Blog sur l'opéra
Voilà un petit commentaire pour parler de ma première rencontre avec Marina de Liso, accompagnée hier soir par l’Europa Galante et Fabio Biondi pour un récital Vivaldi à l’auditorium de Lyon.
Mon impression fut très mitigée à la sortie du spectacle, mais toutefois positive. Marina est apparue dans une superbe robe en élasthane bleue pailletée (les chanteuses sont à paillettes, ou ne sont pas !) et dégage avant la première note un halo attachant, dû sûrement à sa plastique avantageuse et à son italinità ravageuse…
Le programme annonçait des concerti e sinfonie et des airs tirés de Bajazet, L’Atenaide et Farnace. Finalement, on a eu droit seulement à deux airs du premier et deux airs du second, plus un « Amato ben » apparemment orphelin, bien que la musique soit celle de La Verità in cimento (mais un texte légérement différent).
Après la sinfonia « Il coro delle muse » qui ouvrit la soirée avec bonheur, Marina attaqua par le récitatif accompagné d’Asteria suivi de l’air « Svena, uccidi, abbatti, atterra » (Bajazet). Par souci d’insuffler la tragédie dans chaque syllabe, le texte était mitraillé à une vitesse exagérée, et l’air, bien trop grave pour une entrée de récital, était audible surtout sur les consonnes (je préfère donc Mijanović). Sur l’air suivant, « Sorge l’irato nembo », soit-disant tiré de L’Atenaide mais déjà entendu « ailleurs », ce ne fut guère mieux : aigus étouffés dans le da capo, mais surtout ce bas médium inaudible sous lequel se glissait un grave joyeusement poitriné et rocailleux à souhait (mais c’est pas pour ça qu’on entendait mieux). Le challenge sur les vocalises fut remporté, mais le tempo choisi était plutôt modéré. Après ça, Marina s’éclipsa pendant les concerti « Il piacere », « L’amoroso » et « Per viola d’amore » (tous très bons, malgré des solos un peu waktcha-waktcha de Biondi) pour revenir dans une « La cervetta timidetta » sautillante et délicieuse (avec en plus plein de variations rigolottes au violon de Biondi). Sans surprise, elle fut tout d’un coup parfaitement audible, mais seul hic : le da capo avait été tronqué de sa moitié. Argh ! L’air suivant, « Amato ben » lui permit de s’aérer la poitrine pendant un moment (air pour soprano, écrit pour Anna Maria Strada del Pò à l’époque où elle n’était qu’une misérable gueuse inconnue :-p), mais c’était tout de même trop aigu, surtout que sa voix n’était toujours pas assez chauffée, du coup cela sonnait un peu tiré. Et en plus, une fois encore, une partie du capo fut jetée aux oubliettes. La salle (à moitié vide) en délire réclama un bis avant même la fin du concert, et Marina nous gratifia d’un très beau « Mio cor, che prigion sei » tiré de L’Atenaide. Biondi nous expliqua qu’il planait encore une incertitude quant au compositeur de cet air qui, par sa ritournelle avec tutti en pizzicato, évoque un familier « Sento in seno ch’in pioggia di lagrime », mais qui dévoile des motifs vocaux inhabituels de la part de Vivaldi, d’où une semi-attribution au compositeur Paganelli (kicékiconé ?). Ce fut quoi qu’il en soit le plus beau moment de Marina cette soirée, qui avec une sensibilité dosée, parvint enfin à trouver une assise confortable pour un grave qui devint alors moelleux et corpulent. Et évidemment, lorsque cela devint enfin intéressant, Madame s’en alla, préférant nous laisser aux mains de Biondi et de son équipe pour un concerto et une petite sinfonia (celle de La Senna festeggiante).
Côté orchestre, cela me parut très satisfaisant, malgré un recours un peu trop fréquent à ces tics, dictés par la tendance actuelle selon laquelle Vivaldi ne peut être joué qu’à grands renforts de claquements secs et martellement de clavecin. D’ailleurs, quelqu’un sait-il à quel instrument on doit ces effets de percussion ? Je croyais que c’était le clavecin, mais hier il sembla que ce furent les violoncelles… On eut droit à deux bis : le presto de « L’estate » et le largo de « L’inverno ». Pas très inventif tout ça… C’est surtout à ça que je dois ma frustration : un programme méga-rabaché, avec uniquement des airs et des concerti/sinfonie déjà magistralement enregistrés. Mais une rencontre sympa tout de même.
Carlupin