Allez c'est parti pour un déluge d'articles, 6 soirées en 8 jours, je n'ai jamais fait mieux! On commence avec cette production gentillette. Autant vous dire tout de suite qu'à part le Tristan, en ce moment je decouvre tout: l'oeuvre est pleine de charme avec son orchestration riche et variée et ses situations amusantes qui n'excluent pas un certain réalisme pour la mort de la renarde, réalisme sur lequel l'emporte l'optimisme fantaisiste du final.
© Bernd Uhlig
La mise-en-scène d'André Engel (déjà créée à Lyon et au TCE) ne m'a que mollement convaincu; certes le traitement des animaux est très réussi: les poules femmes de ménage; la vache qui tient son pis en sac à main; les moustiques avec leur seringue géante; le papillon est une chenille qui tient un cerf-volant; seule la renarde est peu identifiable, dommage, et on pourra reprocher au coq d'avoir des attributs virils franchement caricaturaux illustrant bien les ravages du caleçon, du temps et de la gravité; quant à la direction d'acteurs, elle ne manque pas de vitalité, ce sont plutot les chanteurs qui en manquent parfois (lorsque la renarde s'attaque aux poules, c'est à peine si elle les frole...). Mais c'est surtout l'esthétique des décors de Nicky Rieti qui ne convient pas au spectacle: si l'alternance virtuose des décors sur laquelle repose tous les spectacles de Engel fonctionne assez bien malgrè un usage de la toile de scène un peu trop récurrent, ces murs lisses et propres manquent clairement de vie, tout semble aseptisé au point d'étouffer la fantaisie introduite par les animaux. Le spectacle ne fonctionne donc vraiment que pour la scène hivernale et la présence initiale des tournesols est la seule touche de couleur agréable; il est etonnant, quand on voit une toile de scène qui joue la carte de la fantaisie enfantine, de trouver un décor si froid. Bref cette production manque clairement de joie, de peps; il faut dire aussi que jouer un tel opéra dans une salle aussi vaste que la Bastille est une erreur grossière.
© Bernd Uhlig
Du coté des chanteurs, la frustration est aussi de mise: l'ensemble n'est pas honteux, loin de là, mais manque de rayonnement, souvent couverts par l'orchestre qui ne joue pourtant pas fort, les chanteurs ont du mal à donner une vitalité à leur personnage; sans doute la salle a ici encore sa part de responsabilité: cette musique exige un sourire toute en finesse, mais à moins de faire montre d'une dentition Colgate ultra-bright, passé le cinquième rang, on ne voit plus rien. Choeurs et orchestre se sont tous montrés bien chantants et agréables, mais rien à faire, ça ne décolle jamais.
Une jolie soirée donc, mais sans plus.
© Bernd Uhlig
Le spectacle sera diffusé sur France Musique le 15 novembre; mais on pourra le voir dès le 4 novembre sur le site internet de l'Opéra National de Paris, la captation vidéo devrait (pour une fois) rendre le spectacle plus agréable puis sur medici.tv avant une diffusion sur France2 que Caroline ne manquera pas de nous rappeler :-)
© Bernd Uhlig
En attendant vous pouvez voir de nombreuses photos, interviews et des extraits vidéo du spectacle sur le site de l'ONP.