-Servilia et du « Parto » de Sesto. Les échos que j’ai lus sur Amazon.de insistent sur la réussite éclatante de cet air au sein du programme. 

 

Au moment des représentations aixoises, l’accueil avait été contrasté. Certains trouvaient que Garanca n’avait pas la voix pour Mozart, entendez trop opulente, avec en coulisse le cliché bien connu « c’est verdien ». Eh bien, moi j’en redemande des voix comme ça dans Mozart ! Et j’espère pouvoir l’entendre face à Antonacci dans La Clémence.  

 

Quel est votre avis, s’il vous plaît, ô lecteurs ?

 

************************** 

 

ELINA GARANCA : RÉCITAL MOZART (Virgin, 2005) 

 

Airs de concert : « Chi sa, chi sa, qual sia » K. 582, « Basta vincesti — Ah non lasciarmi, no » K. 486A, « Alma grande e nobil core » K. 578, « Misero me ! — Misero pargoletto » K. 77, « Ch’io mi scordi di te ? » K. 505  

 

Airs d’opéras : « Se l’augellin sen fugge », « Va pure ad altri in braccia » ( La Finta Giardiniera ) ; « Ah scostati ! — Smanie implacabili », « Temerari ! — Come scoglio » (Così fan tutte) ; « Deh, se piacer mi vuoi » ( La Clémence de Titus). 

 

Frank Braley, piano 

Camerata de Salzbourg, dir. Louis Langrée 

D'abord, j'aimerais un jour qu'on m'explique d'où vient la réputation de mozartien de M. Langrée. Car pour ma part, je n'entends la plupart du temps que de la miniaturisation orchestrale, un mélange de pastel diffus avec quelques sécheresses, une espèce d'esthétique du "petit" (pas trop fort, pas trop lié, pas trop coloré, etc.), dont le défaut le plus grave est d'affadir le propos expressif en permanence, d'amoindrir la tension et de ruiner parfois le soutien du chanteur.  

 

Le "Come scoglio" de Fiordiligi en offre un triste exemple, avec des ritournelles d'une platitude rarement entendue et une absence de nerf fatale à cet air. L'air de Vitellia au premier acte, de même, ne soutient pas la tension nécessaire. Même l'air de fureur de Ramiro semble privé de chair à l'orchestre, alors que l'air de concert "Alma grande" est très convaincant.  

 

[J’ajoute à ce que j’écrivais en novembre que pour avoir entendu Langrée diriger Zaïde à Vienne avec le même orchestre de façon excellente, je suis désormais beaucoup plus mesuré dans mon jugement ; ce qui n’enlève rien cependant aux insuffisances de ce disque à mon goût]

Cette entrée en matière pourra sembler paradoxale, mais j'ai l'impression que cette défaillance de l'orchestre aggrave (à défaut de les expliquer) certains problèmes de la partie vocale. 

 

On a pu lire, lors des comptes rendus du Cosi aixois puis parisien, que Garanca ne plaisait pas à tout le monde. Pour ma part, je bouderai moins que jamais mon plaisir à l'écoute de cette voix somptueuse, que j’avais découverte dans le Bajazet de Biondi, et dont les délicatesses n'excluent pas la majesté ou la véhémence. Voilà un mezzo qui n'a pas la moitié d'une voix pour chanter Mozart, et c'est tant mieux, sans parler de son fruité si particulier.  

 

L'aisance vocale est réelle y compris sur une large tessiture, mais certaines attaques et certains (très rares) aigus m'ont paru incertains et la vocalisation n'est pas vraiment le point fort de Garanca (l'air d'entrée de Ramiro offre des traits un peu flous, les triolets de Fiordiligi sont plus suggérés qu'autre chose). On entend des détails parfois curieux : ainsi dans l'air de Vitellia, la cadence désarticulée sur "aletta ad ingannar" est d 'un effet douteux et pourquoi escamoter le NN d'"ingannar" sur l'aigu final (ce qui donne "aletta ad inga AAAAAAAA"), alors que la double consonne offre un tremplin expressif extraordinaire (voir Varady ou Baker) ? 

 

En fait, ce qui me gêne un peu, c'est que cette splendeur vocale ne trouve pas toujours sa contrepartie dans une tension suffisante : "Come scoglio", qu'on a plaisir à entendre par une voix de cette couleur sensuelle, ne sonne pourtant jamais comme un air de défi, certaines nuances piano tombant même un peu à plat. Les phrases finales "Non vi rende audace ancor" sont trop mollement phrasées, je trouve, comme si le chant se trouvait menacé d'être noyé dans l'opulence des moyens.  

