Blog sur l'opéra
Pour moi, une artiste tutélaire : c’est avec elle que j’ai vraiment aimé l’opéra au tout début. Une voix hors norme, une carrière très singulière, une artiste extraordinaire (littéralement et dans tous les sens), généralement connue pour une Reine de

Moser et Mozart
L’année Mozart est l’occasion pour EMI de rééditer en France son album d’Airs virtuoses de Mozart (voir la discographie ci-dessous). Un monument de la discographie mozartienne, Moser incarnant comme peu la colorature dramatique.
MAIS à la mi-octobre sortira en Allemagne un double CD (+ un CD bonus d’entretien), intitulé « Edda Moser singt Mozart », regroupant tout ce qu’elle a fait de Mozart chez cet éditeur, y compris (sauf erreur) les 4 airs de concert tardivement gravés avec Blomstedt à Dresde (inédits en CD) et qui sont saisissants d’intelligence et de relief (parmi ces airs, une seconde version du redoutable « Popoli di Tessaglia », de ton résolument tragique, et un « Ah ! lo previdi » enflammé). Même avec une voix durcie et abîmée, Moser y fait éclater son génie de la présence et de l’expression, donnant l’impression que sa vie dépend de ce qu’elle est en train de chanter. C’est l’impression qu’elle donnait en récital également (je l’ai entendue plusieurs fois dans les années 80).
Détail que je viens d’apprendre en lisant un livre de témoignages sur Karl Richter paru en Allemagne en 2005 (Karl Richter in München) : il était prévu qu’elle grave une intégrale de L’Enlèvement au Sérail avec Schreier, Gruberova en Blondchen, et Kurt Moll. Mais ce dernier l’avait déjà enregistré avec Böhm chez DG, n’était pas disposé à le refaire, or EMI ne voulait que lui, et le projet n’a jamais abouti.
Dans le même livre, Edda Moser souligne que Richter cherchait pour ses Bach des voix munies d’une palette expressive et d’une étoffe suffisante pour rendre la charge pathétique de cette musique. Et elle souligne que de même, il convient de chanter Mozart comme Bach « avec tout le corps », et non pas d’une manière amenuisée qui lui fait visiblement horreur et dont elle laisse entendre qu’elle domine le goût actuel dans l’interprétation de la musique du XVIIIe siècle.
Née à Berlin en 1938, c’est la fille du musicologue Hans Joachim Moser. Elle a grandi à Weimar et en Thuringe. Dans sa jeunesse, elle a pris des cours de danse avec Mary Wigmann, ce qui devait lui être utile plus tard pour Salomé (ce qu’elle faisait dans
Elle a commencé sa carrière au théâtre dans les années 60 (débuts en Kate Pinkerton à l’Opéra de Berlin) et a mené une carrière allemande très provinciale pendant plusieurs années (chantant des opérettes, Traviata et Gilda plus que Mozart) avant de se faire connaître en créant plusieurs œuvres spectaculaires de Henze et par quelques disques où elle interprète des rôles secondaires (Haendel, Orfeo de Gluck avec Richter, une Fille du Rhin chez Karajan).
Grands succès au MET dans les années 70 avec
Sa renommée internationale, assise par un disque célèbre ("Airs virtuoses de Mozart", EMI), demeure celle d'une mozartienne, ce qui n'empêche pas des discussions intéressantes à l’époque (certains trouvent alors que sa voix n'est pas "mozartienne", surtout en France où Stich-Randall et Schwarzkopf sont généralement tenues pour les modèles) et encore aujourd’hui. Sa Donna Anna dans le film de Losey témoigne d'une présence dramatique exceptionnelle (ce regard ! elle aurait pu faire du cinéma sans peine, je pense) mais la voix était alors déjà abîmée (« Or sai chi l’onore » est cependant saisissant). On peut l'entendre et la voir en Première Dame dans le DVD de
C'est aussi, ce qu'on a bien oublié, une fantastique interprète du lied : en témoigne toute une série d'enregistrements pour EMI avec Werba, Gage, Eschenbach. C'est en particulier, je trouve,une interprète de Schumann majeure : Genoneva, Le Paradis et
Elle s'est tournée vers des rôles beaucoup plus lourds à la fin des années 70, parmi lesquels Leonore (elle a chanté Fidelio pour les cérémonies de réunification de l’Allemagne), Senta (Berlin et Vienne), Sieglinde (chantée à Avignon) ou cette Salomé à Paris en 1986-87, qui a laissé des souvenirs divers (pour moi c'est inoubliable comme incarnation, même si le chant était souvent en force). Elle s’est même risquée tardivement à Elektra en concert.
