Blog sur l'opéra
Le Nozze di Figaro par Pido au TCE le 14.10.05
C'était pour moi vraiment une très bonne soirée!! Je tiens tout de suite à dire que j'y allais un peu à reculons, car j'aurai du rester devant mon ordi pour m'occuper de mes inscriptions pédagogiques et sachant la place de merde que j'allais avoir dans l'opéra le plus mal foutu de Paris, pour un spectacle dont je n'avais pas eu de bons échos. Or malgrè mon dos qui a bien souffert (puisque je me suis retrouvé par terre pour qu'une amie puisse se décaler et voir) et mon pied qui, à plusieurs reprises, ne répondait plus, engourdi qu'il était, je me suis régalé!
La mes de Martinoty tout d'abord: les costumes très beaux, les décors chatoyants, la direction d'acteurs dynamique mais sans grande originalité, on est loin de la reflexion de Chéreau mais ça reste très agréable à regarder, c'est fin et délicat. A défaut de vouloir nous faire du Schopenhauer comme beaucoup de metteurs en scene "rebelles", on a pas eu du Pascal non plus, mais du bon Voltaire. Une mes réussie donc qui a eu le don de me faire de nouveau rire aux traits d'humour du livret que je connais par coeur, et de me faire sourire tout du long. Bref c'est plus contemplatif que reflexif, mais ça a aussi ses avantages.
Le chef d'orchestre: encore une mauvaise appréhension puisque le souvenir que Pido m'avait laissé dans Medea était des plus médiocres; de plus passer après Jacobs pouvait entrainer une catastrophe. Mais ça a été; à certains moments le tonitruant l'emportait sur le rutilant, mais dans l'ensemble, c'était bien mené sans être plan-plan ni trop barockeux. Je regrette juste le caractère trop sonore des cuivres, qui éclipsait un peu le reste de l'orchestre. Cela dit je préfere ces directions contrastées et vives que les ronronnements de Kuhn.
A présent les séconds rôles qui n'étaient pas tous des seconds couteaux et c'est suffisamment rare pour que je mentionne les plus notables: Pauline Courtin était une magnifique Barberine, son L'ho perduta m'a accroché et ému dès la première note(faut dire que j'ai une tendresse particulière pour cet air): un timbre, chaud, rond, une bonne projection, une articulation sensible, un bon jeu d'actrice, la paysanne était presque trop belle et son sanglot ridicule à la fin de l'air ramenait son personnage dans l'univers de la comédie, contrastant un peu trop avec la noblesse de la servante en sa naïve souffrance. La Marcellina de Sophie Pondjiclis était formidable!! Un jeu d'actrice étonnament présent pour un rôle qui se confond souvent avec le décor: la voir dire "Tu madre" avec embarras, ou tituber pour aller consoler Figaro était un vrai plaisir. Quand à son air, un pur régal, des vocalises franches et claires, de la classe et de l'effonterie: ENCORE!!
Le Cherubino d' Anna Bonitatibus m'a un peu laissé sur ma faim: son Non so più n'était pas assez enfièvré et trop fade, quant à son Voi che sapete, il était certes meilleur mais trop minutieux. De toute façon je la préfere réellement dans des rôles plus affirmés lui permettant de faire des splendeurs comme celles qu'elles nous a données dans les opéras de Pergolesi(L'Olimpiade et Il Flaminio à Beaune).
Veronica Cangemi en Comtesse Je trouvais que c'était tout de même pousser le bouchon un peu loin: eh bien j'ai été agréablement surpris, certes les graves, y en a pas, ce qui est tout de même génant; cela dit, son intelligence lui a permi de pallier ses carences vocales et à défaut d'une comtesse grande dame et idyllique(j'adoooore Schwarzkopf dans ce rôle!), elle joue une femme écorchée vive par l'abandon de son mari. Porgi Amor n'était pas son meilleur moment (bravo à Martinoty de la faire se rouler par terre en même temps, après tout c'est vrai que l'air est tellement simple à chanter qu'il faut bien rajouter un peu de difficulté!! grrr!), mais son Dove sono était tout à fait satisfaisant et l'on comprend parfaitement qu'elle echange son rôle avec Susanna de qui elle est finalement très proche. De ce point de vue la Canzonetta su l'aria était à mon sens trop peu aboutie, tant scéniquement que vocalement, cela passait un peu inaperçu.
Susanna donc: Patrizia Ciofi a une certaine tendance à l'acidité. Voilà c'est tout ce que j'ai trouvé de méchant à dire! C'était très bien joué, pas forcément sublime (Giunse alfin il momento assez tendu), mais très agréable tout de même, j'aurai certes aimé plus d'émotion. Tant que j'y suis je parle du Figaro de Andrea Concetti: bien sans plus. Bien chantant mais pas assez caractérisé, trop peu de prestance sur scène, un jeu passe-partout; cela ne dépare pas le reste mais cela n'apporte rien non plus, or c'est tout de même le personnage éponyme!
Il faut dire qu'avec un Comte de cette qualité, le Figaro était bien éclipsé! Rudolf Rosen était splendide!! Une voix de Jupiter tonnant, un jeu passionné, une dégaine terrrrible! C'est lui que j'ai préféré ce soir, certes on peut le trouver un peu violent par moment mais il correspond tout à fait à mon idée du personnage: une brute racée mais encore capable de susciter le désir de cette délicate créature qu'est la comtesse.
Bref, je pense que je vais retourner me bousiller le dos, si cela m'est financièrement possible! J'encourage tous ceux qui veulent passer une bonne soirée à y aller, bien que connaisant l'opéra par coeur j'ai souvent été agréablement surpris et je vais le réecouter, ce que je n'avais guère fait depuis bien longtemps. Entre le Cosi de Chéreau et ces Nozze, l'année Mozart commence très bien! Je ne peux qu'espérer une même réussite pour Don Giovanni(qui sait peut être que les deux seront réussis?!)
Licida - heureux de vivre après un tel spectacle!