Blog sur l'opéra
Récital Handel par Jennifer Larmore
24 mars au TCE
Ensemble Matheus
Jean-Christophe Spinosi, direction
Watermusic, suite pour orchestre n°1 en fa majeur
«Where shall I fly» recitatif accompagné de Dejanira, (Hercules)
«Empio, diro, tu sei» air de Cesare (Giulio Cesare)
Watermusic, suite pour orchestre n°1 en fa majeur
«Cara sposa» & «Venti turbini», airs de Rinaldo (Rinaldo)
«Dall’ondoso peroglio… Aure, deh, per pieta», air de Cesare (Giulio Cesare)
«Hence Iris, hence away», air de Junon (Semele)
Watermusic, suite pour orchestre n°2 en ré majeur
«Ombra mai fù» arioso de Serse (Serse)
«Dopo notte» air d’Ariodante (Ariodante)
Bis:
«Empio, diro, tu sei» air de Cesare (Giulio Cesare)
"Andero, chiamero dal profondo" d'Alcina (Orlando Furioso de Vivaldi)
Bon alors, vu que là aussi j'ai tardé à en parler, un passage vers le blog de Friedmund vous permettra d'avoir du frais, pour ce qui est de mon réchauffé: d'abord forcément, mon Dieu ce qu'elle a maigri!! Voir ces os saillir sous sa belle robe rouge satin, c'est à ne pas la reconnaître. Pour ce qui est de la voix, elle a beaucoup perdu, je ne sais pas si c'est du à l'effet micro puisque c'était la première fois que je l'entendais en vrai, mais en comparaison des live que je connais d'elle, le volume a sacrément diminué et les graves se sont tassés, par contre les aigus, quand elle a la possibilité de les préparer, sont encore là et l'abattage est triomphant.
Concernant le programme, la voix a mis du temps à se chauffer ce qui nous valu un timide et peu dramatique Where shall I fly pour lequel Spinosi ne l'aidait guère, j'y reviendrai. Empio, diro tu sei l'inspire plus même si les comparaisons avec ce qu'elle faisait de cet air voilà 15 ans sont forcément cruelles, elle s'en est bien mieux tiré au bis, il n'en reste pas moins que les rôles de castrats héroïques lui vont toujours comme un gant. Elle l'a de nouveau prouvé avec les airs de Rinaldo et un superbe Dall'ondoso periglio. L'air de Junon est raté, mais ce n'est pas sa faute; l'air d'Ariodante la trouve par contre souveraine tant dans la fluidité des vocalises que dans l'alternance des registres graves et aigus qu'elle soutient cranement, le meilleur moment de la soirée à mon gout. Mais il faut bien l'avouer, il n'y avait rien de neuf ce soir, un programme archi convenu et rebattu, et ce ne sont guère les bis qui ont changé la done. Quand on sait l'attrait de la dame pour les raretés chez Opera Rara, on s'etonne d'un tel programme.
Pour ce qui est de l'orchestre et de Spinosi par contre, c'est la catastrophe! Et cela ne présage rien de bon pour l'Alcina à Garnier la saison prochaine :-/ L'air de Déjanire est pataud, ceux de César trop secs, le Cara sposa mieux traité car sollicitant moins l'ensemble des pupitres (idem pour Ombra mai fu), par contre le Venti turbini est massacré par le crin-crin de Spinosi incapable d'assumer la virtuosité de la partie du premier violon. Le Dopo notte est sauvé des eaux plutot ennuyeuses des Watermusic, mais le fond du fond ce fut l'air de Junon totalement à coté de la plaque: c'est un air de fureur, rappelons le, et le jouer sur la pointe des archets et sans hargne relève du massacre, je suis ouvert à de nouvelles interprétations de tubes, mais ce ton sautillant me semble ici hors de propos tout simplement. Après le concert, nous discutions avec un ami de Spinosi: au final, à part une exceptionnelle Verita in cimento, qu'a-t-il laissé qui mérite cette réputation? Un inégal mais enthousiasmant Orlando Furioso, une très belle Fida Ninfa et une vive Pietra del Paragone d'un coté, des concerto de Vivaldi joués au scalpel, une Griselda mi-réussie mi-ratée, un disque Vivaldi avec Jaroussky assez mauvais et un récital Handel franchement raté avec le même. Si l'on peut donc toujours par intermitence attendre de belles choses de sa part dans Rossini et Vivaldi, le distribuer dans Handel me semble être une grossière erreur, j'espère me tromper... surtout aux vues de l'excellence de la distribution réunie pour cette Alcina.