Blog sur l'opéra
Ayant eu la chance d'assister à quelques colloques de ces journées (tournant tous autour du thème de l'avenir de l'opéra et du renouvellement de son public), voilà un petit compte rendu de ce qui s'y est dit: pas grand chose! :-))
Plusieurs personnalités furent invités à s'exprimer: Peter Gelb (nouveau directeur du Met), Bernard Fouccroulle, Peter de Caluwe (futur directeur de La Monnaie), beaucoup de néerlandais et allemands en charge des programmes éducatifs des différents opéras, Danielle de Niese (seule chanteuse présente, Pisaroni et Beaumont n'étant finalement pas venu) et beaucoup de présidents d'asssociations (liste complète sur le site internet de ces journées).
Si la démarche est louable, plusieurs choses sont à déplorer:
- sur les 600 participants invités, et parmi les orateurs, tous étaient acquis à la cause bien évidemment et semblaient d'accord sur tout dès le début.
- alors que toutes les rencontres avaient lieu dans les murs de Bastille, aucun intervenant français n'a pris part aux débats à l'exception du directeur marketing et commercial de l'ONP. Mortier a simplement fait deux conférences: une sur sa vision de l'opéra et l'autre pour présenter le DG d'Haneke. Je ne comprends pas pourquoi il n'a pas pris part aux débats comme Foucroulle. Cette absence française permet encore une fois de souligner le retard dramatique de la France en matière d'éducation musicale de la jeunesse (constat que l'on pouvait déjà faire après le symposium qui avait eu lieu à Beaubourg sur ce suejt il y a quelques mois).
- beaucoup d'orateurs ont fait leur speach sans grand rapport avec les thèmes des colloques et évoquant constamment les mêmes anecdotes rigolottes mais qui ne font guère avancer le schmilblick. Et on ne comptait plus les éternels "dans une maison d'opéra, tout le monde, du comptable au chanteur, contribue à ce que le rideau se lève chaque soir" et blablabla et blablabla. De plus ce genre de débats où chacun discoure à tour de rôles relève plus de l'étalage successif que du dialogue fécond. A part les quelques minutes réservées aux questions du public, l'heure et demi qui précédait était souvent vide d'enseignements.
- la mesure phare qui est ressortie de ces journées est la création d'un Passeport culturel européen pour les jeunes qui offriraient des tarifs préférentiels dans les opéras d'Europe participants, puis à terme dans diverses institutions culturelles (théâtres, musées...) d'Europe. Mais cette solution est à l'image des participants qui l'ont élaborés: une solution pour ramener les jeunes friqués et les passionnés déjà acquis à l'opéra. Même si cette carte offrait des tarifs imbattables (du genre 10/15€ la place réservée dans une bonne catégorie), aucun étudiant moyen (donc peu fortuné et pas forcément passionné d'opéra) ne sera motivé pour payer le voyage Paris-Berlin ou Paris-Vienne pour un spectacle. Dans un premier temps cette carte ne changera donc rien, elle permettra juste aux jeunes qui ont les moyens (du genre membres de l'Arop-junior, de Juvenilia...) et/ou qui sont passionnés et qui partaient déjà à l'étranger écouter des opéras, d'y aller plus facilement. C'est quand ce passeport incluera un plus vaste champ d'institutions culturelles qu'il deviendra l'accessoire indispensable de tout jeune voyageur européen.
En attendant, c'est tout de même la première fois qu'un directeur d'opéra aussi important que La Monnaie souligne à plusieurs reprises la nécessité d'amener plus de jeunes à l'opéra; et quand on voit les tarifs jeunes de l'ONP (cette belle arnaque intitulée le Pass'jeunes), les pires de Paris, on ne peut qu'insister avec lui. Une volonté commune, aux deux sens du terme,en est aussi ressortie: ne plus sacraliser l'opéra et cesser de considérer les maisons d'opéra comme des temples, ne pas devenir un art de musée (c'était le discours "provocateur" de Jacques Attali à l'ouverture des journées), rien de très neuf.
La phrase de conclusion sera celle de Danielle de Niese, qui, en plus d'être belle et de chanter superbement, réfléchis et fut l'une des rares à ne pas parler dans le vent en soulignant que c'était par le contact direct lors d'actions pédagogiques (avec son look à la Beyoncé elle est en effet le meilleur des remèdes aux réticences des ados plus acquis au R'nB qu'à l'opéra!) et les essais succéssifs que l'on réussirait à briser bien des a priori négatifs: "amener des enfants à l'opéra, c'est un peu comme leur faire manger des légumes, il faut rajouter du ketchup, tout est une question de présentation"; ça peut paraitre con, mais en une phrase sans affêteries elle a résumé tout ce qui c'était dit durant ces trois jours...
Mention spéciale aussi pour le festival Yo!Opera d'Utrecht dont les actions comptaient parmi les plus interessantes présentées.