Blog sur l'opéra
Et voici une petite introduction au nouveau disque de Bartoli proposée par Caroline.
Quelque autre étudiera cet art que tu créais*
Avec :
Celso Albelo, ténor (Elvino, Riccardo)
Luca Pisaroni, baryton-basse (Giorgio)
Maria Goldschmidt (flûte)
Robert Pickup (clarinette)
Una Prelle (harpe)
Maxim Vengerov (violon)
Ada Pesch (violon)
Daniel Pezzotti (violoncelle)
Claudio Mermoud (guitare)
International Chamber Soloists/Jurg Hammerli
Orchestra La Scintilla – Dir. : Adam Fischer
Avant d’écouter et de découvrir tout cela, j'avouerai que j'étais un peu inquiète, quand même. Qu'est-ce que c'était que cette 'Rivoluzione romantica' que les théâtres nous vendaient avant l’heure?... Il est vrai qu’il y a des mots qui suffisent à me faire peur et ce n’est certes pas celui de Révolution que je crains le plus. Et puis les accents de Cecilia n’étant pas ceux de la langueur, je la voyais déjà perdue dans un monde où l’on meurt si facilement de consomption. Cecilia, que fais-tu là ?… Fermati !… Il y a des rives où je ne te suivrai pas.
Mais non ! Il ne fallait pas avoir peur. Tchétchi n'est pas folle. Et ce « Maria » est tout simplement la suite logique des épisodes précédents.
Ce répertoire qu’elle nous sert là est comme remis à l’endroit et tout est à redécouvrir… ou à découvrir, puisque évidemment avec Bartoli les inédits sont là ; mais le ‘connu’ ne fait pas moins tendre l’oreille (et il fera causer, c’est sûr). L’orchestre qui joue sur instruments anciens me semble donner à entendre une musique quasi nouvelle tant elle sonne différemment de ce que j’en pouvais connaître. Et puis, ce chant-là, cette voix-là n'est certes pas ancrée dans le XIXe siècle, mais porte bien toujours ce temps d'avant. Bartoli joue encore de ces moments charnières qui font passer d'un âge à un autre, mais en sachant bien sur quel côté de la ligne du temps on s’appuie pour avancer. Tout ce qu'elle a chanté ces dix dernières années se retrouve d’une manière ou d’une autre ici. Rossini n'est pas loin, évidemment, mais ce serait trop facile et on a déjà donné (beaucoup). Ce sont aussi Haydn, Gluck, qui ont servi à construire cela. Ces scènes qui portent le sentiment, mais gardent à distance tout sentimentalisme, le disent bien (Ah ! ce Mendelssohn!). Et si 'bel canto' il y a, c'est bien encore celui des castrats que l’on peut entendre en tendant l’oreille. Le premier 'Prendi' du rondo d'Adina nous rappelle bien quelque chose, quand même, même s’il s’évanouit aussitôt. Et si ce Casta diva-là devait quelque chose à Haendel ? Bartoli prétend que c'est en chantant Cléopâtre (avec Minkowski) qu'elle a pu oser aller un peu plus loin dans l’interprétation du ressenti de l'émotion et il me semble vrai qu'à partir de là, elle nous ait donné des choses de l'ordre de l'intime qu'elle n'osait pas avant, ou plutôt qu'elle ne maîtrisait pas avant de la même manière. Et je trouve qu'ici ce qu'elle donne dans les moments doux et intimes est vraiment très beau, on entre vraiment dans la sensation, presque physique, de l'émotion, un cran plus loin et ce serait peut-être de l'impudeur.
Bref, jouée et chantée comme ça, cette musique est encore une leçon que je prends de Bartoli. Je ne sais pas comment les amateurs de Bellini et autres, eux, prendront la chose (je ne sais pas, mais je m’en doute…), mais c'est encore un superbe disque que Bartoli nous sert là et pas un disque de plus, mais quelque chose qui lui ressemble et qui fait aussi un pas de plus. Et j'aime ça!… même si je préférerai toujours le temps d’avant.
Oui, Alfred avait raison ; quelqu’un s’est effectivement penché sur les mêmes partitions, les traités de chant, les lettres (le camion-musée essaiera d’en faire partager quelque chose) et puis aussi sans doute peu à peu a commencé à percevoir ces autres choses qui viennent bruisser à notre oreille ces soirs où l’on veut bien admettre que parfois, en certains lieux, sous certains cieux, tous les temps se rejoignent. Au fond, c’est toujours la même histoire : apprendre, s’imprégner, comprendre pour mieux redonner à entendre, à sentire comme on dit plus justement en italien, parce que cela ne se fait pas qu’avec les oreilles. Lire, tourner les pages, essayer à petits pas pour oser recréer à son tour.
Comment chantait la Malibran ? La couleur de sa voix, ses accents, sa présence en scène, ce n’est pas à nous qu’elle les a donnés ; l’empreinte de vie qu’elle y a laissée ce sont ses contemporains qui l’ont caressée ; elle devait être forte puisque son écho suscite encore le fantasme. Mais si quelque autre a effectivement étudié son art, c’est sans doute moins pour nous proposer une évocation que pour laisser une autre trace, une autre empreinte, avec ses défauts, ses envies, ses enthousiasmes, ses couleurs et ses propres battements de vie.
N'était-ce pas hier qu'à la fleur de ton âge
Tu traversais l'Europe, une lyre à la main ;
Dans la mer, en riant, te jetant à la nage,
Chantant la tarentelle au ciel napolitain,
Cœur d'ange et de lion, libre oiseau de passage,
Espiègle enfant ce soir, sainte artiste demain ?*
C., simple ouvreuse de fil.
________________________
* Stances de Musset ‘A la Malibran’