 

Impression un peu similaire avec l'air de Vitellia : le parti pris expressif semble être celui de la majesté, fort bien, mais on tombe aussi dans une caractérisation assez floue. L'ironie admirable de la maxime "Chi sempre inganni aspetta / Aletta ad ingannar" n'est guère perceptible. On a l'impression en fait, dans cette pièce comme dans d'autres du programme, que Garanca reste trop timide, et comme à l'orchestre c'est le robinet d'eau tiède...  

 

Cette impression de flou dommageable à l'interprétation vient aussi d'une élocution qui manque de netteté. Les consonnes manquent de relief. Voir par exemple les dentales de la partie B de "Misero pargoletto !": "voi foste il mio diletto, voi siete il mio terror". Il suffirait de peu pour que l'éloquence y soit pleinement. J'ai d'ailleurs été frappé par l'air de Dorabella "Smanie implacabili", sensiblement moins défini de ligne, de rythme et de mots qu'en scène à Aix.  

 

Je ne voudrais pas non plus trop faire la fine bouche, mais on attend forcément beaucoup (trop ?) de ceux qu'on aime. Deux magnifiques réussites sont au cœur du programme : l'air de concert "Alma grande e nobil core", d'un geste souverain (et avec un orchestre tiré de sa torpeur) et la grande scène du Demofoonte "Misero me ! — Misero pargoletto" K. 77, dont voici une interprétation qui surclasse vraisemblablement toutes les autres (Berganza comprise), même si là encore, on sent que Garanca pourrait y être moins prudente, y compris dans les ornements, mais la noblesse tragique du morceau est vraiment. Cadence très émouvante.

À l'inverse, l'air de concert K. 505 avec piano obligé me semble pas loin d'être raté, en particulier parce que Garanca et Frank Braley ne vont pas, mais alors pas du tout ensemble. Alors qu'elle chante avec onctuosité, et aussi avec de curieuses hésitations expressives, le piano, sans tendresse et très en dehors (trop même je trouve, il y a un problême d'équilibre général de la prise de son, à mon gré) ne chante pas assez, multiplie les accents et les détachés de façon assez indiscrète. Bref, ça me fonctionne pas, à mon goût du moins. 
(Que cet air, décidément, est difficile à bien rendre ! Berganza et Parsons toujours hors concours)  

 

Bilan inégal donc, mais qui ne doit pas empêcher d'écouter ce témoignage d'une artiste dont on peut attendre encore davantage, car elle le peut assurément.

P.S. Remarque sur le texte de présentation du CD :

Adélaïde de Place serait-elle parente de Marie-Aude Roux ? On apprend en effet, dans ce texte au demeurant passe-partout, que "Smanie implacabili" est un "air d'imprécation" (!) et que : "dans l'air Come scoglio, Fiordiligi, personnage romanesque et fier, y [sic] est peinte dans une succession de coupures et de coloratures au milieu desquelles s'immiscent quelques accents de tendresse". Toi y en a comprendre ?

 

Et franchement, se borner à écrire que le sujet de la scène extraite du Demofonte est "la désolation", alors que le personnage se croit plongé dans une situation d'inceste...  

 

P.S. bis. On n'échappe pas, bien sûr, aux photos chabada de Garanca sur la couverture (en blanc et bleu). La demoiselle est en blanc, dans une espèce de pyjama, l’œil très très très bleu. Au verso elle est couchée sur le ventre, vaguement rêveuse. On dirait une pub clean pour un démaquillant ou pour Sanex. "Ma peau respire, merci Amadé !"

 

 

 

 

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7 août 2006 1 07 /08 /août /2006 15:18

Le Nozze di Figaro par Pido au TCE le 14.10.05

 

C'était pour moi vraiment une très bonne soirée!! Je tiens tout de suite à dire que j'y allais un peu à reculons, car j'aurai du rester devant mon ordi pour m'occuper de mes inscriptions pédagogiques et sachant la place de merde que j'allais avoir dans l'opéra le plus mal foutu de Paris, pour un spectacle dont je n'avais pas eu de bons échos. Or malgrè mon dos qui a bien souffert (puisque je me suis retrouvé par terre pour qu'une amie puisse se décaler et voir) et mon pied qui, à plusieurs reprises, ne répondait plus, engourdi qu'il était, je me suis régalé!  

