Blog sur l'opéra
Merci à Baja pour cet aricle tout beau tout chaud!
Parallèlement à ses Mozart à la scène (Annio à Salzbourg, Dorabella à Aix et Vienne, Sesto à Paris dans quelques semaines), Elina Garanca a enregistré au moins deux récitals Mozart : le premier est paru chez Virgin à l’automne dernier (j’en donne un compte rendu ci-dessous), le second paraîtra chez DG au début de 2007 (avec
Il y a aussi, bien sûr, le DVD du Cosi aixois chez Virgin (le jeu théâtral autant que la beauté de Garanca sont à voir, surtout appariée à Stéphane Degout) et une participation à un curieux « Mozart Album » chez DG, où à côté de la star Netrebko (qui chante Ilia, Susanna, Anna mais aussi Elettra...), Garanca se contente du duo Annio-Servilia et du « Parto » de Sesto. Les échos que j’ai lus sur Amazon.de insistent sur la réussite éclatante de cet air au sein du programme.
Au moment des représentations aixoises, l’accueil avait été contrasté. Certains trouvaient que Garanca n’avait pas la voix pour Mozart, entendez trop opulente, avec en coulisse le cliché bien connu « c’est verdien ». Eh bien, moi j’en redemande des voix comme ça dans Mozart ! Et j’espère pouvoir l’entendre face à Antonacci dans
Quel est votre avis, s’il vous plaît, ô lecteurs ?
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ELINA GARANCA : RÉCITAL MOZART (Virgin, 2005)
Airs de concert : « Chi sa, chi sa, qual sia » K. 582, « Basta vincesti — Ah non lasciarmi, no » K. 486A, « Alma grande e nobil core » K. 578, « Misero me ! — Misero pargoletto » K. 77, « Ch’io mi scordi di te ? » K. 505
Airs d’opéras : « Se l’augellin sen fugge », « Va pure ad altri in braccia » (
Frank Braley, piano
Camerata de Salzbourg, dir. Louis Langrée
D'abord, j'aimerais un jour qu'on m'explique d'où vient la réputation de mozartien de M. Langrée. Car pour ma part, je n'entends la plupart du temps que de la miniaturisation orchestrale, un mélange de pastel diffus avec quelques sécheresses, une espèce d'esthétique du "petit" (pas trop fort, pas trop lié, pas trop coloré, etc.), dont le défaut le plus grave est d'affadir le propos expressif en permanence, d'amoindrir la tension et de ruiner parfois le soutien du chanteur.
Le "Come scoglio" de Fiordiligi en offre un triste exemple, avec des ritournelles d'une platitude rarement entendue et une absence de nerf fatale à cet air. L'air de Vitellia au premier acte, de même, ne soutient pas la tension nécessaire. Même l'air de fureur de Ramiro semble privé de chair à l'orchestre, alors que l'air de concert "Alma grande" est très convaincant.
[J’ajoute à ce que j’écrivais en novembre que pour avoir entendu Langrée diriger Zaïde à Vienne avec le même orchestre de façon excellente, je suis désormais beaucoup plus mesuré dans mon jugement ; ce qui n’enlève rien cependant aux insuffisances de ce disque à mon goût]
Cette entrée en matière pourra sembler paradoxale, mais j'ai l'impression que cette défaillance de l'orchestre aggrave (à défaut de les expliquer) certains problèmes de la partie vocale.
On a pu lire, lors des comptes rendus du Cosi aixois puis parisien, que Garanca ne plaisait pas à tout le monde. Pour ma part, je bouderai moins que jamais mon plaisir à l'écoute de cette voix somptueuse, que j’avais découverte dans le Bajazet de Biondi, et dont les délicatesses n'excluent pas la majesté ou la véhémence. Voilà un mezzo qui n'a pas la moitié d'une voix pour chanter Mozart, et c'est tant mieux, sans parler de son fruité si particulier.
L'aisance vocale est réelle y compris sur une large tessiture, mais certaines attaques et certains (très rares) aigus m'ont paru incertains et la vocalisation n'est pas vraiment le point fort de Garanca (l'air d'entrée de Ramiro offre des traits un peu flous, les triolets de Fiordiligi sont plus suggérés qu'autre chose). On entend des détails parfois curieux : ainsi dans l'air de Vitellia, la cadence désarticulée sur "aletta ad ingannar" est d 'un effet douteux et pourquoi escamoter le NN d'"ingannar" sur l'aigu final (ce qui donne "aletta ad inga AAAAAAAA"), alors que la double consonne offre un tremplin expressif extraordinaire (voir Varady ou Baker) ?
