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18 janvier 2009 7 18 /01 /janvier /2009 20:41

Fidelio
 de Beethoven

Opéra Garnier
11 décembre 2008

Mise en scène Johan Simons
Décors et lumières Jan Versweyveld
Costumes Greta Goiris
Dramaturgie Koen Tachelet
Dialogues Martin Mosebach


Don Fernando Paul Gay
Don Pizarro Alan Held
Florestan Jonas Kaufmann
Leonore Angela Denoke
Rocco Franz-Josef Selig
Marzelline Julia Kleiter
Jaquino Ales Briscein
Erster Gefangener Jason Bridges
Zweiter Gefangener Ugo Rabec

Orchestre et Choeurs de l’Opéra national de Paris
Chef des Choeurs Winfried Maczewski
Direction musicale Sylvain Cambreling


Photo: Bernd Uhlig


Plus d'un mois après ce spectacle, je n'ai finalement pas grand chose à en dire... c'était donc bien la peine d'attendre autant pour en faire un compte rendu! :o) Peu de choses à en dire car c'est finalement un pétard mouillé de plus, fruit de la politique artistique risquée de Gérard Mortier qui peut être à l'origine de spectacles éblouissants, mais qui aboutit le plus souvent à du raté. Et ici tout semble avoir été fait pour irriter aussi bien les connaisseurs, que les conservateurs ou les défenseurs de mise-en-scènes iconoclastes.
Je reste dubitatif sur les changements musicaux voulus par Sylvain Cambreling: sous prétexte de tonalité (je n'y connais rien!), nous reservir Leonore I qui est la moins réussie des 4 ouvertures, cela relève assez du pédantisme ("ah Leonore I la mal aimée et pourtant la plus adéquate!"); pour ce qui est des changements dramaturgiques, j'avoue ne pas assez bien connaître l'oeuvre pour me risquer à les juger, mais cette logique selon laquelle un compositeur n'a pas été jusqu'au bout de son génie à cause de contraintes contextuelles extérieures m'exaspère: le génie c'est aussi savoir jouer avec les contraintes! Et ce n'est pas parce que l'opéra de Paris imposait un ballet dans tous les opéras qu'il commandait à une époque, que ceux-ci sont sans intérêt car non initiés directement par l'esprit du compositeur. A quand une exposition "Si Rembrandt avait connu la gouache il aurait mieux peint?" Le livret de Fidelio a beau être critiquable, cela n'a pas empêché l'oeuvre de connaitre le succès depuis longtemps, et que les livrets d'opéra ne soient pas toujours de la meilleure eau, tu parles d'un scoop! Plus que des rédécouvertes musicologiques, tous ces remaniements sont plus souvent des pis-aller pour des interprêtes qui, ne pouvant interprêter avec génie, ont décidé de recréer. Le génie de l'interprête est celui de l'interstice, réussir à rendre présent et personnel une partition qui ne l'est a priori pas. Tout cela me rappelle le proverbe anglais "Don't blame the tools!": quand on sait que l'on a rien d'intéressant à exprimer, on s'attaque à l'outil dont on ne sait pas se servir correctement.
J'en finis avec mon coup de gueule par les dialogues de Martin Mosebach: ils ne sont pas si mal écrits que ça. Certes par rapport au livret original, on est un cran au dessus (pas difficile!) mais ce n'est pas pour autant que l'on atteint la grande littérature. C'est souvent pédant, parfois contre-productif ( le texte où Florestan détruit l'héroïsme de Léonore en lui faisant remarquer que sans l'arrivée du ministre, son plan aurait totalement foiré!), le plus souvent oubliable. Le plus gênant, c'est le rythme, totalement cassé par ces dialogues: on prétendait nous faire comprendre le glissement du léger au sérieux dans l'acte I, non seulement cela n'y a rien fait, mais en plus on s'est fait copieusement chier! Dramaturgiquement le I est déjà difficile, mais si en plus on nous l'entrecoupe de dialogues récités lourdement, lentement et sonorisés au micro! La même technique était déjà préjudiciable à la très belle Flute enchantée de La Fura dels Baus, mais dans l'onirisme visuel de la mise-en-scène ça passait (malgrè la stupidité des textes), ici pas d'onirisme, juste de la prise-de-tête stérile et plombante.


En parlant de plomb, la direction de Sylvain Cambreling. Une chose est sure, cela a de la personnalité et l'on est déjà au dessus de certains chefs à encéphalogrammes plats qui dirigent parfois dans cette fosse. Mais non contents d'arriver avec des gros sabots sur le livret, il chausse les talons compensés pour la partition: tous les archets se transforment en rouleau à patisserie et les vents semblent actionnés par des gonfleurs à matelas! "Ca crache!" comme disent les fan de tunning, sauf que l'on est pas dans une voiture et que l'acoustique d'un opéra fait que l'on y préfère le "fine tunning". Mais bon la finesse semble avoir été distribuée avec beaucoup de parcimonie ce soir là.