 

La mes de Martinoty tout d'abord: les costumes très beaux, les décors chatoyants, la direction d'acteurs dynamique mais sans grande originalité, on est loin de la reflexion de Chéreau mais ça reste très agréable à regarder, c'est fin et délicat. A défaut de vouloir nous faire du Schopenhauer comme beaucoup de metteurs en scene "rebelles", on a pas eu du Pascal non plus, mais du bon Voltaire. Une mes réussie donc qui a eu le don de me faire de nouveau rire aux traits d'humour du livret que je connais par coeur, et de me faire sourire tout du long. Bref c'est plus contemplatif que reflexif, mais ça a aussi ses avantages. 

 

Le chef d'orchestre: encore une mauvaise appréhension puisque le souvenir que Pido m'avait laissé dans Medea était des plus médiocres; de plus passer après Jacobs pouvait entrainer une catastrophe. Mais ça a été; à certains moments le tonitruant l'emportait sur le rutilant, mais dans l'ensemble, c'était bien mené sans être plan-plan ni trop barockeux. Je regrette juste le caractère trop sonore des cuivres, qui éclipsait un peu le reste de l'orchestre. Cela dit je préfere ces directions contrastées et vives que les ronronnements de Kuhn.  

 

A présent les séconds rôles qui n'étaient pas tous des seconds couteaux et c'est suffisamment rare pour que je mentionne les plus notables: Pauline Courtin était une magnifique Barberine, son L'ho perduta m'a accroché et ému dès la première note(faut dire que j'ai une tendresse particulière pour cet air): un timbre, chaud, rond, une bonne projection, une articulation sensible, un bon jeu d'actrice, la paysanne était presque trop belle et son sanglot ridicule à la fin de l'air ramenait son personnage dans l'univers de la comédie, contrastant un peu trop avec la noblesse de la servante en sa naïve souffrance. La Marcellina de Sophie Pondjiclis était formidable!! Un jeu d'actrice étonnament présent pour un rôle qui se confond souvent avec le décor: la voir dire "Tu madre" avec embarras, ou tituber pour aller consoler Figaro était un vrai plaisir. Quand à son air, un pur régal, des vocalises franches et claires, de la classe et de l'effonterie: ENCORE!!    

 

Le Cherubino d' Anna Bonitatibus m'a un peu laissé sur ma faim: son Non so più n'était pas assez enfièvré et trop fade, quant à son Voi che sapete, il était certes meilleur mais trop minutieux. De toute façon je la préfere réellement dans des rôles plus affirmés lui permettant de faire des splendeurs comme celles qu'elles nous a données dans les opéras de Pergolesi(L'Olimpiade et Il Flaminio à Beaune).  

 

Veronica Cangemi en Comtesse  Je trouvais que c'était tout de même pousser le bouchon un peu loin: eh bien j'ai été agréablement surpris, certes les graves, y en a pas, ce qui est tout de même génant; cela dit, son intelligence lui a permi de pallier ses carences vocales et à défaut d'une comtesse grande dame et idyllique(j'adoooore Schwarzkopf dans ce rôle!), elle joue une femme écorchée vive par l'abandon de son mari. Porgi Amor n'était pas son meilleur moment (bravo à Martinoty de la faire se rouler par terre en même temps, après tout c'est vrai que l'air est tellement simple à chanter qu'il faut bien rajouter un peu de difficulté!! grrr!), mais son Dove sono était tout à fait satisfaisant et l'on comprend parfaitement qu'elle echange son rôle avec Susanna de qui elle est finalement très proche. De ce point de vue la Canzonetta su l'aria était à mon sens trop peu aboutie, tant scéniquement que vocalement, cela passait un peu inaperçu.  

 

Susanna donc: Patrizia Ciofi a une certaine tendance à l'acidité. Voilà c'est tout ce que j'ai trouvé de méchant à dire!  C'était très bien joué, pas forcément sublime (Giunse alfin il momento assez tendu), mais très agréable tout de même, j'aurai certes aimé plus d'émotion. Tant que j'y suis je parle du Figaro de Andrea Concetti: bien sans plus. Bien chantant mais pas assez caractérisé, trop peu de prestance sur scène, un jeu passe-partout; cela ne dépare pas le reste mais cela n'apporte rien non plus, or c'est tout de même le personnage éponyme!  

