Blog sur l'opéra
Au moment de la sortie de son disque Purcell, une des idoles de ce blog passait donc à Gaveau. Je connais encore mal Purcell donc je ne serai pas aussi prolixe qu'ailleurs. Pour un portrait de la dame, l'ami Baja s'en est fort bien chargé sur son blog.
Le programme est le même que celui du disque, seul l'ordre avait changé. Si le début l'a trouvé tendue et assez sèche, les graves étouffés et l'expression cadenassée (j'ai été assez déçu par "Music for a while"), la seconde moitié de la première partie, soit le second quart (oui oui j'ai un bac S!), l'a trouvée moins crispée et plus épanouie avec ces piani dont elle a le secret ("frrrooooooooooooooooooozen"), un sens du texte qui ne cesse de me ravir et une diction franche (pourtant le viel anglais, dans le genre consonne mon amour!). Som meilleur moment fut pour moi les pleurs de The Fairy Queen, sur lequel Fleming avait royalement glissé il y a un an au TCE, et que j'entendais enfin chanté avec toute la contrition et la force nécéssaire. La mort de Didon fut moins réussie à mon sens car pas assez expressive et contrastée (je garde le souvenir éperdu de la prestation atrocement humaine et cadavérique de Kozena là-dedans). Mais ce qui me charme le plus avec Gauvin, c'est que même pour les airs guillerets ou enthousiaste, la voix garde quelque chose de minéral et de sévère, ce qui rend cette joie très réaliste et non idéalisée, comme si les péripéties s'annoncaient en filigrane dans le timbre, loin de toute vision sirupeuse du bonheur.
En bis, nous eûmes droit à "Tornami a vagheggiar" au medium corsé mais à l'aigu absent (les notes piquées sont vraiment pauvres harmoniquement), ce qui confirme le fait que Curtis est vraiment bêtat de lui faire chanter Morgana et non Alcina: certes elle ne sera pas soubrette et à coup sur elle sera émouvante dans le "Credete al mio dolor", mais au lieu d'une bonne Morgana elle pourrait être une Alcina d'exception, elle l'a déjà prouvé. Puis ce fut "Lascia ch'io pianga" air suffisamment entendu pour me lassser rien qu'à son annonce, mais dont elle se tira fort bien avec cette rigueur qui tire l'air plus vers Purcell ou Scarlatti que vers les compositeurs galants postérieurs à Haendel.
Coté orchestre Les Boréades sont un ensemble très inspiré, délicat et fin auquel il manque parfois un peu de sauvagerie pour ravir l'auditeur avide de violence musicale que je suis.
Sinon, en vrai Karina est très nature! Cette sincérité dans le sourire et cette sympathie font plaisir à voir, mais il faut reconnaître que les photographes qui la rendent méconnaissable à chaque série, font du bon boulot sur Photoshop eux aussi! Coiffée façon Deborah Voigt, le look n'était pas terrible, pourtant c'est une vrai séductrice, bien plus belle quand elle chante ou quand elle vit que quand elle prend la pose. Elle a des yeux assez fascinants qui palissent à la lumière comme ils s'enflammeent et un jeu, une aisance sur scène très fluides.
Bref, guettons-tous une rediffusion de l'Annibale in Torino de Paisiello qu'elle donne à Turin le 25 février (avec une distribution de rêve, faut-il le rappeller, et en plus c'est gratuit...mais pourquoi Turin c'est si loin :-((( ).