En 1980, elle a interprété les 4 rôles féminins des Contes d'Hoffmann à Salzbourg et à Cologne, aux côtés de Domingo.

Elle a aujourd'hui cessé de chanter et enseigne à Cologne.
Cependant en juillet 2005, elle a participé à un concert de bienfaisance à Cologne au bénéfice de la recherche contre le sida, chantant dans le trio final du Rosenkavalier.
Et voici un lien vers un résumé de sa carrière avec une galerie de photos :
Toujours dans le livre sur Karl Richter, Moser donne un truc utile pour chanter confortablement la partie de soprano du Requiem allemand de Brahms, où la soliste doit attendre près de 30 mn sur l’estrade avant de chanter (elle a chanté l’œuvre avec Barenboim à Paris et Orange vers 1977). Comment éviter la gorge et la langue sèches sans boire de l’eau minérale (geste déplacé pendant un Requiem) ? Eh bien, se mordre délicatement la langue en gardant la bouche fermée : l’humidification se fait mécaniquement.
********************************
Les œuvres publiées en CD sont précédées d’une astérisque.
En gras, les enregistrements à écouter en priorité selon moi.
Certaines figurent dans le coffret EMI « Great Moments of Edda Moser » (3 CD, 1995) , qui propose un excellent panorama.
1) OPÉRA ET OPÉRETTE
BEETHOVEN
*Leonore (rôle-titre), dir. H. Blomstedt (EMI, 1976 ; rééd. Berlin Classics). Avec R. Cassily (Florestan), Th. Adam (Pizzaro), H. Donath (Marzelline), K. Ridderbusch (Rocco)
D’ALBERT
*Die Abreise (Luise), dir. J. Kulka (EMI, 1977 ; rééd. CPO). Avec P. Schreier et D. Fischer-Dieskau
GLUCK
*Orfeo ed Euridice (Amore), dir. K. Richter (DG, 1967). Avec D. Fischer-Dieskau et G. Janowitz
GOUNOD
*Faust (Marguerite), extraits en allemand, dir. G. Patané (EMI, 1973). Avec N. Gedda, K. Moll et D. Fischer-Dieskau
HANDEL
Rinaldo (Armida), dir. Bernardi. Avec M.Horne, S.Ramey
HUMPERDINCK
*Hänsel et Gretel (
KALMAN
*Gräfin Mariza (Manja), dir. W. Mattes (EMI, 1971)
LEHAR
*Die lustige Witwe (Hanna Glawari), dir. H. Wallberg (EMI, 1979). Avec H. Prey, H. Donath, S. Jerusalem, B. Kusche
*Giuditta (rôle-titre), dir. W. Boskovsky (EMI, 1983-1984). Avec N. Gedda, B. Lindner, Kl. Hirte
LEONCAVALLO
Pagliaci (Nedda), extraits, dir. G. Patané (EMI, 1979). Avec Fr. Bonisoli.
MOZART
Apollo et Hyacinthus (Hyacynthus), dir. M. Lange (Voce, 1966). Avec Th. Altmeyer, T. Zylis-Gara
*Idomeneo (Elettra), dir. H. Schmidt-Issertstedt (EMI, 1971 ; rééd. Brilliant Classics) Avec N. Gedda (Idomeneo), A. Rothenberger (Ilia), A. Dallapozza (Idamante), P. Schreier (Arbace), Th. Adam (
*Mitridate (Aspasia), dir. L. Hager (Opera d’Oro, live Salzbourg 1972). Avec A. Auger (Sifare), P. Lorengar (Ismene), H. Watts (Farnace), P. Schreier (Mitridate)
*Die Zauberflöte (
*Der Schauspieldirektor (Mlle Silberklang), dir. E. Schoner (EMI, 1976 ; rééd. 2005 avec les textes de liaison de Peter Ustinov). Avec M. Mesplé, N. Gedda, Kl. Hirte.