 

Il faut dire qu'avec un Comte de cette qualité, le Figaro était bien éclipsé! Rudolf Rosen était splendide!! Une voix de Jupiter tonnant, un jeu passionné, une dégaine terrrrible! C'est lui que j'ai préféré ce soir, certes on peut le trouver un peu violent par moment mais il correspond tout à fait à mon idée du personnage: une brute racée mais encore capable de susciter le désir de cette délicate créature qu'est la comtesse. 

 

Bref, je pense que je vais retourner me bousiller le dos, si cela m'est financièrement possible! J'encourage tous ceux qui veulent passer une bonne soirée à y aller, bien que connaisant l'opéra par coeur j'ai souvent été agréablement surpris et je vais le réecouter, ce que je n'avais guère fait depuis bien longtemps. Entre le Cosi de Chéreau et ces Nozze, l'année Mozart commence très bien! Je ne peux qu'espérer une même réussite pour Don Giovanni(qui sait peut être que les deux seront réussis?!) 

 

Licida - heureux de vivre après un tel spectacle!

 

 

 

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7 août 2006 1 07 /08 /août /2006 15:10

Un second:

Renée Fleming au TCE le 11.11.05

Alors je dois dire que j'y allais surtout pour entendre cette voix sublime et aussi pour m'amuser devant la diva la plus sucrée du moment! De ce point de vue je n'ai pas été déçu: broshing 100% pur hollywood, robe noire et gris rosé entre Tiepolo et de Chirico, les paillettes et la broche scintillante en plus, avec une pièce de tissu dans le bas du dos pointant vers le céant de la dame! Seule déception je n'ai pas pu voir, de là  où j'étais, si la montre qu'elle abhorre sur ses dernières productions discographiques était au rendez-vous.  

 

Bon musicalement maintenant, c'est quand même le plus important: Purcell chanté comme du Schumann faut aimer! Personellement je m'y attendais donc cela ne m'a pas choqué contrairement à mon amie qui a pu mesurer à  quel point l'interprétation baroque avait fait peu de progrès depuis Beverly aux Etats-Unis. Passons aussi sur les Handel: O sleep chanté avec toute l'onctuosité possible ça passait bien, mais Endless pleasure, endless love c'était déjà  d'un goût plus douteux. Je cite encore une fois mon amie: C'est quoi ces chanteuses pour qui "baroque" signifie "orné n'importe comment"?!!  

 

Les Schumann étaient très beaux mais je n'ai pas été vraiment ému outre-mesure et de toute façon je n'y connais pas grand chose en lied donc ne m'en demandez pas plus. 

 

Je l'ai bien plus aimée dans le repertoire contemporain: tout d'abord le très angoissant Apparition de Crumb, dans lequel sa voix cristalline et élégante faisait des merveilles! Etrangement (et malgrè la captatio de Renée avant de commencer)j'ai rarement vu une salle s'ennuyer autant à  ce moment (toux, souffles de lassitude...) et pourtant elle a reçu une ovation générale: le public applaudissait-il plus la fin du morceau que l'interprétation?  

 

Berg je n'y connais vraiment rien, donc je serai bien en mal de commenter cet Altenberg lieder si ce n'est autrement qu'en disant que cela ne ressemblait pas à  l'image sonore que je me faisais de Berg! 

 

Les bis étaient de loin les plus beaux moments de la soirée: I want magic du Streetcar de Previn écrit pour elle m'avait déjà  conquis au disque et en vrai c'est encore mieux(quelle profondeur dans l'analyse!); mais surtout l'air de Marie dans Die Tote Stadt de Korngold était à  tomber par terre!! Langueur, douceur, élégance, émotion, distinction, diction... 

 

Bref Renée dans le vingtième ça déchire! Par contre pour le baroque faudra repasser!(mais bon je vais me rattraper avec le marathon Handel de Cricri au Chatelet!)

 

 

 

 

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7 août 2006 1 07 /08 /août /2006 14:52

Alors pour nourrir le poupon voici quelques un de mes compte-rendus de spectacle. Le premier:

La Griselda de Vivaldi par Spinosi au TCE (21.09.05)

Alors primo l'orchestre: dès le début j'ai trouvé ça sec et trop trop contrasté(ces pauses dans le premier mouvement de la sinfonia cassaient l'unité mélodique) mais il s'est bien rattrapé ensuite et je n'ai pu qu'apprécier sa direction malgrè les tonitriturants cors!  

