Blog sur l'opéra
Je voulais d'abord juste mettre un petit commentaire en bas de la selection radio/tv de Caroline et puis je me suis laissé emporter, donc j'ouvre un fil consacré à ce spectacle.
Cette representation filmée en fevrier 2007 à Zurich et qui sortira en dvd bientôt se place en haut de la (pauvre) discographie de l'oeuvre, ce n'est toujours pas idéal mais bon.
William Christie revèle tout son talent avec La Scintilla et m'a autant convaincu ici que pour le Radamisto, c'est vif et très dramatique sans jamais rogner sur les couleurs, de plus certains da capo sont étonnants d'originalité (par exemple celui du "Myself I shall adore"); j'ai hate d'entendre son Orlando avec Mija toujours en ces lieux.
Cecilia Bartoli réussit vraiment son pari: malgrè quelques coupures (l'air de la colombe) et des difficultés à assurer son air du désir au II, elle réussit vraiment un tour de force dans un rôle franchement aigu pour elle. Le moment le plus réussi est de loin "No no I'll take no less" parfait de rage sarcastique (écouter la jouissance triste du "I know what you are!") et d'exactitude vocale (un petit blanc au debut du da capo cependant, elle a voulu en faire un peu trop dès le début mais c'est fort pardonnable étant donné les écueils techniques de cet air). On est à des années lumières de la mécanique et fade Battle. Par contre le "Myself I shall adore" m'a un peu semblé à coté de la plaque: on peine à y sentir la midinette narcissique tant les éclats de joie de Bartoli attirent la sympathie d'une part et ensuite tant sa grace est capiteuse, on voulait Paris Hilton et on tombe sur Marylin Monroe, c'est vraiment un air dans lequel ne réussissent que les sopranos coloratures (Joshua y est fabuleuse).
Charles Workman attire toujours par le charme de son timbre mais les vocalises m'ont semblé un peu confuses et si tout est bien mené, cela manquait un peu de variété et d'abandon ("Where're you walk" un peu placide à mon goût).
Birgit Remmert manque vraiment d'agilité: ses beaux graves et ses talents d'actrice se font jour dans le "No more! I'll hear no more!" mais sombrent totalement lors du "Hence! Iris hence away!" où elle semble constamment essouflée, elle réussit bien mieux ses autres scènes moins exigeantes vocalement. J'aimerai bien entendre Ewa Podles ou Silvia Tro Santafé dans un tel rôle, pour l'instant la cosmogonique et furibarde Della Jones reste ma référence dans ce rôle.
Liliana Nikiteanu detonne totalement ici, on est pas du tout ému par sa tristesse au I et la voix exagéremment enflée disparait pourtant très vite dans l'orchestre; le style fait très campagnard tant on la sent gênée. On est très loin des feulements blessés de Charlotte Hellekant.
Les petits rôles n'ont rien de marquant ni d'indigne: Athamas de Thomas Michel Allen franchement fade malgrè une voix mixte pas dénuée d'interêt; Somnus/Cadmus d'Anton Scharinger bien chantant mais manquant d'attention au texte et de superbe royale. Quant à Isabelle Rey elle se sort excellement de son air et possède toujours une fibre comique certaine, dommage que le rôle ne lui permette pas de faire montre de son agilité vocale.
Pour la mes de Robert Carsen, c'est comme d'habitude souvent bien senti avec de superbes idées d'homme de théâtre (la mort de Semele dans le manteau de pourpre et d'hermine, les mouvements de foule, les éclairages qui font oublier le vide de la scène et font passer du palais à l'intimité de la chambre en un clin d'oeil), mais la transposition bourgeoise lasse vite et, si on lui sait gré de rappeler l'ironie et l'humour présent chez Handel, on aimerait tout de même que cela soit fait avec plus de finesse: par exemple la scène de fureur de Junon est certes assez drole mais au détriment de toute impression de puissance; or Handel est rarement univoque, mélancolie et rire, puissance et dérision se mêlent souvent dans sa musique, choisir l'un au détriment de l'autre c'est le simplifier abusivement. Et bien sur des gros gags qui tachent (le billet British Airways que brandit Junon sur "a speedy flight will take") et des coupures traditionnelles (le rôle de l'Amour, Mercure).
Au final, le DVD sera à mon sens la meilleure version disponible tant que la vidéo du spectacle de McVicar avec un Croft divin, une Massis à baffer et une Hellekant passionante dirigés par un Minko des grands jours ne sortira pas; pour avoir une pleine conception du potentiel d'une telle oeuvre on se précipitera aussi sur le live de Minkowski pour Della Jones (le studio avec Gardiner est sans aucun intérêt) et Joshua (ma Semelé idéale). A ce propos voilà la scène de Junon par Della Jones en live dirigée par Minko à Poissy en 1998 - la maison rejette toute responsabilité en cas d'explosion de vos enceintes ou de traumatisme durable sur votre chat, vous être prévenus!