Blog sur l'opéra
Direction musicale Jean-Christophe Spinosi
Mise en scène Fanny Ardant
Décors Ian Falconer
Réalisation des images Jérôme Waquet
Costumes Dominique Borg
Lumières Roberto Venturi
Chorégraphie Natalie van Parys
Hélène de Solanges (Véronique) Amel Brahim-Djelloul
Florestan de Valaincourt Dietrich Henschel
Agathe Coquenard Ingrid Perruche
Ermerance de Champ d'Azur Doris Lamprecht
Evariste Coquenard Laurent Alvaro
Loustot Gilles Ragon
Séraphin Patrice Lamure
Tante Benoît Catherine Hosmalin
Livret Albert Vanloo et Georges Duval
Adaptation du livret Benoît Duteurtre
Ensemble Matheus
Chœur du Châtelet
Je pars du principe qu'il faut toujours essayer avant de juger et même qu'il ne faut pas hésiter à réessayer ce que l'on nous vante comme un chef d'oeuvre, c'est pourquoi chaque saison je me force à aller entendre du Bach en espérant que vienne la révélation. Mais je peux vous dire une chose: je ne retournerai jamais voir Véronique, à moins d'une mise-en-scène sado-maso-trash-gore-porno-et-autres-cochonneries qui permettrait de pimenter l'oeuvre, car c'est bien l'oeuvre qui m'a ennuyé et non la réalisation artistique qui tire tout ce qu'elle peut de tant de platitude. On m'avait vanté une oeuvre pleine de finesse, de charme désuet, très France 1900... ben si c'est ça la France 1900, valait mieux habiter à Vienne! Le livret d'abord est une patisserie fade, compassée et sans esprit (aucun second degré!) en forme de marivaudage raté où règnent machisme (l'air sur la grisette!!), blagues grassement grivoises et crétinerie intersidérale (l'escarpolette... je comprends maintenant tout l'effroi de Natalie Dessay devant ce rôle!). La musique ne relève rien, c'est consternant de platitude, farci de poses affectées, d'une faiblesse mélodique étonnante, surtout pour de l'opérette et flanqué d'une orchestration fainéante. Comme je le disais ailleurs cette distance polie, ce "raffinement" aussi mondain que creux, cette "jolie musique" étalée sur deux heures, pour moi c'est le comble de la musique pour grand-mère dans le mauvais sens du terme, ces vielles dames assagies à la nostalgie aussi confite qu'inventée et qui craignent la jeunesse. J'ai beau aimer les choses compassées quand elles ont la saveur du kitsch, ici c'est d'une transparente vacuité. Quant à trouver ça classe et chic... oui si l'on considère que Nadine de Rotschild est la référence en la matière. A coté d'une oeuvre contemporaine comme L'Etoile, cette Véronique sent décidemment trop la naphtaline. Cette insistance à démonter une oeuvre "sans prétention" peut paraître suspecte et elle l'est: ce n'est pas tant l'oeuvre en soit que j'attaque, elle n'est que le pretexte à une diatribe contre cette forme d'art "sans prétention" qui fait que l'on passe "une bonne soirée", bref la mauvaise télé avant l'heure, où l'art de nous faire passer la vacuité pour de la sobriété et la crétinerie pour de l'élégante simplicité.
Maintenant que je me suis bien défoulé, il est temps de vanter les mérites de la mise-en-scène: tout ici est joli et parfaitement senti, ce qui serait très insuffisant ailleurs, tire le meilleur de cette oeuvre. L'équipe artistique emmenée par Fanny Ardant a effectué un travail remarquable tant sur la qualité des décors, des éclairages et de la scénographie (ingénieuse intégration de la vidéo en fond de scène en prolongement du décor), que dans le luxe et la méticulosité déployés pour les costumes; la direction d'acteurs n'est pas en reste qui permet de faire passer les interminables dialogues (surtout au I!) et d'éviter que les mouvements de foules ne se fassent au détriment de l'élégance de l'ensemble. L'action est transposée dans le Paris des années 50, ce qui permet de donner à cette mise-en-scène des accents du célèbre film Funny face, rapprochement très bien senti car la comédie musicale est la continuation cinématographique de l'opérette et de l'opéra et aussi car le trio de tête de l'opérette (Véronique, sa tante et Florestan) se retrouvent dans le film (Jo, Maggie et Dick) avec les mêmes écarts d'ages (mais des différences de relations qui ont sans doute incité l'équipe à ne pas trop souligner le rapprochement... d'autant qu'avec un peu de chance, c'est simplement mon esprit tordu qui l'a pondu!).
Musicalement maintenant on ne saurait blâmer Jean-Christophe Spinosi et son Ensemble Matheus qui font du bon boulot à défaut de pouvoir faire mieux (quoique...) avec une telle partition; Amel-Brahim Djelloul est délicieuse dans son rôle d'oie qui manigance; l'accent de Dietrisch Henschel donne de la saveur à son élégant Florestan (pas évident quand le livret fait de lui un macho sans le charme viril qui va avec); les accents crillards d'Ingrid Perruche qu'habituellement je n'aime guère (sauf bien dirigée comme dans la Callirhoé de Destousches) conviennent très bien à la perfide et jalouse Agathe; Doris Lamprecht est fabuleuse en grande dame qui s'encanaille, la seule sur le plateau qui nous fasse vraiment rire au delà du sourire poli; enfin les petits rôles sont habilement tenus et joués. Cependant l'ensemble des chanteurs se reposent un peu trop sur la sonorisation, de fait ils chantonnent plus qu'autre chose et les dialogues perdent en impact, si tant est qu'ils en aient jamais eu.
Voilà donc une soirée très oubliable dans une salle trustée par le troisième age dont le sang n'a fait qu'un tour au moment où Véronique a retiré la balançoire derrière le tronc d'arbre (brouhaha dans la salle: "ah c'est l'escarpolette!!" ces gens qui cherchent à tout prix à faire bruyamment montre de leur savoir, ça m'agace) et qui applaudissait les décors (no comment). Il conviendrait cependant de réinviter l'équipe artistique pour des oeuvres plus intéressantes et moins pet-sec.