Blog sur l'opéra
Voici maintenant l'article d'Orlando, le premier sur ce blog et certainement pas le dernier, ne serait-ce que parce qu'il y en a un autre après :-)
Le salon romantique de Maria Malibran
G.; ROSSINI : Beltà crudele
V. BELLINI : « Malinconia, ninfa gentile » – « Vaga luna che inargenti »
G. DONIZETTI : « Me voglio fa’na casa »
G. TARTINI : Sonate « Le trille du Diable »
P. VIARDOT : Havanaise- Hai luli !
G. ROSSINI : Canzonetta spagnuola
R. SCHUMANN / F. F LISZT : Widmung (op. 25 n°1)
G .PAISIELLO/N.PAGANINI : «Nel cor più non mi sento »
F.LISZT : Liebestraum°3, nocturne en La bémol majeur
C. DE BERIOT : Il Sogno di Tartini
Cecilia Bartoli, mezzo-soprano
Vadim Repin, violon
Lang Lang, piano
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Quelle agitation dans le hall de Pleyel en cette matinée du lundi de Pâques ! Malgré l’heure matinale, c’est la foule ! Je serais quand même curieux de savoir combien de courageux auront été là dès 9h pour la projection du -sûrement fort anecdotique- film La Malibran, tourné en 1943 (!) par Sacha Guitry, et dont l’intérêt principal doit être la présence de Géori Boué dans le rôle de la diva …
Disons tout de suite qu’appeler ce programme matinal « Salon Romantique de Maria Malibran » est dans le détail un peu abusif : certes, il est tout à fait vraisemblable que la cantatrice ait pu connaître ces ariette da camera signées des trois plus grands compositeurs italiens d’opéras de son temps, Rossini, Bellini et Donizetti, musiciens amplement servis à la scène; et les quelques pièces pour violon, en solo ou en duo avec la voix, rappellent judicieusement qu’elle aimait, dans les dernières années de sa trop courte vie, à se produire en concert avec son second mari, le virtuose Charles de Bériot. En revanche on ne peut que s’étonner d’y trouver des compositions - quelle qu’en soit la valeur - de sa sœur cadette Pauline Viardot, qui n’avait que quinze ans à la mort de sa sœur. Et la transcription du fameux Widmung de Schumann - lied composé en 1840, alors que Maria est morte en 36 ! - par Franz Liszt eût également pu avantageusement figurer dans un programme en hommage à Pauline! Ajoutons enfin qu’on regrette à l’inverse l’absence de compositions de Manuel Garcia père, voire de Maria elle-même, qui eussent été bien plus à leur place dans ce cadre...
Mais la belle Cecilia, rayonnante et très applaudie à son entrée, aura tôt fait de balayer ces légères réserves, sachant d’emblée créer avec le public une intimité remarquable dans un lieu aussi vaste. Ce premier groupe de quatre mélodies typiquement belcantistes, lui permettent d’exhiber sa technique impeccable, peu sollicitée ici en termes de virtuosité ou de souffle, sa diction phénoménale, et surtout, son formidable art de la communication : de ces charmantes miniatures, elle sait comme bien peu faire passer la tendresse, l’impatience, la rêverie nostalgique ou le sourire… On en oublierait presque, du coup, l’accompagnement bien sec et si peu inspiré du décidément très surfait Lang Lang : beaucoup de cinéma mais bien peu de musique... Il réussit même à plaquer une résolution d’accord trop tôt dans le Donizetti tandis que la chanteuse tient un long trille, un exploit quand on songe à quel point cette musique est, harmoniquement parlant, sans surprise aucune! La diva, virevoltante, ne laisse rien paraître de sa gêne voire de son irritation - à sa place, j’aurais été furieux ! - , et s’ingénie même à lui donner plus d’une fois en souriant la pulsation, lui suggérant là un rubato, ici un accelerando… C’est ici qu’on mesure à quel point sa sensibilité et son infaillible instinct musical, si évidents qu’ils en paraissent simples et faciles, ne sont pas donnés à tout le monde !

Petite pause instrumentale avec un Tartini interminable où Vadim Repim exhibe une virtuosité vertigineuse mais bien vaine, et non dénuée de grincements - mais je ne suis pas le meilleur juge pour ce type de musique qui, j’avoue, me tape vite sur le système !
La belle Romaine nous revient pour trois pièces qui font sensiblement monter la température : d’abord deux très jolies mélodies de Viardot, la charmante Havanaise, mélodie toute simple dont le tendre balancement, assez hypnotique au piano, se pare à chaque nouveau couplet (en français, puis de nouveau en espagnol) - d’une virtuosité de plus en plus en plus ébouriffante (selon le procédé très éprouvé et toujours efficace de la reprise variée avec diminutions toujours plus petites : croches, doubles croches, puis triolets de doubles…), dont la chanteuse se joue avec une facilité, une gourmandise même, fabuleuses ; puis retour au calme pour un Hai luli plus sombre, au dramatisme prenant. Enfin de nouveau un air virtuose avec la fameuse chanson espagnole de Rossini - jadis cheval de bataille d’une Marilyn Horne - commencée dans un tempo lent qui peu à peu, à chaque strophe, s’accélère jusqu’à la folie : électrisant !
Mais là encore, on en oublierait presque à quel point ces deux mêmes Viardot furent jadis « accompagnés » par un Chung (que n’a-t-on fait appel à lui ce matin, puisque c’est lui qui devait diriger le concert du soir !) au disque - le magnifique récital « Chant d'amour », d’ailleurs en hommage à Pauline - ou un Thibaudet en concert (dans la fameuse soirée au Teatro Olimpico de Vicenza en 1998, dont il existe une précieuse trace en CD et DVD) autrement présents…
Puis nous retombons hélas bien bas avec le Widmung de Schumann/Liszt si scolairement exécuté - c’est le mot! - ici; et avouons que l’ariette de Paisiello (thème extrait de sa Molinara sur lequel un Beethoven, entre autres, écrivit d’exquises variations pour piano), ici accompagné par le seul violon, permet surtout à l’instrumentiste de briller, avec force cadences, coups d’archets et jeux de doubles-cordes - toutes choses qui, vous l’aurez compris, ont tôt fait de dépasser mon seuil de tolérabilité - tandis qu’on est un peu déçu que la voix ne nous serve que des variations bien sages, et pas très différentes de ce qu’elle nous donnait voici déjà presque vingt ans…
Fin de concert donc nettement moins enthousiasmante avec un Liszt et un Bériot - et on nous remet une couche de « Tartini le bien-nommé, » pour un Sogno qui est un vrai cauchemar ! - peu marquants. Un rappel, un seul - normal vu ce qui attend encore la chanteuse !-, la Tarentelle de Rossini où Cecilia n’hésite pas à danser autour du piano, achevant de mettre le public en délire! La belle s’esquive en souriant, nous donnant rendez-vous pour la suite de ses exploits. Les plus impatients pourront, en attendant l’opéra de l’après-midi, déguster le menu exceptionnel - en clin d’œil à Rossini - concocté par le Café Pleyel, voire assister à la conférence donnée par Patrick Barbier. Personnellement la peur de saturer m’a fait prudemment préférer courir à ma salle de sport. Je laisse donc la parole à Licida pour la Cenerentola.
Orlando
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