Don Giovanni (Donna Anna), dir. L. Maazel (CBS, 1978) [B.O. du film de Losey]
[DVD] Die Zauberflöte (Erste Dame), dir. Levine (TDK, 2005 ; live Salzbourg, 1982). Avec I. Cotrubas (Pamina), E. Gruberova (Reine de
ORFF
*Prometheus (une Océanide), dir. F. Leitner (Arts). Avec J. Greindl, R. Hermann, K. Engen, Fr. Uhl
RAMEAU
Hippolyte et Aricie (
SCHUBERT
*Die Verschworenen (Gräfin Ludmilla), dir. H. Wallberg (EMI, 1976 ; rééd. CPO). Avec K. Moll, G. Fuchs, A. Dallapozza.
SCHUMANN
*Genoveva (rôle-titre), dir. K. Masur (EMI). Avec D. Fischer-Dieskau (Siegfried), P. Schreier (Golo)
STRAUSS (Oscar)
*Ein Walzertraum (Franzi), dir. W. Mattes (EMI, 1970). Avec A. Rothenberger et N. Gedda
SUPPÉ
*Boccaccio, dir. W. Boskovsky (EMI, 1974). Avec A. Rothenberger, H. Prey, etc.
VERDI
*Don Carlos (Elisabeth), extr. en allemand, dir. G. Patané (EMI, 1973). [Moser n’y chante que l’air du dernier acte] Avec B. Fassbaender, K. Moll, N. Gedda, D. Fischer-Dieskau
WAGNER
*Rheingold & Götterdämmerung (Wellgunde), dir. Karajan (DG)
Die Walküre : Acte I (Sieglinde), dir. I. Törzs (Calig ; live Schwerin 1995). Avec M. Lundberg (Siegmund) et Fr. Olsen (Hunding)
WEBER
*Abu Hassan (Fatime), dir. W. Sawallisch (EMI, 1974 ; rééd. CPO). Avec N. Gedda (Abu) et K. Moll (Omar)
2) AIRS DE CONCERT ET AIRS D'OPÉRAS
MENDELSSOHN
« Infelice ! », air de concert, dir. K. Masur (EMI, 1973 ; rééd. Berlin Classics). (Couplé avec
MOZART
— *« Virtuose Arien » (EMI, 1972) :
« Popoli di Tessaglia », « Ma che vi fece o stelle », « Crudele ? – Non mi dir », « Martern aller Arten » (dir. L. Hager) + les airs de
[N.B. le report en CD (rééd. 2006) comprend aussi deux extraits du Schauspieldirektor intégral : l’air et le trio de la querelle]
— * Konzertarien (EMI/Eterna, 1981) :
« Mia speranza adorata », « Popoli di Tessaglia », « Schon lacht der holde Frühling », « Ah, lo previdi ! », dir. H. Blomstedt [Coffret de 3 disques : les 2 autres sont confiés à J. Scovotti et P. Schreier ; il s’agit d’une intégrale avortée. Les airs de Moser seront réédités dans le CD « Edda Moser singt Mozart » à paraître en Allemagne en octobre prochain]
— *Récitatif et rondo de Fiordiligi : « Ei parte — Per pietà ben mio », dir. J. Cæyers (René Gailly, 1991) [CD d'airs et de duos de Mozart par divers interprètes, enregistré en Belgique au profit de la recherche contre les affections neuromusculaires]
WAGNER
*Mort d’Isolde et Immolation de Brünnhilde, dir. A. Nanut (Metropolitan, 1989 ; rééd. Stradivarius 1992)
Opern-Recital, dir. P. Schneider (EMI, 1985) :
« Ah crudel ! » (Rinaldo) ; « Divinités du Styx » (Alceste) ; *« Non, cet affreux devoir » (Iphigénie en Tauride) ; *« Ecco il punto, o Vitellia » (
The Sounds of Christmas (CD et DVD).
E. Moser chante "Fröhliches Weihnachten überall"... entourée de Domingo, Carreras, Ricciarelli, Gruberova, Freni, Dvorsky, Rydl, P. Hofmann.
3) ORATORIO ET MUSIQUE LITURGIQUE
BACH
Magnificat BWV 243, dir. K. Richter (Melodya, 1970). Avec H. Töpper, E. Tappy, S . Nimsgern
BEETHOVEN
*Missa Solemnis, dir. Bernstein (DG, 1979 ; live Amsterdam). Avec H. Schwarz, R. Kollo, K. Moll
CAVALIERI
*
HAENDEL
*Brockes-Passion (Maria, Gläubige Seele, Erste Magd), dir. A. Wenzinger (Archiv, 1967).