 

Question dramatisme, on repassera, dans la première partie j'ai a peu près compris, mais dans la seconde ça devenait du n'importe quoi: le roi qui tout d'un coup est au courant de l'amour entre Costanza et Roberto, qui change d'avis comme de chemises sans même s'en expliquer...les récitatifs ont été sauvagement taillés en pièce et merci Clément de m'avoir expliqué à la fin que Costanza était en fait la fille de Griselda! Quant au fait que toute cette histoire n'était qu'un coup de bluff du roi je ne l'ai compri qu'en lisant le synopsis!  

 

Question chanteur commençons par la plus ovationée, Veronica Cangemi: si son dernier air était de toute beauté et vraiment émouvant avec un sublime aigu filé au début du da capo, je n'en dirai pas autant de l'Agitata da due venti!!! Certes j'avais Bartoli dans l'oreille mais j'ai trouvé toutes ses vocalises fades et ternes, elle a chanté l'air courageusement, je le reconnais, mais comme seuls les aigus sonnaient réellement cela faisait un peu distorsion de bande sonore. Elle n'y a pas reproduit la prouesse de son Destin avaro car ici les faiblesses vocales ne venaient pas seconder le désespoir du personnage et franchement je ne trouve pas qu'elle s'ameliore dans la virtuosité en comparant avec son merveilleux Neghitosi or voi che fate d'Ariodante!!  

 

J'ai trouvé Sonia Prina sublime: d'une car j'adore son timbre moustachu et de deux car son dramatisme a fait mouche dans ces airs, c'est la seule du plateau qui m'ai donné le sentiment de jouer son rôle intensément. En plus j'adore sa dégaine de rockeuse et je trouve que sa prestance en scène est vraiment formidable  Bref je courrai la réentendre dans les deux Partenope à la Villette.  

 

Stefano Ferrari avait certes le trac mais il s'en est vraiment bien tiré! son premier air est un des plus virtuoses de la partition et son abattage était sans tâche! Chapeau! Reste cependant un manque de présence caractérisée en scène mais pour une version de concert je ne vais pas chipoter.  

 

Iesteyn Davies était bien sans plus(son rôle lui permettait difficilement de briller) de très beaux aigus doux et ronds mais encore un contre-ténor qui avait oublié ses graves chez lui!  

 

Phiphi était bien aussi mais rien d'extraordinaire, Roberto n'ayant pas droit à un air tel que Solda te mio dolce amore, qui permettrait à Jaroussky de faire preuve de tout son talent. 

 

Et j'ai gardé la surprise de la soirée pour la fin, qui est pour moi loin d'en avoir été le point noir, Blandine Staskiewicz: j'avais franchement pas accroché à son Medoro dans l' Orlando Furioso, et ni Loena(La Belle Hélène), ni Olga(La Grande duchesse), ni la servante de Glauce(Medea) ne m'avaient permi de l'apprecier vraiment étant donné le peu d'importance des rôles; or dès son pemier air j'ai accroché, l'aigu était rond et atteint sans difficulté - a tel point qu'avec Clément je me suis également demandé si elle n'était pas plus soprano que mezzo -, le grave chaud mais cela manquait encore un peu de caractérisation. Mais alors le Dopo un orrida procella, sur lequel plane encore le fantôme tchétchilien, m'a enthousiasmé! En comparaison avec Bartoli elle s'en est bien mieux sortie que Cangemi, on l'entendait parfaitement malgré les cors, elle avait de la vaillance, ses vocalises étaient sans heurts, j'ai vraiment été bluffé! Mais la pauvre Blandine n'a pas recueilli les applaudissements qu'elle méritait d'autant plus à mon avis qu'elle a été distribuée très tard! 

 

Bref mes chouchoutes de la soirées sont sans conteste Prina et Staskiewicz; Cangemi et Ferrari avec un bémol.  

 

Le disque chez Naïve est sorti en 2006 mais avec Lemieux en Griselda et la caoutchouteuse Simone Kermes en Ottone (donc pas de graves au programme!). Et j'attends toujours La Fida ninfa chez Naïve... 

A titre de comparaison entre le live et le disque, voici quelques airs de Griselda et Ottone dans l'ordre dramatique:

"Brami le mie catene" (Griselda)

"Vede orgogliosa l'onda" (Ottone)

"Ho il cor gia lacero da mille affani" (Griselda)

"Andiam Griselda" (Récitatif Griselda/Ottone)

"No, non tanta crudelta" (Griselda)

"Scocca d'ardi l'altero tuo ciglio" (Ottone)

"Doppo un orrida procella" (Ottone)

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