En parlant de finesse, la mise-en-scène de Johan Simons. Une chose est sure, ce n'est pas aussi mauvais que l'on aurait pu le craindre. Cela dit cette crainte était plus idéologique que fondée, à Paris on a guère vu qu'un Simon Boccanegra, un peu léger pour douter en bloc du reste de ses productions. Pour autant, je trouve que cela fourmille assez peu d'idées pour un "homme de théâtre" comme on aime à appeler les metteurs en scène du "Regitheater", là encore on s'est défoulé sur le livret pour mieux cacher le manque d'inspiration scénique. Le décor est froid mais intelligent: à l'acte I on est dans le hall d'une prison, cabine de surveillant à jardin, cellule commune derrière le mur du fond amovible et escalier descendant en milieu de scène. Au II le plancher est remonté et l'on se retrouve dans la geôle à laquelle menait cet escalier que l'on découvre entièrement grillagé. Plateau à profondeur triangulaire pour signifier l'absence d'espoir, jusqu'au final où les pans du mur s'ouvrent latéralement. Là dedans s'articule une direction d'acteurs intermittente mais signifiante, surtout au II où l'on inverse les espaces: à l'arrivée de Fernando, c'est l'escalier qui devient la prison de Pizarro. Plusieurs autres bonnes idées: l'air de Florestan chanté allongé sous une énorme lampe, façon garde-à-vue musclée, le paradoxe de l'aveuglement ("Welch Dunkel hier" dit Florestan) pourquoi pas; ou encore le choristes du final qui retirent leurs costumes tristounets pour faire montre de robes et chemises à fleurs dans le plus pur style grand-mère, ça marche. Bref ça essaye, mais ça ne va pas bien loin, et l'acte I est un naufrage, la transposition contemporaine n'apporte rien: Marzelline qui trie le linge propre et Leonore fascinée par son flingue... de pures recettes toutes faites pour metteur en scène en mal d'inspiration. On ne dira rien du creusement de la tombe qui a des allures de concours de chateau de sable.


Passés ces trois echecs là (réécriture, direction d'orchestre et mise-en-scène), c'est plutôt très bon. Passons sur les choeurs qui ont déjà une forte propension à tonitruance, alors avec Maestro Cambreling qui fait tout pour qu'ils se perdent en chemin et les concurrence sur le volume de décibels, c'est la cacophonie. La Marzelline de Julia Kleiter est très fraiche et enjouée malgrè le décor sinistre, un vrai plaisir comme souvent avec cette chanteuse; en Rocco Franz-Josef Selig n'est pas aussi marquant qu'en roi Marke, question de qualité du rôle il faut bien le dire, mais s'en sort bien; le Pizarro d'Alan Held est dans la tradition des vilains-méchants aussi impressionants que débraillés, mais la mise-en-scène l'y incite fortement, donc ça passe.
La Leonore d'Angela Denoke est plus problématique: on la sent en lutte avec la tessiture, les aigus sont là mais souvent blancs, elle voudrait faire passer beaucoup d'intentions mais son manque d'adéquation vocale vient sans cesse occuper ses efforts, si bien que le tout manque de liquidité et d'aisance, le rôle y gagne en aspect torturé mais y perd en héroïsme triomphant. C'est un peu la folle qui décide d'aller sauver son mari en s'y prenant n'importe comment.
Evidemment le Florestan de Jonas Kaufman fut resplendissant: débarassé d'une certaine mollesse de la prononciation qu'il peut avoir dans d'autres langues, mollesse qui va de paire avec une certaine application, il est ici dans son élement et se consacre tout entier à la couleur, le dessin venant presque naturellement. Ah ce premier "Gott!" longuement tenu puis diminué, dans lequel résonne l'espérance mourrante en une libération, aussi bien qu'en Dieu. On s'étonne que le metteur-en-scène ait souhaité immobilisé une telle bête de scène: l'image est forte et la puissance se montre aussi sous les chaînes, mais il aurait pu faire tellement plus d'un tel acteur.


Bref (oui dire cela après tout ce que j'ai écrit, c'est cocasse), une soirée devant laquelle on reprime un haussement d'épaule: l'objectif annoncé de nous faire entendre le vrai génie de Fidelio n'a pas été atteint, ou, s'il l'a été, je préfèrais de loin le faux!

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Published by Licida - dans Représentations
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