En fait, ce qui me gêne un peu, c'est que cette splendeur vocale ne trouve pas toujours sa contrepartie dans une tension suffisante : "Come scoglio", qu'on a plaisir à entendre par une voix de cette couleur sensuelle, ne sonne pourtant jamais comme un air de défi, certaines nuances piano tombant même un peu à plat. Les phrases finales "Non vi rende audace ancor" sont trop mollement phrasées, je trouve, comme si le chant se trouvait menacé d'être noyé dans l'opulence des moyens.
Impression un peu similaire avec l'air de Vitellia : le parti pris expressif semble être celui de la majesté, fort bien, mais on tombe aussi dans une caractérisation assez floue. L'ironie admirable de la maxime "Chi sempre inganni aspetta / Aletta ad ingannar" n'est guère perceptible. On a l'impression en fait, dans cette pièce comme dans d'autres du programme, que Garanca reste trop timide, et comme à l'orchestre c'est le robinet d'eau tiède...
Cette impression de flou dommageable à l'interprétation vient aussi d'une élocution qui manque de netteté. Les consonnes manquent de relief. Voir par exemple les dentales de la partie B de "Misero pargoletto !": "voi foste il mio diletto, voi siete il mio terror". Il suffirait de peu pour que l'éloquence y soit pleinement. J'ai d'ailleurs été frappé par l'air de Dorabella "Smanie implacabili", sensiblement moins défini de ligne, de rythme et de mots qu'en scène à Aix.
Je ne voudrais pas non plus trop faire la fine bouche, mais on attend forcément beaucoup (trop ?) de ceux qu'on aime. Deux magnifiques réussites sont au cœur du programme : l'air de concert "Alma grande e nobil core", d'un geste souverain (et avec un orchestre tiré de sa torpeur) et la grande scène du Demofoonte "Misero me ! — Misero pargoletto" K. 77, dont voici une interprétation qui surclasse vraisemblablement toutes les autres (Berganza comprise), même si là encore, on sent que Garanca pourrait y être moins prudente, y compris dans les ornements, mais la noblesse tragique du morceau est vraiment. Cadence très émouvante.
À l'inverse, l'air de concert K. 505 avec piano obligé me semble pas loin d'être raté, en particulier parce que Garanca et Frank Braley ne vont pas, mais alors pas du tout ensemble. Alors qu'elle chante avec onctuosité, et aussi avec de curieuses hésitations expressives, le piano, sans tendresse et très en dehors (trop même je trouve, il y a un problême d'équilibre général de la prise de son, à mon gré) ne chante pas assez, multiplie les accents et les détachés de façon assez indiscrète. Bref, ça me fonctionne pas, à mon goût du moins.
(Que cet air, décidément, est difficile à bien rendre ! Berganza et Parsons toujours hors concours)
Bilan inégal donc, mais qui ne doit pas empêcher d'écouter ce témoignage d'une artiste dont on peut attendre encore davantage, car elle le peut assurément.
P.S. Remarque sur le texte de présentation du CD :
Adélaïde de Place serait-elle parente de Marie-Aude Roux ? On apprend en effet, dans ce texte au demeurant passe-partout, que "Smanie implacabili" est un "air d'imprécation" (!) et que : "dans l'air Come scoglio, Fiordiligi, personnage romanesque et fier, y [sic] est peinte dans une succession de coupures et de coloratures au milieu desquelles s'immiscent quelques accents de tendresse". Toi y en a comprendre ?
Et franchement, se borner à écrire que le sujet de la scène extraite du Demofonte est "la désolation", alors que le personnage se croit plongé dans une situation d'inceste...
P.S. bis. On n'échappe pas, bien sûr, aux photos chabada de Garanca sur la couverture (en blanc et bleu). La demoiselle est en blanc, dans une espèce de pyjama, l’œil très très très bleu. Au verso elle est couchée sur le ventre, vaguement rêveuse. On dirait une pub clean pour un démaquillant ou pour Sanex. "Ma peau respire, merci Amadé !"