Blog sur l'opéra
Strauss, Salomé
Bastille, générale du 15 septembre 06
Direction musicale Hartmut Haenchen
Mise en scène Lev Dodin
Salomé Catherine Naglestad
Herodes Chris Merritt
Herodias Jane Henschel
Jochanaan Evgeny Nikitin
Narraboth Tomislav Muek
Page der Herodias Ulrike Mayer
Erster Jude Wolfgang Ablinger-Sperrhacke
Zweiter Jude Eric Huchet
Dritter Jude Mihajlo Arsenski
Vierter Jude Andreas Jäggi
Fünfter Jude Yuri Kissin
Erster Nazarener Ilya Bannik
Zweiter Nazarener Paul Gay
Erster Soldat Friedemann Röhlig
Zweiter Soldat Scott Wilde
Orchestre et Choeurs de l’Opéra national de Paris
De retour de la générale, voila mes impressions à prendre avec des pincettes puisque les chanteurs ne sont pas tenus de tout donner lors des générales. Autant dire que j'y allais un peu à reculons: j'ai detesté La Dame de Pique de Dodin, j'avais de gros doutes sur Naglestad là dedans, le concert qui sera donné à Pleyel promet d'être bien meilleur (avec Stemme et le même Merritt), cette production soulève franchement peu d'enthousiasme chez les straussiens chevronnés...eh bien finalement il y avait de très bonnes choses.
Chris Merritt est excellent, si la voix est abimé et le vibrato préoccupant, le rôle et le ridicule desespoir du lâche sont parfaitement rendus.
Catherine Naglestad est franchement limite question tessiture dans ce rôle redoutable, mais son engagement ses talents de comédiennes, sa grâçe lorsqu'elle évolue sur scène sauvent une prestation bien aboutie; et pour ceux qui se posent la question: sa danse des 7 voiles l'est tout autant! Si théâtralement et physiquement elle s'en sort très bien, son chant manque donc beaucoup de maitrise et je ne conçois pas cette partie chantée sur le fil du rasoir, au contraire, sûre de son pouvoir de séduction, Salomé est à tout instant dans la maîtrise, sa folie finale n'est que la continuation logique de sa vanité mise en déroute par le prophète, si cette figure est si forte dans la mythologie chretienne, c'est justement qu'elle incarne une raison adverse du chrisitannisme, laquelle triomphe de lui à court terme.
Jane Henschel affublée d'un boudin tressé évoque plus le kougeloff hurlant que la mère infâme, elle appuie trop le coté furie hystérique pour donner une réelle épaisseure à son personnage. Evgeny Nikitin est tout simplement mauvais, incapable d'évoquer la splendeur et le respect imposés par le Verbe, la parole divine, mais peut-être s'économisait-il. Tomislav Muzek manque de style et traduit plus la nigauderie que la puissance de séduction de Salomé.
La divine surprise vient de l'orchestre qui déploie sa splendeur dirigé brillament par Hartmut Haenchen, couleurs, rythme, équilibre, j'ai été comblé (mais n'étant pas spécialiste de ce répertoire, je suis assez bon public).
La mes de Lev Dodin meuble plus souvent qu'elle signifie: quelques trop rares bonnes idées (l'éclipse de lune, le manteau jaune-putain d'Hérodias qui couvre la nudité d'Hérodiade, la chorégraphie de Salomé qui évite l'ecueil de la chanteuse peinant à imiter la danseuse), des réussites plus contestables (les lumières très belles et élégantes - n'était ce sempiternel éclairage au néon depuis la coulisse latérale - mais qui manquent de violence, de sauvagerie, n'évoquent en rien le malheur, la catastrophe tragique de cette lourde nuit méditerranéenne) et des ratés (le statisme des soldats, page et juifs tout le début, une direction d'acteur assez répétitive, un décor joli mais pas très fécond). Bref à coté de la luxuriance de la partition et de la richesse du livret, la mes n'évoque presque rien et est même carrément indigente dans le duo entre Salomé et Jochanaan où cette première ne fait que tournicoter autour de second et où aucun mouvement ne colle au texte pourtant plein de retournement et d'indications physiques.