Avec M. Stader, P. Esswood, E. Haefliger, Th. Adam.
HAYDN
Les Saisons, dir. A. Jordan (Erato, 1979). Avec E. Tappy et Ph. Huttenlocher.
HENZE
*Le Radeau de
*Novae de infinito laudes, dir. M. Horvat (Orfeo, 2004 ; live Salzbourg 1972). Avec I. Mayr, W. Krenn, D. Fischer-Dieskau.
MAHLER
Symphonie n° 8 (« des Mille ») :
*dir. Boulez (Artists ; live BBC, 1975)
*[DVD]dir. Bernstein (DG ; live Salzbourg 1975)
MOZART
*Messe du Couronnement & Vêpres pour un confesseur, dir. Jochum (EMI, 1976) Avec J. Hamari, N. Gedda, D. Fischer-Dieskau.
SCHUMANN
*Das Paradies und die Peri (Peri), dir. H. Czyz (EMI, 1973, rééd. éco). Avec B. Fassbaender (l’Ange), N. Gedda, R. Marheineke, etc.
* Des Sängers Fluch (
4) LIED ET CANTATE PROFANE
HENZE
*Cantata della Fiaba estrema, dir. Henze (DG)
*Whispers from heavenly death & Being beauteous, dir. Henze (DG)
¶ R. Strauss & H. Pfitzner, avec E. Werba (EMI, 1971)
*STRAUSS : 6 Brentano Lieder (An die Nacht, Ich wollt ein Sträußlein binden, Lied der Frauen, Als mir dein Lied erklang, Säusle, liebe Myrthe, Amor)
*PFITZNER : An die Mark, Venus Mater, Verrat, Unter den Linden, Ich und du, Sonst
¶ Schumann, Wolf & Brahms, avec E. Werba (EMI, 1975)
SCHUMANN : Frauenliebe und –leben
WOLF : Lieder der Mignon
*BRAHMS : Es träumte mir, Die Mainacht, Ständchen, Von ewiger Liebe
¶ SCHUMANN, Spanisches Liederspiel op. 74; Liebesfrühling op. 37 (Robert et Clara) ; Minnespiel op. 101 (EMI, 1976)
Avec H. Schwarz, N. Gedda, W. Berry, E. Werba (piano).
[N.B. les 3 lieder de Clara Schumann de l’op. 37 ont été reportés en CD : Er ist gekommen, Liebst du um Schönheit, Warum willst du andre fragen]
¶ Strauss & Schumann, avec I. Gage (EMI, 1978)
STRAUSS : 3 Lieder der Ophelia, Ständchen, Befreit, Frühlingsfeier, Schlechtes Wetter
SCHUMANN : Lieder aus Wilhelm Meister (Kennst du das Land, Nur wer die Sehnsucht kennt, Singet nicht in Trauertönen, So laßt
¶ Strauss & Brahms, avec Chr. Eschenbach (EMI, 1982) :
STRAUSS : Die Nacht, Ruhe meine Seele, Cäcilie, Heimliche Aufforderung, Morgen, Frühlingsfeier, Schlagende Herzen, Mein Auge
BRAHMS : An eine Äolsharfe, Der Schmied, Geheimnis, Liebestreu, Am Sonntag Morgen, Wenn du nur zuweilen lâchelst, Wie komm’ ich denn, Vergebliches Ständchen
¶ SCHUBERT, avec L. Hokanson (EMI, 1983) :
Des Mädchens Klage (D.191b), Die Götter Griechenlands, Klage der Ceres, Die Junge Nonne, Im Abendrot, Nacht un Träume, Delphine, Himmelsfunken, Licht und Liebe (avec P. Schreier), Berthas Lied in der Nacht.
¶ « Edda Moser in concerto (Venise, 1987) » (Bongiovanni, 1988) :
SCHUBERT : Der Hirt auf dem Felsen (avec K. Moser, violoncelle)
STRAUSS : An die Nacht, Lied der Frauen (extr. des Brentano-Lieder)
WAGNER : Wesendonck-Lieder
BRAHMS : Wiegenlied
5) EDDA MOSER RÉCITANTE
*Märchen zur Weihnachtszeit (Lübbe, 2004). E. Moser lit des contes d'Andersen, ponctués au piano par I. Törzs.