Blog sur l'opéra

Une création mondiale revêt toujours un caractère particulier, ne serait-ce que pour l'atmosphère particulière qui règne dans la salle. Ici, pour Melancholia, de Georg Friedrich Haas - je n'étais malheureusement pas à la véritable première - le public était principalement constitué de touristes de nationalités diverses, qui venaient certainement plus pour visiter l'intérieur de Garnier et le prendre en photos, ce qu'ils firent allègrement à la fin de la représentation, que pour l'opéra lui-même. Est-ce que ce fait permet à lui seul d'expliquer l'accueil plus que mitigé reçu par l'oeuvre, je n'en suis pas sûr.
Melancholia avait toutes les caractéristiques requises pour ne pas plaire à un certain public de Garnier, celui qui va à l'opéra "pour s'y montrer" (et éventuellement dépenser un trop-plein d'argent) : une musique expérimentale très difficile, surtout si l'on a du mal avec le contemporain, une mise en scène de Stanislas Nordey très sombre et minimaliste, un livret de Jon Fosse qui se répète, qui tourne en rond, une majorité de chanteurs débutants et pas d'entracte.
Melancholia est un opéra court, inspiré d'un épisode de la vie de Lars Hertervig, peintre norvégien de la seconde moitié du XIXème. Lars Hertervig souffrait d'une maladie mentale, traduite dans l'opéra par une schizophrénie doublée d'une paranoïa : les pensées contradictoires du personnage sont représentées par un choeur réduit habillé de noir, qui l'accable de reproches, tandis que lui-même, habillé de blanc, ne tarit pas d'éloges sur son propre talent. Cette opposition noir/blanc n'a rien d'original, de plus les murs de la pièce sont noirs également. Seule tentative de recherche de la part du metteur en scène : une immense toile blanche flotte au milieu de la scène et bouge plus ou moins au rythme de la musique, si tant est qu'elle en ait un. Cette toile représente évidemment un autre élément de pensée du peintre : son art ; mais est également une preuve supplémentaire de sa fragilité psychologique : l'angoisse de la toile blanche ? Il s'avère que tous les personnages, à part Lars, sont vêtus de noir, sauf l'adolescente de quinze ans dont il tombe amoureux, Hélène, qui, tenez-vous bien, est tout comme Lars vêtue de blanc ! Mais Hélène est jeune, et est la fille du propriétaire de l'appartement où Lars vient d'emménager, et évidemment sa liaison avec le peintre est mal vue par les parents, et celui-ci doit donc partir sur-le-champ.
Dans l'acte suivant, Lars se rend dans une brasserie où vont souvent les autres peintres de la ville. La toile joue alors le rôle novateur et ironique de barrière qui le sépare des autres peintres, qui, l'acceuillant au départ, l'accablent ensuite de reproches. On voit bien là, après sa schizophrénie, la paranoïa du peintre s'exprimer. De retour dans son ancien appartement, l'opéra se termine sur Lars, trahit par tous, même par Hélène, qui à la fin, revêt à son tour le noir des autres personnages. Une trouvaille de mise en scène qui a probablement demandé des mois de recherche.
Rien à redire pour l'orchestre, et difficile dans ce cas de faire une critique de la direction d'Emilio Pomarico, qui, comme 7 des 8 principaux chanteurs, débutait à l'Opéra de Paris. Seul Lars (Otto Katzameier) n'était pas un néophyte ici, et sa maîtrise du personnage comme sa voix furent très agréable. Au passage, mention spéciale au contre-ténor Daniel Gloger.
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