Blog sur l'opéra
Les Contes d'Hoffmann, Offenbach
Opéra Bastille, générale du 23 janvier 2007
Direction musicale Marc Piollet
Mise en scène Robert Carsen
Hoffmann Rolando Villazon
La muse/Nicklausse Ekaterina Gubanova
Lindorf, Coppélius, Dr Miracle, Dapertutto Franck Ferrari
Andres, Cochenille, Frantz, Pitichinaccio Christoph Homberger
Olympia Sumi Jo
Antonia Annette Dasch
Giulietta Nancy Fabiola Herrera
La mère d’Antonia Marie-Paule Dotti
Nathanaël Jason Bridges
Spalanzani Christian Jean
Hermann Sergei Stilmachenko
Schlemil Yuri Kissin
Luther, Crespel Alain Vernhes
Les Contes d'Hoffmann est une oeuvre que j'affectionne tout particulièrement car ce fut le deuxième opéra, juste après Carmen, que je découvris adolescent. Tout m'y semble merveilleux, quelle que soit la version: Choudens, Oser, Kaye, Keck, je ne jette rien, même ce qui n'est pas d'Offenbach (le septuor). Je serai donc assez sévère sur cette production qui aligne des seconds rôles quasi parfaits, mais pêche par ses têtes d'affiche.
Je ne m'étale pas sur la mes: tout a été dit et redit, je trouve simplement que le concept d'ensemble, s'il unifie les trois actes, en perd toute l'émotion et la subtilité: l'acte I n'est plus qu'une grosse farce, l'acte d'Antonia n'emeut guère à force d'être spectacularisé, et l'acte de Giulietta ne fait guère mieux. A force de montrer et de surligner le théâtre dans le théâtre et ce sans être vraiment justifié par rapport à l'action pure autrement que par la representation de Don Giovanni annoncée dans le Prologue, le tout fait assez viellot. Restent une très belle et vive direction d'acteur et un épilogue fort réussi qui sauvent la mise...en scène (pouet!).
A l'orchestre rien de neuf, les musiciens s'emmerdent sous la baguette de Marc Piollet, militaire quand elle n'est pas imprécise: je sors traumatisé du cafarnaum du septuor de Guilietta et de l'apparition de la mère d'Antonia dirigée san aucune poésie de façon lourde et gauche.
Les seconds rôles furent vraiment brillants, d'une diction impeccable et d'un style délicat: mentions spéciales pour le Nathanaël clair et franc de Jason Bridges, l'impeccable Spalanzani de Chrisitan Jean et surtout, surtout le superbe Alain Vernhes que l'on eut été plus inspiré de distribuer dans les quatres rôles diaboliques tant il brille dans Crespel (et Luther, mais "voila voila messieurs voil" n'a jamais permis à quiconque de se faire remarquer!). J'étais le seul crétin à hurler bravo quand il est venu saluer. Par contre Marie-Paule Dotti est une mère aussi pale qu'un fantome à la voix érintée et sans harmonique, bref ça donne pas envie de devenir chanteuse! Christoph Homberger est un peu lourd de voix pour Frantz etc mais c'est très efficace et parfaitement compréhensible.
Et maintenant ça va saigner!! Non bon sérieusement: Sumi Jo venue remplacée en dernière minute Patricia Petibon a livré une prestation pas vraiment critiquable car l'absence de répétitions avec le chef et l'ignorance de la mes ne lui ont pas permi de briller comme au TCE en décembre 2006, où elle avait chanté un parfait "Les oiseaux dans la charmille" avec des contres notes longuement tenues et une prononciation parfaite. Ce soir ne restait que le sens comique, la projection et la prononciation, les aigus étaient souvent stridents et les contre-notes pas très justes. Mais je suis certain qu'elle fera beaucoup mieux pour la série de représentations. Je l'ai chaleureusement applaudie.
Annette Dasch est une Antonia sensible, parfaitement compréhensible (j'attache une grande importance à la clarté du texte dans cette oeuvre) et audible. Mais la voix est trop courte et manque d'épaisseur pour séduire vraiment. Ce n'est pas une Antonia en pleine forme vocale qui meure, mais déjà une malade à la voix fragile. Elle est toutefois la meilleure dans le trio d'apparition de la mère.
Nancy Fabiola Herrera est insipide, une mezzo aux aigus grossiers. Mais le rôle est tellement réduit dans cette version que cela ne s'entend que peux...sauf dans le duo forcément qui est de toute façon plombé par une direction antidramatique et un Villazon débraillé.
Franck Ferrari est nul d'un bout à l'autre: s'il n'y avait que les erreurs de texte et de partition, cela passerait mais la voix n'est pas profonde, le texte maché plus que pronnoncé, l'acteur rudimentaire, et il est vite couvert dans les ensemble. Il produit sur les nerfs l'effet d'un moustique... (oui je sais je suis méchant, mais à force de l'entendre partout - Les Troyens, Iphigénie - j'en peux plus!).
Ekaterina Gubanova est un Nicklausse très probant: timbre assez quelconque mais personnalité attachante, après un très bel air espagnol au I, elle se vautre dans son air impossible du II. C'est donc surtout dans les dialogues et dans les passages de la muse qu'elle convainct. Un Nicklausse juvénile et androgyne, vraiment rien de neuf me direz-vous, mais c'est déjà pas mal dans ce rôle casse-gueule.
Et j'en arrive à Rolando Villazon: c'était la première fois que je l'entendais en scène et je dois avoué que j'ai été surpris, ça a vraiment de la gueule! Projection exhaustive, timbre cuivré et legato parfait. Mais passé la première impression, les défauts surgissent vite: le texte est incompréhensible et surtout le jeu n'evolue absolument pas... et le chant non plus!! Si ce déballage vocal convient assez bien à l'Hoffmann du prologue et de l'epilogue rond comme une queue de pelle, c'est totalement hors propos dans l'acte I et encore plus dans l'acte d'Antonia. J'ai été très vite lassé pour ne pas dire exaspéré par cette course aux décibels: on entend que lui dans les ensembles, cela déséquilibre tout et son jeu se limite à du cabotinage et à la répétion de l'eternel même pathos dégoulinant. De plus à force de se donner à fond (car c'est vraiment une performance de tout chanter forte comme il le fait!!) la voix flanche parfois (dans le duos avec Giulietta plusieurs mesures ont été parlées et de nombreuse fausses notes sont venues sur la fin) et les imprécisions sont d'autant plus nombreuses qu'il néglige la prosodie la langue pour le guider. Toutes les notes sont émises franchement. Ca en jette, mais moi ça me donne mal au crâne.
Salle archi-comble (plus que pour la Lucia de Dessay!); toutes les représentations sont complètes. Pour y aller il ne reste que la solution des places à 5€ ou guetter une place dans votre fauteuil en étant fidèles aux annonces de Caroline. ;-)